Dire de l'art qu'il n'est pas utilitaire, est-ce dire qu'il est inutile ?
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Publié le : 24/8/2005 -Format:
- dire : Affirmer, soutenir, tenir pour vrai.
- art : 1) Au sens ancien, tout savoir-faire humain, toute pratique produisant un résultat non naturel (artificiel). 2) Au sens esthétique moderne, production ou création d'oeuvres destinées à plaire (beaux-arts), c'est-à-dire à susciter par leur aspect, une appréciation esthétique positive.
- inutile : Sans raison d'être. Sans nécessité.
■ Mots clés
• art : En latin, ars a d'abord signifié « savoir, science » puis « moyen, procédé ». Jusqu'au Moyen Âge, l'artiste et l'artisan sont confondus. Ce n'est qu'au XVIIe siècle qu'on sépare les techniques utilitaires des beaux- arts, cette production qui ne vise pas l'utilité, la vie pratique.
• utilitaire : attaché à ce qui est utile, préoccupé des intérêts matériels. Le mot « utile » renvoie à plusieurs sens : profitable, efficace, bon, mais aussi nécessaire.
• inutile : ce qui n'est pas utile, ce qui ne sert pas, ce qui n'est pas indispensable, ce qui n'est pas nécessaire.
Si l'art ne sert pas à améliorer le sort de l'homme, quelle est son utilité ? A-t-on besoin de l'art pour vivre ? Son inutilité apparente n'est-elle pas en fait le signe même de ce qui fait l'homme, capable de se dépasser dans cet acte créateur désintéressé qu'est une oeuvre d'art ? Que l'art ne soit pas utilitaire signifie-t-il qu'il soit totalement inutile ?
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Lorsque nous parlons d’art, nous désignons en vérité deux réalités distinctes. Jusqu’au dix-huitième siècle, le terme « art » désignait l’ensemble des techniques de production d’artefacts : tel était encore le cas dans le Discours sur les sciences et les arts (1750) de Jean-Jacques Rousseau. Ainsi, l’activité de l’artiste et celle de l’artisan étaient recouvertes par le même terme. Or, il semble que ces deux activités ne soient pas entièrement réductibles l’une à l’autre, qu’elles possèdent chacune une spécificité à élucider. Par conséquent, il nous faudra au cours de ce travail préciser d’une part ce qui distingue l’art de l’horloger de celui du poète, l’activité du coutelier de celle du plasticien ; et toujours préciser à laquelle de ces deux activités singulières nous pensons lorsque nous employons le signifiant « art ».
Une chose utile est une chose qui sert valablement de moyen à la réalisation d’une ou plusieurs fins. A l’inverse, une chose inutile est soit une chose qui ne sert pas efficacement de moyen à la fin qu’un agent veut lui voir accomplir, soit une chose qui ne sert à strictement aucune fin.
La question qui nous est posée semble s’opposer frontalement au principe de non contradiction. Ce principe aristotélicien expose que l’on ne peut dire quelque chose d’une autre et son contraire, simultanément et sous les mêmes rapports. Analysons un instant la question : si nous disons de l’art qu’il n’est pas utile, cela signifie nécessairement qu’il est inutile. En effet, nous ne pouvons dire de l’art à la fois qu’il n’est pas utile et qu’il est son contraire, à savoir non inutile. Par conséquent, si nous voulons donner un sens à la question posée, et dépasser son caractère contraire au principe de non contradiction, nous devrons nous interroger plus profondément sur les concepts de non utile, et d’inutile, qui ne sont sans doute pas aussi synonymes qu’ils le semblent.
Nous nous demanderons donc si la question qui nous est posée tombe sous le coup de la critique du principe de non contradiction, ou s’il existe bien une différence entre le non utile et l’inutile.
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