Le désir n'est-il qu'inquiétude ? *

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Sujet : Le désir n'est-il qu'inquiétude ?

Aperçu du corrigé : Le désir n'est-il qu'inquiétude ?

désir inquiétude

Notre sujet s’appuie d’emblée sur un présupposé : le désir est inquiétude. Mais, demande-t-on, n’est-il que cela ? Pour le déterminer, nous devons nous intéresser à la structure du désir, tout autant qu’à la qualité de l’inquiétude à laquelle on le rattache. En effet, il est possible, en première approximation, de définir le désir comme manque. Or, le manque est un élément propice à susciter l’inquiétude, si l’on discrimine deux sens de l’inquiétude. De fait, l’inquiétude renvoie d’abord, dans le langage courant, à la peur ou à l’angoisse ; quelque chose d’inquiétant représente une menace et peut nous effrayer. Ensuite, l’inquiétude signifie, en accord avec l’étymologie, l’absence de calme ou de repos ; est « in-quiet » celui qui n’est pas tranquille (en anglais, quiet). Dès lors, si le désir comme manque peut nous introduire à l’absence de repos, c’est-à-dire à l’activité désirante elle-même, est-il pour autant le synonyme d’une angoisse de ce qu’il y a à venir ? En d’autres termes, peut-on tenir le désir pour inquiétude, au sens d’une source fondamentale d’action, tout en ne l’assimilant pas exclusivement à la peur ou à l’angoisse du devenir ?

   Or, dès que l'enfant prend conscience que l'objet du désir de la mère n'est autre que le Père, l'enfant ne peut s'accommoder de cette frustration qu'en la désignant de manière symbolique, c'est-à-dire grâce au langage. Par un procédé que Lacan nomme métaphorique, l'enfant abandonne sa passivité et la souffrance qu'elle occasionne et désigne activement l'objet de son désir (être l'objet du désir de la mère) par le Nom-du-Père. Cependant, la métaphore s'accompagne d'un glissement de sens, en sorte qu'en nommant le Père (c'est-à-dire l'instance symbolique qui le sépare de la mère) l'enfant ignore qu'il désigne l'objet primordial de son désir. Se trouve ainsi fondée la possibilité de désirer, qui apparaît avec la maîtrise du langage, mais tout aussi bien l'aliénation du sujet dans le langage. Désirer, c'est nommer l'objet de son désir, mais dans l'inadéquation entre le signifiant qu'on utilise et le signifié qui lui correspond. Par exemple, en nommant le Père, l'enfant ne désigne pas l'instance symbolique qui le sépare de la mère, mais l'objet primitif de son désir. Le langage permet donc l'avènement du désir en refoulant l'objet qui lui correspond, en créant un inconscient langagier. La conséquence pour notre réflexion apparaît ainsi : le sujet, pris dans les rets du langage, ignore proprement quel est l'objet de son désir. Il est désormais condamné à errer, de signifiant en signifiant, en quête de l'objet propre à le satisfaire, mais dont il ignore quel il est. Le désir est donc lié à l'inquiétude comme absence de repos : le sujet n'a de cesse de désirer, il poursuit indéfiniment, sans jamais pouvoir s'arrêter, tout en se leurrant lorsqu'il songe qu'en désirant autre chose, il trouvera finalement l'objet primordial de son désir.

	Le désir n'est-il qu'inquiétude	?

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