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presque avec celle de Louis XIV. Né un mois avant le roi, il
meurt un mois après lui. Traduit de son vivant en anglais,
en hollandais et en latin, Malebranche connut un succès
européen.
Le religieux
Fils d'un trésorier du roi, Nicolas de Malebranche naît
le 5 août 1638. De 1654 à 1656, il poursuit, sans goût, des
études de philosophie. Puis, de 1656 à 1659, il fait des
études de théologie à la Sorbonne. Décidé à devenir
ecclésiastique, il entre dans la Congrégation de l'Oratoire
en 1660. Il est ordonné prêtre en 1664.
Le philosophe
L'année de son ordination, il lit le Traité de l'homme
(petit ouvrage posthume de Descartes). «Il le lut, dit
Fontenelle, avec de tels transports que des battements de
coeur le forcèrent plusieurs fois à s'arrêter.» C'est la
révélation de sa vocation de philosophe et de savant. Il
s'enthousiasme pour l'oeuvre de Descartes et, comme lui, se
passionne pour la géométrie, la physique et la mécanique.
Ayant été toute sa vie de constitution fragile, Malebranche
est victime d'un malaise en juin 1715, au cours de la
célébration d'une messe. Il meurt le 13 octobre de la même
année.
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Oeuvre de
Malebranche est considérable. Aux ouvrages répertoriés, il faut ajouter les nombreuses communications philosophiques et scientifiques aux Nouvelles de la République des Lettres et au Journal des savants.
De la recherche de la vérité (1674)
Du vivant de Malebranche, l'oeuvre eut sept éditions,
sans compter les traductions! Le propos de rechercher la
vérité est le même que celui de Descartes, mais l'accent est
mis sur l'usage que l'homme doit faire de son esprit pour
éviter l'erreur. L'erreur est de juger que les choses sont
telles que les perçoivent nos sens et se les représente
l'imagination. En effet, la fonction des sens n'est pas de
connaître, mais seulement d'informer l'être vivant de ce qui
lui est utile ou nuisible. L'esprit humain ne tire pas sa
lumière de lui-même, il la reçoit de Dieu, qui est la Raison
universelle. Parce que l'âme est naturellement unie à Dieu,
non au corps, la connaissance n'est en aucun cas la vue des
yeux, c'est la vision en Dieu.
Traité de morale (1683)
Écrit à la demande de la princesse Élisabeth, l'ouvrage
est remarquable en ceci qu'il est un traité complet de
conduite. Il rentre dans le détail de tous les devoirs de
l'homme comme individu et comme membre d'une famille, d'une
société, d'un État. En même temps, le Traité tient tout
entier dans un seul précepte: il faut aimer cela seul qui
est aimable, l'Ordre des perfections visible en Dieu. La
justice n'étant que les rapports de perfection, elle est
immuable et inscrite en tout homme en tant qu'il est uni à
la Raison universelle. La vertu est l'amour de l'ordre que
connaît la raison comme elle connaît les théorèmes de
géométrie.
Entretiens sur la métaphysique et sur la religion (1688)
Il n'y a rien dans cette œuvre qui ne soit déjà dans la
Recherche de la vérité, mais l'exposé est différent.
Malebranche précise sa thèse sur la nature des idées: les
idées sont des êtres réels puisqu'elles ont des propriétés
réelles qui résistent de telle sorte qu'il est, par exemple,
radicalement impossible de changer l'idée de carré en celle
de cercle. Dans ces Entretiens, Théodore, porte-parole de
Malebranche, aide ses deux interlocuteurs à tourner leur
esprit vers la lumière.
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La
révolution scientifique
Quiconque veut comprendre les oeuvres philosophiques du XVII
siècle doit avoir à l'esprit la «révolution copernicienne».
Ce qui a été bouleversé, c'est l'idée même que l'on se
faisait du monde que nous avons à connaître. Les philosophes
du XVIIe siècle voient dans les mathématiques le modèle de
la pensée vraie; et Malebranche, en bon cartésien, s'inscrit
dans ce mouvement. Il sera d'ailleurs membre de l'Académie
des sciences à partir de 1699.
Quiétisme et jansénisme
Le XVII siècle, c'est aussi le siècle des affrontements
théologiques autour de la pensée de saint Augustin.
Malebranche est au coeur du débat. Son premier ouvrage (De
la recherche de la vérité) lui doit de subir les assauts
d'Arnault, théologien janséniste, et d'affronter l'hostilité
de Bossuet. Le père François Lamy ayant essayé de le rendre
solidaire du quiétisme, Malebranche s'en défend dans un
Traité de l'amour de Dieu, qui le réconcilie avec Bossuet.
C'est alors au tour des jésuites de l'attaquer.
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Religieux fervent,
Malebranche fut le penseur qui sut
réconcilier les exigences de la science moderne avec
les impératifs de la métaphysique classique. Il fut aussi
l'un
des rares philosophes capables d'aborder les sujets
les plus ardus en une langue simple.
La vision en Dieu. Si Malebranche s'accorde avec Descartes
pour faire du «cogito» un outil pour détruire les préjugés
des hommes, il se refuse à voir en lui le principe premier
de nos connaissances. Rien n'est plus confus que le
sentiment que chacun a de soi. Le moi n'est pas une idée
claire et distincte. Les idées claires et distinctes sont
des réalités éternelles qui résident en Dieu. Posséder la
vérité, c'est connaître les choses comme Dieu les connaît.
Lorsque nous pensons, nous ne faisons que participer à la
pensée divine.
Actualité-postérité. Pour Malebranche, Dieu seul est cause
de tout. Les phénomènes naturels que nous nommons des
«causes» ne sont que des occasions: la brûlure n'est pas la
cause de la douleur, mais Dieu produit la douleur dans l'âme
à l'occasion de la brûlure du corps. Souvent jugé
extravagant, cet «occasionnalisme» annonce néanmoins David
Hume et sa réduction du lien causal à une simple
conjonction. Il anticipe également sur Auguste Comte, qui
assimile l'explication scientifique à une description en
termes de lois et de conditions initiales.
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