Y a-t-il des vérités qui dépassent le savoir ? *
EXEMPLES DE RECHERCHE
Aperçu du corrigé : Y a-t-il des vérités qui dépassent le savoir ?
L'interrogation « y a-t-il » équivaut à « existe-t-il ? », « peut-on trouver ». C'est une question demandant d'enquêter sur l'existence ou la non-existence d'un certain objet. L'objet ici, c'est « des vérités qui dépassent le savoir ».
Il faut remarquer que le mot « vérité » est au pluriel et pas au singulier : la vérité s'oppose à la fausseté, elle est ce qui est conforme au réel ; les vérités, ce sont les connaissances qui présentent cette adéquation au réel.
Dépasser, c'est être au-dessus, au-delà de. Que veut dire « dépasser le savoir » ? Le savoir, c'est, d'une manière générale, l'ensemble des connaissances qui sont à notre disposition, et notamment l'ensemble des connaissances rationnelles.
Il s'agira ici de définir le rapport des vérités au savoir, et en particulier de décider si le savoir englobe toutes les vérités.
Le sujet est un peu surprenant, tant le lien des vérités et du savoir peut sembler évident. Car affirmer qu'il y a des vérités qui dépassent le savoir, n'est-ce pas sévèrement limiter les prétentions et les capacités de la science ? du bien-fondé de la recherche même de la connaissance ?
On peut prendre deux partis : ou bien l'on considère qu'il n'y a rien au-dessus du savoir dans l'ordre de la connaissance, que la rationalité pure, en tant qu'elle permet de connaître, se suffit à elle-même et suffit à la connaissance du monde ; ou bien l'on pose qu'il y a une manière de connaître autre et peut-être supérieure à la simple connaissance rationnelle désignée ici par le mot « savoir » : il faut alors s'orienter vers des conceptions mystiques ou religieuses, ce qui pose des problèmes divers : la fiabilité de la connaissance non rationnelle, la primauté de la foi sur la raison par exemple. On pourra interroger par exemple l'expression « vérités de la foi », pour l'opposer aux vérités de la raison, observer la prétention qu'a eue l'Eglise dans l'histoire de dominer le champ du savoir grâce au pouvoir de la foi dont elle était la gardienne.
du bien-fondé de la recherche même de la connaissance ? On peut prendre deux partis : ou bien l'on considère qu'il n'y a rien au-dessus du savoir dans l'ordre de la connaissance, que la rationalité pure, en tant qu'elle permet de connaître, se suffit à elle-même et suffit à la connaissance du monde ; ou bien l'on pose qu'il y a une manière de connaître autre et peut-être supérieure à la simple connaissance rationnelle désignée ici par le mot « savoir » : il faut alors s'orienter vers des conceptions mystiques ou religieuses, ce qui pose des problèmes divers : la fiabilité de la connaissance non rationnelle, la primauté de la foi sur la raison par exemple. On pourra interroger par exemple l'expression « vérités de la foi », pour l'opposer aux vérités de la raison, observer la prétention qu'a eue l'Eglise dans l'histoire de dominer le champ du savoir grâce au pouvoir de la foi dont elle était la gardienne. Références utiles Plotin, Ennéades Pascal, Pensées. Brecht, La Vie de Galilée Textes à utiliser Platon, Le Banquet « Il n'y a pas de dieu qui s'occupe à philosopher, ni qui ait envie d'acquérir le savoir (car il le possède), et pas davantage quiconque d'autre possédera le savoir ne s'occupera à philosopher. Mais, de leur côté, les ignorants ne s'occupent pas non plus à philosopher et ils n'ont pas envie d'acquérir le savoir ; car c'est essentiellement le malheur de l'ignorance, que tel qui n'est ni beau, ni bon, ni intelligent non plus, s'imagine l'être autant qu'il faut. Celui qui ne pense pas être dépourvu n'a donc pas le désir de ce dont il ne croit pas avoir besoin d'être pourvu. Dans ces conditions, quels sont, Diotime, ceux qui s'occupent à philosopher, puisque ce ne sont ni les savants, ni les ignorants ? Voilà qui est clair, répondit-elle, un enfant même à présent le verrait : ce sont les intermédiaires entre l'une et l'autre espèce, et l'Amour est l'un d'eux. Car la science, sans nul doute, est parmi les choses les plus belles ; or l'Amour a le beau pour objet de son amour ; par suite il est nécessaire que l'Amour soit philosophe et, en tant que philosophe, intermédiaire entre le savant et l'ignorant.
