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Done Elvire dans le Dom Juan de Molière

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Document transmis par : yannick46123


Publié le : 17/1/2011 -Format: Document en format HTML protégé

Done Elvire dans le Dom Juan de Molière
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Introduction

La première représentation de Dom Juan se déroule  le 15 février 1665 au théâtre du Palais Royal.

Molière a fait appel à deux peintres, Simon et Prat,  pour le décor, ce qui est une première, et témoigne, tout comme son travail d’adaptation de la légende, qu’il ne s’agissait nullement de bâcler cette pièce.  De plus, « un directeur de troupe pressé par l’urgence n’aurait vraisemblablement pas pris le temps, non seulement de créer un personnage original, comme celui de Done Elvire, mais de remodeler entièrement la figure de Dom Juan que lui fournissaient ses prédécesseurs  ».

  Le 17 février, jour de Mardi gras, se tient la  seconde représentation. La pièce connaît un grand succès, comme en témoigne le Registre de Lagrange . Molière, en tant que directeur de la troupe, aurait donc dû, en toute logique, la maintenir au programme du théâtre après sa fermeture pour les fêtes de Pâques. Mais à la réouverture du théâtre, il en est tout autrement : Dom Juan n’est plus à l’affiche, et Molière reprend d’anciennes pièces telles Le Cocu imaginaire, et L’Ecole des Femmes, qui remportent un piètre succès. Tout porte donc à croire, comme le souligne G.Couton , qu’on a donné l’ordre officieux à Molière de s’autocensurer.

Toute création littéraire est à replacer dans un contexte, social, politique, religieux, littéraire. Et cela est d’autant plus vrai, et inévitable pour la compréhension du Dom Juan de Molière.  Après une première représentation de son Tartuffe ou l’hypocrite, le 12 mai 1664, sa pièce fait aussitôt l’objet de réactions violentes, et se voit interdire. Molière n’obtiendra gain de cause qu’en 1669. Il adapte donc le mythe donjuanesque alors qu’il est en pleine bataille pour lever la censure que connaît son Tartuffe. A l’automne 1664, quels pouvaient donc être son état d’esprit, et ses intentions ? Les attaques violentes, et surtout la censure auxquelles il était confronté, ont forcément influé sur l’écriture de son Dom Juan. Claude Bourqui  évoque l’hypothèse, on ne peut plus justifiée, de la « colère noire », et « du sentiment d’injustice » qui devaient habiter l’auteur, impuissant face à la censure, aux agressions très virulentes du parti dévot, et de la puissante Compagnie du Saint-Sacrement, à son encontre. Allait-il opter pour la « raison » et adapter un Dom Juan conforme à la légende, ne laissant ainsi aucune chance à ses détracteurs de s’attaquer à sa nouvelle pièce ? Tenter ainsi de « se faire oublier » après tout le bruit, le scandale occasionnés par  L’école des femmes, et son Tartuffe, calmer ses ennemis, puissants dévots, et se concentrer sur la défense du Tartuffe qui lui tenait tant à cœur? Ou bien, au contraire, dans son adaptation de Dom Juan, refuser l’autocensure,  et ainsi toujours passer au regard de ses adversaires, pour un libertin, un homme corrompu, immoral, sans piété, aux mauvaises mœurs. Voire un « démon vêtu de chair et habillé en homme, et le plus signalé impie et libertin qui fut jamais dans les siècles passés », tel que le qualifiait un curé parisien, Roullé, dans Le roi glorieux au monde ou Louis XIV le plus glorieux de tous les rois du monde .

La personnalité de Molière qui transparaît au travers de l’ensemble de son œuvre laisse à penser qu’il ne pouvait se taire, et contenter ainsi ses opposants. L’étude de son Dom Juan et de l’accueil  fait à sa pièce, témoignent de cette prise de position, et nous donne ainsi raison. 

Rappelons brièvement, en nous appuyant sur les recherches de G.Couton , les critiques auxquelles Molière et son Dom Juan furent exposés.

