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Sujet : Kant, idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique, 4ème proposition

idée Kant histoire Kant Le moyen dont se sert la nature pour mener à bien le développement de toutes ses dispositions est leur « antagonisme » dans la Société, pour autant que celui-ci se révèle être cependant en fin de compte la cause d'un ordre légal de celle-ci. J'entends ici par antagonisme l'insociable sociabilité des hommes, c'est-à-dire leur tendance à entrer en société, tendance cependant liée à une constante résistance à le faire qui menace sans cesse de scinder cette société. Cette disposition réside manifestement dans la nature humaine. L'homme possède une inclination à s'associer, car dans un tel état il se sent plus homme, c'est-à-dire ressent le développement de ses dispositions naturelles. Mais il a aussi une forte tendance à se singulariser (s'isoler), car il rencontre en même temps en lui-même ce caractère insociable qu'il a de vouloir tout diriger seulement selon son point de vue ; par suite, il s'attend à des résistances de toute part, de même qu'il se sait lui-même enclin de son côté à résister aux autres. Or, c'est cette résistance qui éveille toutes les forces de l'homme, qui le conduit à surmonter sa tendance à la paresse et, sous l'impulsion de l'ambition, de la soif de domination ou de la cupidité, à se tailler un rang parmi ses compagnons qu'il supporte peu volontiers, mais dont il ne peut pourtant pas non plus se passer. Or c'est précisément là que s'effectuent véritablement les premiers pas qui mènent de l'état brut à la culture, laquelle réside au fond dans la valeur sociale de l'homme. [...] Sans ces qualités, certes en elles-mêmes peu sympathiques, d'insociabilité, d'où provient la résistance que chacun doit nécessairement rencontrer dans ses prétentions égoïstes, tous les talents resteraient à jamais enfouis dans leurs germes au milieu d'une existence de bergers d'Arcadie, dans un amour mutuel, une frugalité et une concorde parfaites : les hommes, doux comme les agneaux qu'ils font paître, n'accorderaient guère plus de valeur à leur existence que n'en a leur bétail. [...] Que la nature soit donc remerciée pour ce caractère peu accommodant, pour cette vanité qui rivalise jalousement, pour ce désir insatiable de posséder ou même de dominer. KANT
universelle point cosmopolitique Kant

Ce texte est extrait que la quatrième proposition de l’Idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique de Kant datant de 1784. Dans cet opuscule Kant développe l’une des premières grandes théories de l’histoire où il s’agit de dépasser le simple statut de l’individu en vue de définir des régularités remarquables pouvant nous montrer un but de l’histoire ou une orientation. Or c’est bien ce qu’indique le titre avec le terme d’Idée qui chez Kant a un usage régulateur depuis la Critique de la raison pure de 1781. Dans les trois précédentes propositions Kant a montré que toutes les dispositions naturelles d'une créature sont destinées à se développer un jour complètement et en raison d'une fin, que chez l'homme (en tant qu'il est la seule créature raisonnable sur terre), les dispositions naturelles, dont la destination est l'usage de la raison, devaient se développer seulement dans l'espèce, pas dans l'individu ; enfin, la nature a voulu que l'homme tire entièrement de lui-même ce qui va au-delà de l'agencement mécanique de son existence animale, et qu'il ne participe à aucune autre félicité ou à aucune autre perfection, que celles qu'il s'est procurées lui-même par la raison, en tant qu'affranchi de l'instinct. Ainsi, pense-t-on souvent que la société a pour but de limiter ou de corriger les inclinations sensibles et les désirs passionnels des individus. Mais on oublie que ces inclinations sont à l'origine de l'association des hommes entre eux. L'homme est naturellement tenté de s'isoler, de cultiver sa propre singularité, d'être égoïste. Comment comprendre alors le double statut qui habite l’homme c’est-à-dire à la fois cette volonté de vivre ensemble et de s’isoler ? C’est bien ce que tente de faire ici Kant comme nous pouvoir le voir à travers trois moments : la ruse de la raison et l’insociable sociabilité (du début du texte à « Cette disposition réside manifestement dans la nature humaine. »), la nature de l’homme paradoxal (de « L'homme possède une inclination à s'associer » à « laquelle réside au fond dans la valeur sociale de l'homme. ») enfin, la valeur, la nécessité et la possibilité d’une perfection (« Sans ces qualités, certes en elles-mêmes peu sympathiques, d'insociabilité » à « cette vanité qui rivalise jalousement, pour ce désir insatiable de posséder ou même de dominer »).

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