Est-ce dans l'hésitation que nous sommes le plus conscients ? *
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Souvent j’agis de manière automatique, mon comportement est bordé par des habitudes, mon agir se meut dans le déjà-fait, dans la répétition, et finalement la plupart du temps je ne maintiens pas une attention soutenue, bref ma conscience se détend. L’idée d’être plus ou moins conscient n’est-elle pas liée à l’intérêt ou mieux à l’importance que revêt pour moi le moment vécu ? Le fait d’être « le plus conscient » ne correspond t-il pas au concept de lucidité ? Toutefois, si l’importance du vécu est d’ordre affectif, la passion peut me submerger au point que je n’ai pas le sentiment d’une très grande lucidité, il faudrait donc trouver le moyen de concilier importance et distance. Aussi il paraît légitime de demander si la confrontation à un choix difficile à faire, l’hésitation, n’a pas quelque rapport privilégié avec un haut degré de conscience. En effet, le choix n’est-il pas le prélude à toute interrogation et donc à la racine de la conscience ?
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Dans l'apprentissage d'un exercice, par exemple, nous commençons par être conscients de chacun des mouvements que nous exécutons, parce qu'il vient de nous, parce qu'il résulte d'une décision et implique un choix; puis, à mesure que ces mouvements s'enchaînent davantage entre eux et se déterminent plus mécaniquement les uns les autres, nous dispensant ainsi de nous décider et de choisir, la conscience que nous en avons diminue et disparaît. Quels sont, d'autre part les moments où notre conscience atteint le plus de vivacité ? Ne sont-ce pas les moments de crise intérieure, où nous hésitons entre deux ou plusieurs partis à prendre, où nous sentons que notre avenir sera ce que nous l'aurons fait? Les variations d'intensité de notre conscience semblent donc bien correspondre à la somme plus ou moins considérable de choix ou, si vous voulez de création, que nous distribuons sur notre conduite. Tout porte à croire qu'il en est ainsi de la conscience en général. Si conscience signifie mémoire et anticipation, c'est que conscience est synonyme de choix." BERGSON Analyse du texte: Bergson part d'un observation: la conscience qui accompagne nos actions spontanées disparaît dans les actes automatiques.Il propose ensuite des exemples:
* La situation d'apprentissage: quand nous apprenons quelque chose, nous sommes conscients de ce que nous faisons (de l'apprentissage), nous y faisons attention, nous nous concentrons sur cela (nous faisons donc un choix dans les objets qui nous entourent et dans nos pensées), tandis que lorsque nous savons parfaitement faire cette chose, nous exécutons nos actes machinalement, sans en avoir conscience.
* La situation de choix crucial: lorsque nous avons un choix important à faire (qui met en jeu notre avenir), notre conscience est très aiguë. Il énonce enfin une conclusion: être conscient, c'est avant tout choisir.
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