Un désir peut-il être coupable ? *
EXEMPLES DE RECHERCHE
Aperçu du corrigé : Un désir peut-il être coupable ?
Le désir et la culpabilité s'entendent comme deux termes contradictoires en ce sens que le désir apparaît comme l'expression de la nature, qu'il ne s'y accroche donc aucune notion de valeur (« Le désir est l'appétit de l'agréable » Aristote, De l'âme), tandis que la culpabilité est l'expression de la morale, qu'elle n'advient donc qu'avec l'insertion de l'individu dans un groupe qui exige quelque chose de lui (« Il faut savoir qu'il y a dans chacun de nous deux principes qui nous gouvernent et nous dirigent [...] : l'un est le désir inné du plaisir, l'autre l'idée acquise qu'il faut rechercher le bien. » Platon, Phèdre)
La culpabilité viendra de cette perception que la recherche du plaisir ne fait pas plaisir à la mère. Par ailleurs, si la famille est le premier lieu d'apprentissage de la répression, cette répression n'aurait aucune force persuasive sur l'être adulte si le relais n'était pris par les instances politico-sociales. L'école, l'église transmettent la conviction que l'être policé doit se défier de son désir. « La morale est une sorte d'art de l'insatisfaction des désirs de faire ce qui ne plaît pas et de ne pas faire ce qui plaît. Si le bien plaisait, si le mal déplaisait, il n'y aurait ni morale, ni bien, ni mal. » Paul Valéry, Choses tues. On peut considérer que la religion chrétienne notamment a spécialement condamné le désir sexuel : l'union des corps ne vaudrait que pour la reproduction pas pour la jouissance. Il s'effectue alors un déplacement dans l'esprit entre culpabilité morale (celle que définit l'église) et culpabilité intrinsèque (celle qui n'existe pas mais que le sujet finit par admettre comme allant de soi). Les grandes formules de la répression font ainsi accroire avec le temps et l'expérience que le mal est inscrit au coeur du désir, que le désir peut être mauvais en soi. Cette victoire constitue la plus belle réalisation sociale, puisque le sujet n'a plus à penser pour lui-même mais qu'il est pensé par une puissance extérieure qui le décharge du sens de sa conduite.
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