Connaître la réalité est-ce la construire ? *
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Les scientifiques ne perçoivent le réel qu'à travers un système de théories. Toute connaissance implique une construction de la réalité à partir d'hypothèses et de théories épistémologiques déjà constituées. Mais, la réalité est telle que nous la percevons. Il est donc vain de recourir à des constructions intellectuelles pour la comprendre.
· Là où l'observation immédiate voyait des êtres -la science reconnaît des rapports. Pas plus que le bleu du ciel n'est attribut d'une substance, la chaleur de la laine ou le froid du marbre ne sont les qualités d'un être. Ces données immédiate dissimulent ici la réalité de relations entre mon corps et les objets (le marbre n'est pas « froid » en lui-même mais très conductible). Toutes les propriétés apparentes des choses se ramènent en réalité à des relations avec d'autres choses. C'est ainsi que le poids dépend du champ de gravitation, la couleur d'un objet de la lumière qu'il réfléchit. La raison ne connaît que ce qu'elle construit Comme le signale Emmanuel Kant dans la Critique de la raison pure, la connaissance de la réalité ne s'est engagée dans la voie de la science que lorsqu'elle a commencé à construire son objet. Hume a fait voler en éclats l'idée courante selon laquelle l'expérience et l'expérimentation valident les lois scientifiques. Or le plus grand philosophe de l'époque, Kant, est persuadé de la vérité de la physique de Newton, que l'on dit dérivée des observations. Kant est par ailleurs sensible à l'argumentation de Hume ce qui le conduit à une contradiction. « Je l'avoue franchement ce fut l'avertissement de David Hume qui interrompit d'abord, voilà bien des années, mon sommeil dogmatique.
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Gaston BachelardL'idée de partir à zéro pour fonder et accroître son bien ne peut venir que dans des cultures de simple juxtaposition où un fait connu est immédiatement une richesse. Mais devant le mystère du réel, l'âme ne peut se faire, par décret, ingénue. Il est alors impossible de faire d'un seul coup table rase des connaissances usuelles. Face au réel, ce qu'on croit savoir clairement offusque ce qu'on devrait savoir. Quand il se présente à la culture scientifique, l'esprit n'est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l'âge de ses préjugés. Accéder à la science, c'est spirituellement rajeunir, c'est accepter une mutation brusque qui doit contredire un passé. La science, clans son besoin d'achèvement comme clans son principe, s'oppose absolument à l'opinion. S'il lui arrive, sur un point particulier, de légitimer l'opinion, c'est pour d'autres raisons que pour celles qui fondent l'opinion ; de sorte que l'opinion a, en droit, toujours tort. L'opinion pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances. En désignant les objets par leur utilité, elle s'interdit de les connaître. On ne peut rien fonder sur l'opinion : il faut d'abord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter. Il ne suffirait pas, par exemple, de la rectifier sur des points particuliers, en maintenant, comme une sorte de morale provisoire, une connaissance vulgaire provisoire. L'esprit scientifique nous interdit d'avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons pas formuler clairement. Avant tout, il faut savoir poser des problèmes. Et quoi qu'on dise, dans la vie scientifique, les problèmes ne se posent pas d'eux-mêmes. C'est précisément ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S'il n'y a pas eu question, il ne peut y avoir connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n'est donné. Tout est construit.
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