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Sujet : A-t-on besoin d'utopie ?

Extrait du corrigé :   III - Nietzsche et la critique de l'idéal ascétique  Pour Bergson, le besoin d'utopie apparaît donc, sous l'espèce de la fonction fabulatrice, comme un besoin vital, une manière d'assurer la perpétuation de la vie, malgré l'homme et ses réticences rationnelles. Cependant, ce point de vue va être mis en question par la critique nietzschéenne de l'idéal ascétique. Derrière la notion d'idéal ascétique transparaît bien la thèse d'un idéal, d'une utopie, d'une chimère qui agite l'esprit des hommes, dans le but de les détourner de l'essentiel. Nietzsche reconnaît bien, comme Bergson, qu'il y a derrière l'utopie un besoin de réconfort et de sécurité. Toutefois, il se refuse à faire de ce besoin le signe de toute vie ; précisément, Nietzsche considère que le besoin d'utopie est le signe d'une vie faible, d'une vie malade, qui ne supporte pas la vie telle qu'elle se présente. En effet, pour Nietzsche, l'idéal, l'utopie revient à bâtir un monde en contradiction avec le nôtre : alors que tout est changeant et en devenir, l'utopie présente un monde stable et sans cesse reconnaissable ; tandis que nous luttons, l'utopie nous propose une vie collective où tous les hommes vivent dans l'amour mutuel ; tandis que nous souffrons, l'utopie nous promet le bonheur. Bref, l'utopie n'exprime que le besoin de réconfort qu'une vie déclinante éprouve pour survivre. De ce point de vue, la vie collective qu'elle est propose en est un symptôme. De fait, qu'il s'agisse des utopies de Platon, de More et de Saint-Simon ou du christianisme, comme religion pourvoyeuse de mythes, il en ressort la promesse constante d'une vie collective harmonieuse, d'une vie heureuse qui s'adresserait à tous. Or, pour Nietzsche, tel est le signe d'une vie faible, prête à accepter des valeurs applicables à tous, au lieu de créer elle-même ses propres valeurs.

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