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Platon, Le Banquet
« Il n'y a pas de dieu qui s'occupe à philosopher, ni qui ait envie d'acquérir le savoir (car il le possède), et pas davantage quiconque d'autre possédera le savoir ne s'occupera à philosopher. Mais, de leur côté, les ignorants ne s'occupent pas non plus à philosopher et ils n'ont pas envie d'acquérir le savoir ; car c'est essentiellement le malheur de l'ignorance, que tel qui n'est ni beau, ni bon, ni intelligent non plus, s'imagine l'être autant qu'il faut. Celui qui ne pense pas être dépourvu n'a donc pas le désir de ce dont il ne croit pas avoir besoin d'être pourvu.
Dans ces conditions, quels sont, Diotime, ceux qui s'occupent à philosopher, puisque ce ne sont ni les savants, ni les ignorants ?
Voilà qui est clair, répondit-elle, un enfant même à présent le verrait : ce sont les intermédiaires entre l'une et l'autre espèce, et l'Amour est l'un d'eux. Car la science, sans nul doute, est parmi les choses les plus belles ; or l'Amour a le beau pour objet de son amour ; par suite il est nécessaire que l'Amour soit philosophe et, en tant que philosophe, intermédiaire entre le savant et l'ignorant. Mais ce qui a fait aussi qu'il possède ces qualités, c'est sa naissance : son père est savant et riche d'expédients, tandis que sa mère, qui n'est point savante, en est dénuée. Voilà quelle est en somme, cher Socrate, la nature de ce démon. »
Descartes, Lettre à Huygens, 13 octobre 1642
« Au reste, Monsieur, je vous suis doublement obligé de ce que ni votre affliction ni la multitude des occupations, qui comme je crois, l'accompagnent, ne vous ont point empêché de penser à moi, et prendre la peine de m'envoyer ce livre, car le sais que vous avez beaucoup d'affliction pour vos proches, et que leur perte ne peut manquer de vous être extrêmement sensible. Je sais bien aussi que vous avez l'esprit très fort, et que vous n'ignorez aucun des remèdes qui peuvent servir pour adoucir votre douleur, mais je ne saurais néanmoins m'abstenir de vous en dire un que j'ai trouvé très puissant, non seulement pour me faire supporter patiemment la mort de ceux que j'aimais, mais aussi pour m'empêcher de craindre la mienne, nonobstant que je sois du nombre de ceux qui aiment le plus la vie. Il consiste en la considération de la nature de nos âmes, que je pense connaître si clairement devoir durer plus que le corps, et être nées pour des plaisirs et des félicités beaucoup plus grandes que celles dont nous jouissons en ce moment, que je ne puis concevoir autre chose de ceux qui meurent sinon qu'ils passent à une vie plus douce et plus tranquille que la nôtre, et que nous les irons trouver quelque jour, même avec la souvenance du passé ; car je reconnais en nous une mémoire intellectuelle, qui est assurément indépendante du corps, Et quoique la religion nous enseigne beaucoup de choses sur ce sujet, j'avoue néanmoins en moi une infirmité qui est, ce me semble, commune à la plupart des hommes, à savoir que, quoique nous voulions croire et même que nous pensions croire fort fermement tout ce que la religion nous apprend, nous n'avons pas toutefois coutume d'en être si touchés que de ce qui nous est persuadé par des raisons naturelles fort évidentes. »
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Y a-t-il des vérités qui dépassent le savoir ?