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Sujet : L'art n'est-il qu'une apparence?

Extrait du corrigé : N'est-ce pas un cheval conforme à l'Idée du cheval ou archétype, à l'idée de ce que doit être un cheval sensible pour être pleinement un Cheval. Un cheval est plus ou moins beau et son degré de beauté est proportionnel à sa conformité au modèle idéal ou Idée.  Est beau ce qui est ce qu'il doit être, laid ce qui ne l'est pas. Est beau ce qui est parfait. Comme la perfection n'est pas de ce monde, comme le cheval dans le pré ne sera jamais la copie exacte et sans défaut du modèle mais toujours une imitation imparfaite, la beauté la plus grande, réelle, est celle des Idées. Est beau ce qui existe pleinement et ce qui existe pleinement ce sont les Idées. La beauté est la perfection ou plénitude de l'Etre. La laideur est l'imperfection, l'incomplétude.  Par conséquent, lorsque le peintre et le sculpteur reproduisent un beau cheval ou un beau corps d'athlète, leur oeuvre, pâle esquisse de la beauté idéale, en est tout de même le reflet. Le poète inspiré est sorti de la caverne, a contemplé l'idée du Beau et peut entraîner dans son sillon ses auditeurs.

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Définitions

  • art : 1) Au sens ancien, tout savoir-faire humain, toute pratique produisant un résultat non naturel (artificiel). 2) Au sens esthétique moderne, production ou création d'oeuvres destinées à plaire (beaux-arts), c'est-à-dire à susciter par leur aspect, une appréciation esthétique positive.
  • apparence : Au sens vulgaire, l'apparence s'oppose au réel car elle n'est qu'un aspect trompeur de la réalité. Mais, en métaphysique, le mot apparence peut aussi désigner ce qui, dans la représentation, est donné au sujet qui perçoit, conçoit les choses.

Problématique

L'apparence renvoie d'un côté à ce qui est trompeur ou déception ; mais elle renvoie aussi à la réalité sensible, la réalité qui apparaît aux sens. Autrement dit, dire que l'art est le règne de l'apparence, ce n'est pas nécessairement dire que l'art est trompeur : d'ailleurs l'art a-t-il jamais trompé qui que ce soit ? Traditionnellement, l'art se donne la plupart du temps pour ce qu'il est ; un tableau qui représente une personne, aussi parfait et réaliste soit-il, a toujours un cadre, un titre, il est signé : il se montre comme oeuvre d'art, il n'essaye pas de se faire passer pour la chose même. La définition philosophique de l'apparence renvoie souvent à une essence ou à une réalité dont elle ne serait que le négatif ou la version dégradée. Mais dans ce cas, si l'apparence est dévalorisée, l'art n'est pas vraiment trompeur ; mais simplement il n'est pas quelque chose de digne. Pour la critique classique de l'art comme règne de l'apparence, il est conseillé de se référer aux textes de Platon, Philèbe 64-65, et La République, X, 598a-600. Pour Platon, l'art n'est pas seulement apparence ; il est une copie au deuxième degré (les choses étant elles-mêmes des copies au premier degré des idées ; l'art copie les choses et ne copie pas les idées même. Il est une copie d'apparence, une apparence d'apparence). Mais la critique de Platon n'est plus tellement d'actualité. D'abord, parce que l'art s'est émancipé de la représentation : la peinture avec le cubisme par exemple ne se contente plus de représenter la réalité telle qu'elle apparaît. La poésie même ne consiste plus en un récit qui "imiterait" une action (voir à l'opposé la conception d'Aristote). Ensuite, parce que, en même temps qu'il s'émancipait de la représentation, l'art devenait moins "sensible" et plus intelligible : par exemple le pop art est un art conceptuel au sens où ce qui prime c'est l'idée de l'artiste, et non plus sa réalisation sensible. Le sujet mentionne le "règne de l'apparence", presque comme s'il s'agissait d'un monde à part qui aurait ses propres règles, règles qui seraient tout à fait différentes de celle du monde réel ou intelligible. On peut penser aux exemples du surréalisme. Ce qui fait le problème de ce sujet, c'est qu'habituellement l'apparence se définit en opposition avec une réalité dont elle n'est que l'apparence, le travestissement ; or ici (et surtout si on prend en compte le fait que l'art s'est progressivement émancipé de la représentation), en définissant l'art comme règne de l'apparence, l'apparence ne semble plus renvoyer à aucune réalité hors d'elle-même ; alors s'agit-il encore bien d'apparence ? Autre référence utile : Nietzsche, La naissance de la tragédie, qui oppose, dans l'art, un principe des apparences (Apollon) et un autre principe (Dionysos).



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