Le bonheur est-il une illusion ? *
EXEMPLES DE RECHERCHE
Aperçu du corrigé : Le bonheur est-il une illusion ?
Comment définir une notion aussi abstraite que celle du bonheur ? Si tous les hommes désirent être heureux, il paraît impossible de parvenir à le définir universellement. Le bonheur n’est-il donc qu’une illusion ? Ne renvoie-t-il pas à une sorte d'idéal inaccessible ? Toutefois, si le bonheur est chimérique et inatteignable, la vie vaut-elle encore la peine d'être vécue ?
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Le bonheur apparaît comme l'idéal d'une vie accomplie, son achèvement et peut être même notre unique et ultime raison d'être. Cet idéal, est pourtant fragile, en tant qu'il n'est pas clairement définissable de là les différences sens que chacun peut donner au mot bonheur. Malgré cette polysémie difficile pourtant d'imaginer que quelqu'un puisse désirer ne pas être heureux, car comme le dit Pascal : « Tous le hommes recherchent d être heureux. (...) Ils tendent tous à ce but (...) C'est le motif de toutes les actions de tous les hommes, jusqu'à ceux qui vont se pendre » (Pensées, 148) Pour être heureux, il faut donc le chercher, et même peut-être le cherchons nous spontanément mais encore faut-il s'entendre sur ce que nous entendons par bonheur. Nous verrons donc en premier lieu que pour être heureux, il faut chercher ce qu'est un bonheur authentiquement humain. Mais dans cette quête même naturelle à l'homme n'expérimentons-nous pas avant tout la déception, le malheur ? De là peut-on affirmer que le bonheur est une quête vaine et illusoire, et que c'est à vouloir être heureux que nous sommes le plus malheureux. Dés lors, rechercher le bonheur n'est pas nécessairement ce qui nous conduit à être heureux. Il faut donc non pas chercher à être heureux mais se rendre digne moralement du bonheur.
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L'âge du bonheur de masse célèbre l'individualité libre, il privilégie la communication et démultiplie les choix et options. Ce n'est pas dire pour autant que tout modèle directif ait été évacué. De fait, la culture du bonheur ne se conçoit pas sans tout un arsenal de normes, d'informations techniques et scientifiques stimulant un travail permanent d'autocontrôle et de surveillance de soi: après l'impératif catégorique, l'impératif narcissique glorifié sans relâche par la culture hygiénique et sportive, esthétique et diététique. Conserver la forme, lutter contre les rides, veiller à une alimentation saine, bronzer, rester mince, se relaxer, le bonheur individualiste est inséparable d'un extraordinaire forcing dans l'effort de dynamisation, d'entretien, de gestion optimale de soi-même. L'éthique contemporaine du bonheur n'est pas seulement consommative, elle est d'essence activiste, constructiviste: non plus comme autrefois gouverner idéalement ses passions, mais optimiser nos potentiels; non plus l'acceptation résignée du temps, mais l'éternelle jeunesse du corps; non plus la sagesse, mais le travail performatif de soi sur soi; non plus l'unité du moi, mais la diversité high-tech des exigences de protection, d'entretien, de valorisation du capital-corps. D'un côté, l'époque hors-devoir liquide la culture autoritaire et puritaine traditionnelle; de l'autre, elle engendre de nouveaux impératifs (jeunesse, santé, sveltesse, forme, loisirs, sexe) d'autoconstruction de soi-même, sans doute personnalisés mais ceéant un état d'hypermobilisation, de stress et de recyclage permanent. La culture du bonheur déculpabilise l'autoabsorption subjection, mais dans le même temps elle enclenche une dynamique anxiogène du fait même des normes du mieux-être et du mieux-paraître que la constituent.
Deux tendances antinomiques travaillent nos sociétés. L'une excite les plaisirs immédiats, qu'ils soient consommatifs, sexuels ou distractifs: surenchère porno, drogue, sexe sauvage, boulimie d'objets et de programmes médiatiques, explosion du crédit et endettement des ménages. L'hédonisme, ici, exprime et intensifie le culte individualiste du présent, il disqualifie la valeur travail, il contribue à désocialiser, destructurer et marginaliser davantage les minorités ethniques des grandes métropoles et les exclus des banlieues. L'autre, en revanche, privilégie la gestion "rationnelle" du temps et du corps, le "professionnalisme" en toute chose, l'obsession de l'excellence et de la qualité, de la santé et de l'hygiène. L'hédonisme ici s'associe à l'information multiservice, à l'autoproduction narcissique hygiènique et sportive, à l'organisation raisonnée et lyophilisée des plaisirs. Nous voyons se mettre en place un hédonisme dual, échevelé et déresponsabilisant pour les nouvelles minorités de masse, prudent et intégrateur pour les majorités silencieuses.
Dire de nos sociètés qu'elles sont hédonistes ne signifie pas qu'elles soient livrées sans partage à la spirale débridée des jouissances ni même que le plaisir capte toutes les énergies et intentions: de fait, le travail; la quête de la qualité de vie et de la santé mobilisent davantage les individus que les consumations voluptueuses. Société hédoniste veut dire que les plaisirs sont désormais légitimes, objets d'informations, de stimulations et de diversifications systématiques. Le plaisirs n'est plus banni, il est massivement valorisé et normalisé, promotionné et endigué, diversifié et "propre", libéré et fréquemment différé par les contraintes du travail, par la diffusion des normes rationnelles de "progrès" et de santé. "Consommez avec modération": notre arithmétique utilitariste a pris le visage d'une gestion des plaisirs-minute homéopathiques et démultipliés. L'hédonisme postmoderne n'est plus ni transgressif ni dilettant, il est "managé", fonctionnalisé, sagement light.
La culture du bonheur "allégé" induit une anxièté chronique
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