Dans quelle mesure peut-on dire que le langage est un moyen de maîtrise et de domination ? *
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Aperçu du corrigé : Dans quelle mesure peut-on dire que le langage est un moyen de maîtrise et de domination ?
Dans les sociétés traditionnelles (celles de l'Antiquité ou celles que l'on dit « primitives ») le langage est saisi comme une puissance démiurgique et magique, qui relève du sacré. Ainsi selon la Bible est-ce en parlant que Dieu créa le monde (« Dieu dit : "Que la lumière soit" et la lumière fut... Dieu dit : "Qu'il y ait un firmament"... », etc.). De même, dans les rites de la magie et de la théurgie, dans toutes les cultures, les formules d'objurgation, d'obsécration, d'exécration, etc., jouent un rôle fondamental : le magicien parfait, comme Hermès Trismégiste dans la tradition hellénistique, est celui qui connaît le pouvoir secret des mots et sait les prononcer avec l'intonation correcte. Le nomen est omen : le nom est un signe du divin. De telles conceptions mythiques et religieuses du langage indiquent que l'homme conçoit spontanément le langage comme un pouvoir, et nous invitent à réfléchir sur ce pouvoir. Il n'est d'ailleurs pas sans intérêt de noter à ce propos que la philosophie, si l'on considère que Socrate en est le père, naquit avant tout d'une réflexion sur le langage et sur son détournement par les sophistes. Dans quelle mesure, donc, le langage est-il un moyen de maîtrise et de domination ?
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Première partie : Le langage, moyen de maîtrise et de domination de la nature
Deuxième partie : Le langage, moyen de maîtrise et de domination de l'homme
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1. Maîtriser les mots, soumettre les hommes
A. Pour les conquérants, imposer l’usage de leur propre langue a toujours été un moyen de domination. Les langues des « indigènes » colonisés ramenées au rang de dialectes. Les élites culturelles locales ne se servent plus que de la langue des gouvernants. Songez, par exemple, à la « nov-langue » de l’Etat autoritaire, dans 1984, le roman de George Orwell.
B. Plus largement, celui qui « sait parler » est capable d’exercer une véritable contrainte sur ses auditeurs. Gorgias proclame que le langage, lorsqu’il est manié par les Sophistes, possède une irrésistible puissance d’illusion. Son pouvoir de conviction et de séduction en fait l’instrument privilégié de la domination politique.
2. User du langage, libérer son esprit
A. Pourtant, grâce à la lecture et à l’apprentissage de langues étrangères, l’esprit humain se délivre de ses préjugés. Plus généralement, comme le fait remarquer Rousseau, les mots font accéder l’homme à des concepts, à des idées générales. Ils l’arrachent ainsi aux impressions et aux réactions immédiates. Le langage le libère d’un horizon borné aux sensations et aux réflexes.
B. La faculté de s’exprimer est une des conditions essentielles de notre liberté. La liberté de communiquer enrichit en effet notre esprit par les exigences du débat. Pour faire admettre son point de vue, il faut produire un discours qui s’adresse à la raison de ses interlocuteurs. Dans la discussion, chacun s’affranchit de l’irrationalité.
3. La discrète tyrannie du langage
A. Langage libérateur, langage dominateur, les deux positions que nous avons défendues ont un commun présupposé : le langage est un instrument docile pour celui qui l’emploie. Jamais il n’est envisagé comme une force aliénante.
B. Néanmoins, les mots, la grammaire et les tournures d’une langue contraignent les pensées de celui qui s’exprime à se couler dans des moules prédéfinis. Nietzsche montre même que les langues véhiculent des préjugés métaphysiques : nous croirons à l’existence de l’âme parce que les langues indo-européennes posent un sujet distinct du verbe et de ses compléments (Crépuscule des idoles). La langue penserait à notre place.
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Dans quelle mesure peut-on dire que le langage est un moyen de maîtrise et de domination ?