Le 14 février 1665, Loret fait l’apologie de la pièce dans La Muse historique. On parle déjà de la pièce : Molière pour « promouvoir » sa nouvelle création avait dû ouvrir les portes du Palais-Royal lors des répétitions, suppose G.Couton . Le théâtre de Molière devait défrayer la chronique. Et la réputation sulfureuse du dramaturge devait déchaîner les passions, avant même les représentations. 

Effectivement, très vite, on parla du Dom Juan, mais en des termes beaucoup moins élogieux ! Sa pièce, dès les premières représentations, suscita une grande polémique, dans la continuité de la querelle du Tartuffe. Cette adaptation moliéresque de la légende faisait donc office d’œuvre provocatrice dans la lignée du Tartuffe.

 Un sonnet témoigne des attaques extrêmement virulentes auxquelles Molière fut confronté .

De même, Conti dans L’Avertissement de son Traité de la Comédie et des spectacles, selon la tradition de l’Eglise , s’en prend au Dom Juan moliéresque, et à L’Ecole des femmes, les considérant comme « une école d’athéisme ouverte  ».

D’Aubignac, dans sa  Pratique du théâtre , estime que la pièce a « donné beaucoup de peine aux gens de bien et n’a pas fort contenté les autres ».

Molière, son Dom Juan, et d’autres de ses œuvres, qui attirent « l’indignation de toutes les personnes de piété  » seront vivement attaqués dans les Observations sur une comédie de Molière intitulée le Festin de Pierre, parues, selon G. Couton , certainement peu de temps après le 18 avril 1665, date à laquelle  le libraire Pépingué reçoit l’autorisation de l’imprimer.  L’auteur de cette virulente critique, apparaît sous couvert d’anonymat : on a juste comme indication des initiales « B.A. Sr de R », suivie de sa prétendue charge « avocat en Parlement. » Il apparaît dans une seconde édition sous le nom de Rochemont. G.Couton , qui s’est  penché sur le problème de l’authentification de l’auteur, pense qu’il doit faire partie de l’entourage de Conti. Ce livre rencontre un grand succès : il attise la curiosité d’un public privé de représentation d’une pièce qui, peu jouée, suscite tant de passions. 

Dans ce pamphlet, Molière est taxé, non sans ironie, de copiste : « (…)et (Molière) ne copie pas mal les auteurs  ; ».

Dom Juan n’est évidemment pas une création de Molière, puisque c’est une légende. De cette légende espagnole fut tirée une comédie espagnole, Le Trompeur de Séville et le convié de Pierre, signée De Tirso de Molina. S’ensuivirent deux adaptations italiennes de Cicognini, et de Giliberto. La pièce est adaptée et jouée en commedia dell’arte par les Comédiens Italiens, à partir de 1658. C’est ensuite aux comédiens français Dorimond et Villiers de s’inspirer de l’adaptation italienne et d’écrire une pièce qui porte le même titre Festin de Pierre ou le fils criminel, respectivement jouées à Lyon, en 1658, et à l’Hôtel de Bourgogne, en 1659. Puis imprimées en 1659, et 1660. Molière s’est essentiellement  inspiré des pièces françaises de Dorimond et Villiers, même si les similitudes avec ce dernier sont moins importantes, constate C.Bourqui , ainsi que du scénario de Cicognini , et du spectacle de la Comédie Italienne dans la traduction de Gueulette .

Ses sources d’inspiration sont donc nombreuses, et incontestables.

Mais Molière a bel et bien adapté ces sources, ce qui nécessite un grand travail : reprises, ajouts, suppressions, créations, et réécriture. Il optera, lui, pour la prose. Molière ne s’est donc pas évidemment contenté de « copier »,  plagier. Ses trouvailles, ses innovations, font de son Dom Juan une œuvre typiquement moliéresque, ce qui ne sera pas sans conséquences pour l’avenir de sa pièce, suscitant comme son Tartuffe, la polémique, et la censure. 

C.Bourqui résume ainsi très bien : « il (Molière) va, comme toujours emprunté à ses devanciers, mais il va aussi apporter de lui-même. » Et d’ajouter : « Chacun de ces choix ou de ces refus est porteur de signification (…)  ».

