Avoir le droit pour soi suffit-il pour être juste ? *
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Aperçu du corrigé : Avoir le droit pour soi suffit-il pour être juste ?
La dépendance des choses, n'ayant aucune moralité, ne nuit point à la liberté, et n'engendre point de vices : la dépendance des hommes étant désordonnée les engendre tous, et c'est par elle que le maître et l'esclave se dépravent mutuellement. S'il y a quelque moyen de remédier à ce mal dans la société, c'est de substituer la loi à l'homme, et d'armer les volontés générales d'une force réelle, supérieure à l'action de toute volonté particulière. Si les lois des nations pouvaient avoir, comme celles de la nature, une inflexibilité que jamais aucune force humaine ne pût vaincre, la dépendance des hommes redeviendrait alors celle des choses ; on réunirait dans la république tous les avantages de l'état naturel à ceux de l'état civil ; on joindrait à la liberté, qui maintient l'homme exempt de vices, la moralité, qui l'élève à la vertu. Thématique générale * Un texte très typé de Jean-Jacques Rousseau, tiré du livre II de l'Émile. On peut dégager, par une analyse thématique attentive, la problématique implicite qui le sous-tend, et dont les implications sont très riches, notamment concernant le statut du droit (cf. plus loin), la fonction de l'État et les conditions d'une véritable liberté dans le cadre de la société.* Un texte à resituer dans le cadre d'une certaine tradition de philosophie politique, qui a coutume de justifier l'existence de la société par la nécessité d'une maîtrise collective de la nature. La distinction critique de deux types de dépendances (nature, société) vise surtout ceux qui voudraient faire des rapports de domination entre les hommes la rançon obligée de la maîtrise de la nature. En soutenant une thèse paradoxale (la faiblesse de l'homme face à la nature n'altère pas sa liberté), Rousseau veut surtout remettre en question toutes les justifications de l'inégalité et de l'abus de pouvoir. Il assigne en même temps une fonction très importante à la législation, définie comme facteur d'égalité et de moralité.
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