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Sujet : Qu'est-ce que les Lumières ? (Aliéna cinquième). KANT

(Aliéna Lumières cinquième). Lumières Qu'est-ce que les Lumières ? (Aliéna cinquième). KANT [5] " Or rien n'est exigé en vue de ces Lumières que la liberté; et même la liberté la plus innocente qui soit parmi tout ce qui est susceptible de porter le nom de liberté ; à savoir la liberté de faire un usage public de sa raison dans tous les domaines. Mais j'entends à présent crier de toutes parts : " Ne raisonnez pas! ". L'officier dit " Ne raisonnez pas, mais faites l'exercice! " Le percepteur " Ne raisonnez pas, mais payez! " Le prêtre : " Ne raisonnez pas, mais croyez! " (Il n'y a qu'un seul maître au monde qui dise : " Raisonnez autant que vous voulez, et sur tout ce que vous voulez; mais obéissez! ") Dans tous les cas, il y a restriction de la liberté. Mais quelle restriction est un obstacle aux Lumières? Laquelle n'en est pas un, mais peut même leur être favorable? - Je réponds : l'usage public de notre raison doit être constamment libre, et lui seul peut établir les Lumières parmi les hommes ; son usage privé peut en revanche être souvent très étroitement limité, sans pour autant être un obstacle notable aux progrès des Lumières. Or j'entends par usage public de notre propre raison celui que l'on en fait en tant que savant devant l'ensemble du public que constitue le monde des lettrés. J'appelle usage privé celui que l'on est autorisé à faire dans un certain poste civil, ou une fonction, qui nous est confiée. Or, pour maintes affaires qui concernent l'intérêt de la république, un certain mécanisme est nécessaire, en vertu duquel quelques membres de la république doivent se comporter de manière purement passive, afin d'être, moyennant une unanimité artificielle, dirigés par le gouvernement vers des fins publiques, ou du moins d'être empêchés d'anéantir ces fins. Dans ce cas, il n'est, en effet, pas permis d'ergoter; mais l'on doit nécessairement obéir. Mais, dans la mesure où cette partie de la machine se considère en même temps elle-même comme membre d'une république entière, voire de la société cosmopolitique, et, par conséquent, en sa qualité de savant qui s'adresse par des écrits à un public au sens propre du terme, elle peut, en effet, raisonner sans que les affaires auxquelles elle est partiellement vouée en tant que membre passif en souffrent. il serait ainsi très pernicieux qu'un officier, qui a reçu un ordre de ses supérieurs, veuille dans le cadre de son service ratiociner à haute voix sur la convenance ou l'utilité de cet ordre; il doit obéir. Mais on ne saurait à bon droit l'empêcher, en tant que savant, de faire des remarques sur les fautes commises dans l'art de la guerre ou le service des armes et de les soumettre au jugement de son public. Le citoyen ne peut refuser de payer les impôts auxquels il est soumis; une réprobation impertinente de tels impôts faite au moment où il doit s'en acquitter peut même être punie comme un scandale (qui pourrait entraîner des actes de désobéissance généralisés). Toutefois, le même individu n'agit pas à l'encontre de son devoir de citoyen, s'il exprime publiquement ses réflexions sur l'inopportunité, voire l'iniquité de telles impositions. De même, un prêtre est astreint à faire son exposé à ses catéchumènes et à sa paroisse selon le symbole de l'Église qu'il sert; car c'est à cette condition qu'il a été admis. Mais, en tant que savant, il a pleine liberté et même vocation de communiquer au public toutes ses réflexions soigneusement éprouvées et bienveillantes concernant les déficiences de ce symbole, en vue d'une meilleure organisation des affaires religieuses et ecclésiales. Il n'y a rien ici qui puisse être un poids pour sa conscience. Car, ce que, comme mandataire de l'Église, il enseigne du fait de ses fonctions, il le présente comme quelque chose qu'il n'a pas libre pouvoir d'enseigner comme bon lui semble, mais que son emploi lui enjoint d'exposer d'après des prescriptions et par procuration. Il dira : " Notre Église enseigne ceci ou cela ; voici les arguments dont elle se sert. " Il tirera ensuite, pour sa communauté, tous les avantages pratiques de dogmes auxquels il ne souscrirait pas lui-même en toute conviction, mais qu'il peut néanmoins s'engager à exposer, parce qu'il n'est pas totalement impossible qu'ils contiennent une vérité cachée, et qu'en tout cas, il ne s'y trouve du moins rien qui contredise la religion intérieure. Car s'il croyait y trouver quelque chose de semblable, il ne pourrait exercer sa fonction en toute conscience; il devrait nécessairement démissionner. L'usage, par conséquent, qu'un éducateur officiel fait de sa raison devant sa communauté n'est qu'un usage privé; parce que celle-ci n'est jamais qu'une réunion de famille, aussi importante soit-elle ; et, à cet égard, en tant que prêtre, il n'est pas libre, et il ne lui est pas non plus permis de l'être, car il exécute une tâche imposée. En revanche, en tant que savant qui parle par des écrits au public proprement dit, à savoir au monde, et donc comme ecclésiastique faisant un usage public de sa raison, il jouit d'une liberté sans restriction de se servir de sa propre raison et de parler en son nom propre. Car, dire que les tuteurs du peuple (s'agissant des questions spirituelles) doivent être à leur tour mineurs, c'est là une aberration qui revient à perpétuer les aberrations. "
KANT   Lumières

Or cette liberté appelée des voeux de Kant est à définir ou plutôt à circonscrire. En effet il ne s'agit pas de licence débridée ou de jouissance démesurée. La liberté n'est pas l'absence de limites, le " faire " ou le " dire ce que l'on veut ", l'anarchie de la parole mais l'acceptation de limites qu'on s'est soi-même prescrites.

cinquième).   (Aliéna

DIRECTIONS DE RECHERCHE

• En quoi les hommes sont-ils affranchis depuis longtemps d'une direction étrangère par la nature (selon Kant) ?
• Pourquoi l'homme est-il responsable de sa minorité (selon Kant) ?
• Qu'est-ce qui explique, selon Kant, « qu'un si grand nombre d'hommes... restent... leur vie durant, mineurs » ?
• Comment penser à la fois que des hommes puissent se poser en tuteurs (d'un si grand nombre d'hommes) et que l'homme sort de sa Minorité ?
— Si les Lumières c'est la sortie de l'homme de sa Minorité qu'est-ce qui peut expliquer ce phénomène?
Peut-on l'expliquer sur la base des explications que donne Kant de la minorité du plus grand nombre ?
— Les Lumières : cela désigne-t-il un phénomène historique ou un fait psychologique ?
• Que pensez-vous de la position de Kant ?
• Sa problématique est-elle toujours actuelle ?
• En quoi ce texte peut-il avoir un intérêt proprement philosophique ?

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