L’étude de ces choix et refus nous permet donc de cerner les intentions de Molière, et de comprendre ainsi ce qui a pu susciter la polémique de sa pièce. 

Evoquons brièvement ce qui a pu provoquer une nouvelle polémique avec ce Dom Juan de Molière, et révéler la provocation de son auteur, son intention de poursuivre la querelle contre ses adversaires avec cette nouvelle création. 

Le choix même de la pièce par Molière pouvait être ressenti par ses ennemis dévots comme une provocation, d’autant plus en pleine querelle du Tartuffe. Le sujet est brûlant : la légende fait de Dom Juan un personnage provocateur, libertin bafouant toutes les règles caractérisant la société d’alors, morales, et sociales, auteur des pires crimes : il finit donc puni par Dieu, par l’entremise de la statue du Commandeur, une de ses victimes, qui l’entraîne en enfer. 

L’idée qu’un libertin, un débauché, soit mis en scène par Molière, devait fortement déplaire aux partisans de la censure de Tartuffe. Une pièce de Molière, qualifié lui-même par ses détracteurs de libertin athée, dont le protagoniste adopte un comportement contraire à la morale, chère aux dévots : comment nier le défi du dramaturge ? 

C.Bourqui démontre que tous les forfaits du Dom Juan moliéresque correspondent « à un point de conduite sur lequel l’idéologie dévote est particulièrement sourcilleuse  ». C’est, selon lui,  la dimension théologique du Dom Juan moliéresque qui fut ressentie comme un provocation, une insulte chez ses adversaires : Molière fait de son protagoniste  un épicurien qui s’adonne, sans limites, aux plaisirs de la chair, un mauvais payeur ( Sganarelle et Monsieur dimanche en subissent les conséquences…), un profanateur en paroles et en actions, un hypocrite, et un pécheur endurci.

Dom Juan n’est d’ailleurs pas le seul à faire injure au parti dévot. Son valet aussi dont « l’emploi molièresque dépasse largement celui de ses prédécesseurs puisqu’il accentue les fonctions de conseiller maladroit et raisonneur ridicule en matière philosophique et théologique » nous dit Blüher  

Selon G.Couton , c’est effectivement au travers de l’étude du personnage de Sganarelle, plus encore que celui de Dom Juan, que l’on devinera les intentions de Molière. Et il met en parallèle les sentiments partagés par l’auteur des Observations et A.Adam. Ce dernier, disant à propos de Sganarelle : « Prodigieuse création, toute en dessous et en retours, où le clin d’œil corrige la valeur des paroles, où le ricanement vient démentir et bafouer les phrases édifiantes, figure de coquin et d’imbécile tout ensemble, qui déshonore la vertu par ses moqueries et la religion plus encore par sa stupidité  ». Et  Sieur Rochemond : « Le maître est athée et hypocrite, et le valet est libertin et malicieux.  ». Selon lui, ils se jouent tous les deux de la divinité, mais différemment : « Le maître attaque avec audace, et le valet défend avec faiblesse ; le maître se moque du Ciel, et le valet se rit du foudre qui le rend redoutable ; le maître porte son insolence jusqu’au trône de Dieu, et le valet donne du nez en terre et devient camus avec son raisonnement .».

Nous avons vu brièvement les principaux aspects qui avaient provoqué la polémique dans cette adaptation moliéresque de Dom Juan. Penchons-nous enfin sur le personnage de Done Elvire, pure création de Jean-Baptiste Poquelin. 

Nous constaterons, dans un premier temps, que le personnage de Done Elvire est réussi.   D’abord, Molière a créé un beau personnage, une femme exceptionnelle  en la personne de Done Elvire. De plus, ce personnage présentait pour son auteur, une grande utilité dans la dramaturgie : c’est par son entremise qu’il révèle l’essence de son Dom Juan. 

