A-t-on besoin d'un maître pour penser par soi-même ? *

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Sujet : A-t-on besoin d'un maître pour penser par soi-même ?

Aperçu du corrigé : A-t-on besoin d'un maître pour penser par soi-même ?

penser même  La question peut-être au premier abord embarrassante puisque, de toute évidence, une pensée sous tutelle peut difficilement être une pensée libre. Si d'un côté persiste un maître, on peut penser que de l'autre persiste aussi un disciple, ou, de manière plus extrême, un esclave. Que le maître soit maître d'oeuvre ou maître à penser il exerce toujours une influence sous laquelle s'élève la pensée de l'élève. Le maître, s'il éveille la pensée chez son disciple, s'il en est la condition, n'en est pas moins non plus ce qui la conditionne. Il reste cette direction, cette ensemble de pas tracés, que suit inlassablement l'inauthentique copie d'un modèle: le disciple. Et en effet, comment ne pas penser que l'ombre du maître hante chacun des chemins du voyageur? Comment caractériser déjà ce maître? Il semble qu'il incarne le point culminant de la pensée qu'il enseigne, il la présente à son état d'achèvement ici-bas, et devient par là-même un idéal incarné, le point cardinal qui détermine le canal où évolue la pensée de son disciple. Cependant, il n'est pas non plus entièrement un idéal puisque précisément il existe, qu'il est atteignable, et même dans le fantasme du disciple, potentiellement dépassable. Le maître exige de son auxiliaire une puissance, une puissance qu'il a discerné en lui, qui l'a poussé à l'accepter à ses côtés, une puissance qu'il a en charge d'aiguiser tout au long du chemin qu'ils parcourent ensemble. Cette force qui habite le maître, le maître l'a précisément reconnu en la personne de son disciple: il y a en cela une identification à l'oeuvre et à double sens dans cette relation privilégier. Le maître se reconnaît dans son disciple, il y voit son passé, ce qu'il a été. Le disciple, s'identifie au maître, ce dernier étant ce qu'il désire devenir. L'un regarde en arrière en voyant l'autre; l'autre regarde en avant en voyant l'un. C'est dans ce croisement qu'évolue la relation une relation qui apporte profit de toute évidence au deux membres. Le couple se construit dans l'échange: l'un y exerce son désir de transmettre, l'autre son désir de recevoir. Et l'on comprend alors que de l'authenticité du désir du maître dépend directement la condition du disciple: soit il n'est que le serf sur lequel s'exerce un désir de domination, soit il n'est disciple que pour ne finir par le plus l'être, pour que s'effacent bientôt les rôles qui ont présidé à la naissance de sa propre pensée.

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