L'art se définit-il comme une imitation du réel ?
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Publié le : 9/4/2004 -Format:
- art : 1) Au sens ancien, tout savoir-faire humain, toute pratique produisant un résultat non naturel (artificiel). 2) Au sens esthétique moderne, production ou création d'oeuvres destinées à plaire (beaux-arts), c'est-à-dire à susciter par leur aspect, une appréciation esthétique positive.
- comme : De même que, tel que, à l'instar de.
- imitation : Action d'imiter quelqu'un, ou d'évoquer quelque chose. Imitation fidèle, habile, réussie. Imitation comique. Faire une imitation. Une imitation d'un homme politique. Action de prendre quelqu'un, son œuvre pour modèle; résultat de cette action. L'imitation du style. Imitation des maîtres anciens. Apprendre par imitation. À l'imitation de son père, il abandonna ses études pour s'occuper du magasin. Action de reproduire artificiellement une matière, un objet. Imitation d'un produit. Une imitation de diamant. Imitation frauduleuse.
- réalité : 1) Réalité: * Caractère de ce qui a une existence concrète, par opposition aux apparences, aux illusions ou aux fictions de notre imagination. * Ensemble des choses et des faits réels. 2) Réel: * Comme adjectif : qui existe effectivement, et pas seulement à titre d'idée, de représentation ou de mot (exemple : un pouvoir réel). * Comme nom : l'ensemble des choses qui existent, le monde extérieur (synonyme : réalité).
Lorsque nous parlons d’art, nous désignons en vérité deux réalités distinctes. Jusqu’au dix-huitième siècle, le terme « art » désignait l’ensemble des techniques de production d’artefacts : tel était encore le cas dans le Discours sur les sciences et les arts (1750) de
Jean-Jacques Rousseau. Ainsi, l’activité de l’artiste et celle de l’artisan étaient recouvertes par le même terme. Or, il semble que ces deux activités ne soient pas entièrement réductibles l’une à l’autre, qu’elles possèdent chacune une spécificité à élucider. Par conséquent, il nous faudra au cours de ce travail préciser d’une part ce qui distingue l’art de l’horloger de celui du poète, l’activité du coutelier de celle du plasticien ; et toujours préciser à laquelle de ces deux activités singulières nous pensons lorsque nous employons le signifiant « art ».
Lorsque nous prétendons définir quelque chose, nous cherchons à en formuler le concept, c'est-à-dire a expliquer ce qu’une chose est en elle-même autant que par rapport aux autres, en nommant ses caractéristiques fondamentales.
Par « imiter » on entend l’action qui tend à reproduire la conduite d’un individu que l’on prend pour modèle, ou qui s’efforce de reproduire l’apparence extérieure aussi bien que la structure d’une chose pour donner l’apparence d’une réitération de cette dernière.
Lorsque nous parlons du « réel » sans d’autres précisions, nous faisons référence à l’ensemble des choses qui existent effectivement, ou du moins dont nos sens nous amènent à postuler l’existence indépendante de la notre. Le réel est donc un terme qui englobe une infinité de termes, ces derniers ayant pour point commun d’avoir une existence supposée avérée, tangible, dans le monde qui nous entoure.
A première vue, lorsque nous disons de l’art qu’il se définit comme une imitation du réel, il semble que nous soutenons une thèse assez évidente, qui ne pose guère de problèmes. En effet, l’art se rapporte a des objets qui lui sont extérieurs et, semble-t-il, s’efforce de les représenter aussi exactement que possible. Mais il faut bien voir que cette imitation est toujours insatisfaisante, de sorte que les produits de l’imitation ne parviennent jamais à égaler en tous points les objets qui se tiennent dans le réel. Allant plus loin, nous pouvons également nous demander si la véritable vocation de l’art n’est pas moins de reproduire ce qui existe dans le réel, que de recréer un autre univers, pourvu de ses propres lois et de sa propre logique.
La question au centre de notre travail sera donc de déterminer dans quelle mesure la fonction définitoire de l’art est de reproduire ce qui existe dans le réel ou de recreer une réalité qui est propre au domaine de l’art.
- Hegel, Esthétique, 1832 (posth.) « Le beau n'est véritablement beau que quand il participe de l'esprit et est créé par lui. » Hegel, Esthétique, 1832 (posth.)
- Socrate : « Lequel de ces deux buts se propose la peinture relativement à chaque objet; est-ce de représenter ce qui est tel qu'il est, ou ce qui para, tel qu'il parue? Est-ce l'imitation de l'apparence ou de la réalité ? » Platon, La République, IVe s. av. J.-C. L'artiste, pour Socrate, n'est qu'un charlatan.
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