La réaction de certains religieux de l’époque vis-à-vis du Dom Juan de Molière fut violente, alors que les autres Dom Juan ne les avait pas choqués, constate Homayoun Mazaheri. Nous nous demanderons donc, dans une seconde partie, si le personnage de Done Elvire a pu contribuer à la polémique suscitée par la pièce.

 

I. Done Elvire, un personnage réussi.

Elle est l’objet de la première scène de la pièce, et se trouve donc au cœur de l’intrigue dramaturgique. Dès le début de la pièce, un dialogue entre le valet de Dom Juan, Sganarelle, et l’écuyer de Done Elvire, Gusman, nous apprend la fuite de Dom Juan après avoir épousée la dame,  rompant ainsi « les saints nœuds du mariage (qui) le tiennent engagé.  ». A cette fin,  Dom Juan a été jusqu’à « forcer, dans sa passion, l’obstacle sacré d’un couvent  ».

Avant même son entrée sur scène, le personnage de Done Elvire permet donc au dramaturge de révéler la scélératesse de Dom Juan, grâce aux propos échangés entre les deux valets, relatant le sort de la malheureuse, abandonnée par son époux après avoir quitté son couvent. 

Ainsi, Sganarelle dresse-t-il un long portrait très sombre de son maître : « (…) tu vois en Dom Juan, mon maître, le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté, un enragé, un chien, un Diable, un Turc, un Hérétique, qui ne croit ni Ciel, ni saint, ni Dieu, (…), qui passe cette vie en véritable bête brute, en pourceau d’Epicure,(…), qui ferme l’oreille à toutes les remontrances chrétiennes qu’on lui peut faire, et traite de belles visées tout ce que nous croyons. (…) .Un mariage ne lui coûte rien à contracter ; il ne se sert point d’autres pièges pour attraper les belles, et c’est un épouseur à toutes mains. (…)  » 

Dès la première scène, nous savons donc que la « performance (de Dom Juan) se fonde surtout sur la promesse  ». Et Giovanni Dotoli de citer Paul.Mathiot  : « Dom Juan séduit en engageant sa parole, en promettant, et ne vit que pour violer ses serments. Dès la scène 1 de l’acte I, on apprend que malgré les « saints nœuds du mariage » et les « serments réitérés », il est en fuite parce qu’ «un autre objet a chassé Elvire de sa pensée ». ».

Le personnage de Done Elvire permet donc au dramaturge de présenter les facettes de son personnage qui le différencient des autres Dom Juan : un profanateur, qui contracte des mariages à foison, et un homme profondément athée. 

La dimension théologique du Dom Juan moliéresque apparaît donc dès le début de la pièce. Notre auteur a choisi de faire de son Dom Juan, non plus un simple libertin, mais aussi un athée, aux pratiques relevant de la profanation : il vit en épicurien, et non en chrétien, traitant avec mépris tout ce qui touche à la religion, prêt à tout pour assouvir ses plaisirs de conquête, et bafouant le sacrement de mariage à tour de bras, un « mystère sacré » pour reprendre l’expression de Sganarelle . Molière s’applique donc à insérer dans sa prose tout le champ lexical religieux, pour accentuer le caractère impie, athée du protagoniste. 

Le spectateur est amené à rencontrer Done Elvire dans la scène III du premier acte : elle a retrouvé son mari, et fait irruption dans le palais qu’il occupe. C’est une femme offensée par l’abandon de son époux qui se présente à lui pour lui demander les raisons de sa fuite. C’est une femme amère, mais intelligente, et qui recourt même à l’ironie dans sa souffrance « Parlez, Dom Juan, je vous prie, et voyons de quel air vous saurez vous justifier !  ».

Dom Juan se montre lâche, et insolent : il demande à son valet « qui sait pourquoi je suis parti  » d’expliquer les raisons de cet abandon.

Done Elvire, bien que lucide,  aime encore le traître, et lui souffle ce que toute femme amoureuse souhaiterait tant entendre en de telles circonstances : « Que ne me jurez-vous que vous êtes toujours dans les mêmes sentiments pour moi, que vous m’aimez toujours avec une ardeur sans égale, et que rien n’est capable de vous détacher de moi que la mort ? » « (…) qu’il est certain que vous brûlez de me rejoindre, et qu’éloigné de moi, vous souffrez ce que souffre un corps qui est séparé de son âme ?  ». 

Dom Juan utilise alors l’arme de l’imposture: « Je vous avoue, Madame, que je n’ai point le talent de dissimuler, et que je porte un cœur s incère. » 

Pire, il se montre hypocrite, au sens où on l’entendait au XVIIème siècle : l’hypocrisie revêtait une forte connotation religieuse. L’étude des définitions données à la notion d’hypocrisie dans les traités de confession et de casuistique, en témoignent. Ils s’inspirent tous de la Somme théologique de Saint Thomas d’Aquin : selon cet auteur, l’hypocrisie est « une simulation ; non pas n’importe laquelle, mais seulement celle où l’on simule un autre personnage qu’on n’est pas, par exemple un pécheur simule le personnage de l’homme juste  ». Selon Saint Thomas d’Aquin, l’hypocrisie consiste d’abord à simuler la vertu. Elle peut être la simulation de toutes les vertus, mais elle est d’abord la simulation de l’état de perfection morale et religieuse. Et au XVIIème siècle, le terme d’hypocrisie repose sur cette idée de simulation en matière de piété, dévotion et charité, comme dans de nombreux passages de la Bible .

Antoine Furetière, dans son grand Dictionnaire universel, publié en Hollande en 1690, met aussi l’accent sur la simulation de la dévotion pour définir l’hypocrisie: « Déguisement en matière de dévotion ou de vertu. On cache bien des méchancetés sous le voile de l’hypocrisie. Le plus grand de tous les vices, c’est l’hypocrisie. (…)  .» 

Et voici la définition qu’il donne de l’hypocrite : « Qui contrefait le dévot, l’homme de bien, et qui ne l’est pas. ». Et Furetière d’évoquer la Bible pour clore cette définition : « Jésus-Christ a toujours fait la guerre aux Pharisiens, parce qu’ils étaient hypocrites. Il a comparé les hypocrites aux sépulcres blanchis, beaux au dehors, et pleins de pourriture au-dedans. Il a crié malheur sur les hypocrites.  ». La notion d’hypocrisie s’inspire donc au XVIIè siècle de la morale chrétienne, de la théologie morale. On a reproché à Molière d’aborder le thème de l’hypocrisie dévote au théâtre avec son Tartuffe : il poursuit bel et bien sa guerre, en toute connaissance de cause dans cette société régie par l’Eglise, en affublant Dom Juan de ce vice.

Et c’est encore Done Elvire qui lui permet de révéler, mais aussi dénoncer l’hypocrisie dévote.

Dans les scènes où se manifeste l’hypocrisie de Dom Juan, tout comme dans son Tartuffe,...



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Problématique

 

« Tentateur et séducteur, vêtu de rouge et d’or, Dom Juan est lui-même de mieux en mieux reconnu comme un suppôt du Démon, dont il tient l’ironique volonté sacrilège en enlevant à Dieu une épouse au couvent(…) ».

Le personnage de Done Elvire permet donc à Molière de mettre l’accent sur le péché de luxure auquel se livre sans retenue Dom Juan, et sur son libertinage, au sens religieux du terme.  

Done Elvire exist ait dans la version de 1683, mais elle n’était pas la femme, mais la maîtresse de Dom Juan. En en faisant son épouse, Molière faisait commettre à  Dom Juan un double sacrilège :  profaner un lien religieux en épousant une fille du Christ, et  par son abandon, rompre à nouveau un lien sacré. 

Au XVIIe siècle, le mariage est chose sacrée. Sganarelle le désigne par la métaphore « mystère sacré ». Il s’offusque que son maître puisse collectionner les mariages, et ainsi profaner une chose sainte, et « se jouer du Ciel ». Seul le Dom Juan moliéresque contracte des mariages. Molière introduit donc le motif de la femme mariée, trahie, abandonnée par un mari infidèle. Ce lien sacré dans la religion catholique ainsi bafoué, réduit à une simple formalité verbale, devait être perçu comme une pure provocation, et chose très indigne. Dans la seule édition hollandaise de 1683, on peut trouver le mot « mystère » au lieu de « mariage ». Dans son dictionnaire, Furetière donne  la définition suivante: « Mystère se dit aussi des sacrements, des cérémonies de l’Eglise. Il ne faut pas qu’un profane, qu’un excommunié  participe à nos sacrés mystères ». Le terme mystère revêtait donc une forte connotation religieuse. Dans la version cartonnée de 1682, La Grange l’avait donc remplacé par le mot mariage, nous informe G.Couton . Le valet d’un athée, d’un profane, ne pouvait évoquer cette métaphore pour parler du mariage.

C’est Done Elvire qui, la première, amène Dom Juan à avoir recours au vice de l’hypocrisie religieuse  (Acte I, sc.III), et  faire ainsi sa première profession d’athéisme. Il utilise pour parvenir à ses fins, se débarrasser d’Elvire, le langage de la spiritualité. Et l’étude de Georges Couton, comparant Tartuffe et Dom Juan, nous conduit à la conclusion suivante : Molière poursuit son attaque de l’hypocrisie dévote, et de  la casuistique,  démontrant  qu’elle « fournit des arguments tout aussi bien pour une séduction (Elmire) que pour une répudiation ( Elvire).  ».

 L’idée que Molière, un laïque, s’attaque au problème de l’hypocrisie, à une époque où elle était connotée à la religion, avait été considérée comme une hérésie par ses adversaires lors de la sortie du Tartuffe : en quoi un laïque, auteur de théâtre était-il qualifié pour juger de l’hypocrisie religieuse ? Ses opposants dévots avaient, hélas,  gagné la bataille en faisant censurer sa pièce. Eh bien, comme en témoignent les propos hypocrites-entre autres !- de Dom Juan, Molière poursuivait sa bataille, la querelle, et ne se laissait pas museler ! 

On retrouvera ainsi tout le champ lexical de la piété et du repentir, proféré par la bouche d’un libertin athée : « conscience, scrupules, âme, adultère, péché, Ciel, couvent, repentir, courroux céleste, adultère déguisé, disgrâce d’en haut, sainte pensée ». 

Ainsi, Dom Juan invoquant « des arguments tirés de la théologie morale pour perpétrer et masquer ses forfaits apparaît comme une incarnation du diable », nous dit Marie-Odile Sweetser  . L’hypocrisie de Dom Juan se manifestera aussi, nous l’avons vu, avec son père.

Suite au départ de Dom Louis, Sganarelle s’insurge contre l’hypocrisie de son maître : « Quoi ? vous ne croyez rien du tout, et vous voulez cependant vous ériger en homme de bien ?  »

S’ensuit une longue tirade de Dom Juan qui vante l’hypocrisie, « vice à la mode  », « vice privilégié  », qui présente de « merveilleux avantages  » et permet de jouir « en repos d’une impunité souveraine ». Ainsi, de l’imposture en matière amoureuse, il décide de prendre le masque de l’hypocrisie, pour pouvoir mal agir en toute impunité.

Cette apologie de l’hypocrisie est redoutable, et derrière les propos de Dom Juan se cache la pensée de Molière. Tout comme dans son Tartuffe, où il dénonçait l’hypocrisie religieuse, il fait une satire diabolique de ce vice. Se cachant derrière son Dom Juan, il poursuit sa guerre contre les puissants dévots, les accusant de se « faire les vengeurs des intérêts du Ciel  », et de pouvoir ainsi « sous ce prétexte commode  » « accuser d’impiété  » tous leurs ennemis en public.

L’athéisme de Dom Juan se manifeste d’ailleurs tout au long du texte : ses actes, propos ou silences, le laissent toujours sous-entendre. Mais Molière se montrera prudent, jouant de l’ambiguïté, de l’équivoque. Il sait qu’ « Un faux pas supplémentaire peut faire basculer la faveur royale, auquel cas Molière serait livré en pâture à ses ennemis  ».

 

Done Elvire permet aussi au dramaturge de révéler « l’endurcissement au péché » de Dom Juan : C.Bourqui  cite la définition de cette expression du temps de Molière, donnée par J.Truchet : « On appelait endurcissement l’ultime phase de l’abandon d’une âme au péché : le pécheur endurci est celui qui se coupe définitivement les voies du salut. ».

La Mesnardières évoque, nous l’avons vu, dans sa Poétique l’utilité du Repentir au théâtre. Sur ce thème, il dit aussi : «  Après  que la faute est commise, le Poète judicieux a encore un fort beau moyen d’édifier son Auditeur, puisqu’il peut faire paraître un aigre et cuisant Repentir dans la personne coupable ; qui venant à considérer l’atrocité de son forfait dans cette froideur honteuse qui suit l’exécution des crimes, connaît l’énormité du sien, (…), condamne son impiété(…).  »

Mais jamais le Dom Juan moliéresque ne se repentira. L’intervention de Done Elvire (Acte IV, Sc.VI), si poignante, qui le conjure de se convertir, de renoncer à cette vie de pécheur, ne le convaincra pas le moins du monde. Sganarelle, présent lors de l’entretien, est visiblement (à la lecture du moins), tout comme nous, touché par ses propos. Seul Dom Juan y reste insensible. Il  n’intervient qu’à deux reprises dans la scène : dans un premier temps, pour se moquer ironiquement de son valet ému par la touchante tirade de Done Elvire : « Tu pleures, je pense.   ». Puis, pour défier Done Elvire, en insistant pour qu’elle passe la nuit au palais : « Madame, vous me ferez plaisir de demeurer, je vous assure.  »

Molière choisit donc de couper court aux instants tragiques, et aux interventions nobles de Done Elvire. Claude Bourqui évoque, à propos des interventions de Sganarelle, ses : « bouffées d’émotion-larmes de clown- qui le surprennent – au retour d’Elvire transfigurée (IV, 6) » qui « apposent la touche de dérision fatale aux envolées les plus nobles : Sganarelle transforme en boue, en vile matière tout ce qu’il touche  ». 

Après le départ de Done Elvire, Dom Juan provoque encore, et son valet, et le spectateur, et le parti dévot…Ses propos choquent, d’autant plus, après l’émouvante intervention de son épouse. Ses « larmes  », son « habit négligé  », son « air languissant » ont réveillé chez lui son désir pour elle, « quelques petits restes d’un feu éteint  ».

On retrouve chez Dom Juan le refus de l’émotion. Peut-être en a-t-il peur ? En tout cas, le sort d’Elvire ne l’émeut visiblement pas d’avantage que celui de ses anciennes conquêtes. Ses réflexions tout au long de la scène, quant aux désirs charnels suscités par la belle, quant à l’émotion de Sganarelle, relèvent même de la profanation :  il affiche ainsi son mépris total pour la chasteté retrouvée de Done Elvire, et Dieu.  En effet, l’intervention de Done Elvire pour le convaincre de sa nécessaire conversion, est une grâce, une chance de réconciliation que lui octroie Dieu, et il la dédaigne, la méprise. Dom Juan la refuse comme toutes les autres chances de miséricorde qui lui ont été accordées :  par l’entremise de Done Elvire, mais aussi de son père, de la Statue, du spectre, symbolisant les messagers de Dieu. Sans oublier, ce pauvre  auquel il pouvait donner l’aumône « pour l’amour de Dieu », mais auquel il « donne l’aumône à condition de renier Dieu  ». J.Truchet  et C.Bourqui  évoquent un pécheur endurci en la personne de Dom Juan, le pire forfait dans le domaine théologique. 

La création du personnage de cette religieuse peut donc être aussi perçue comme une nouvelle provocation de Molière.  Elle le fut sans aucun doute. Molière, avec l’aide de sa Done Elvire,  défiait ses adversaires, montrant qu’il refusait la censure au théâtre sous prétexte de moralité, poursuivant sa critique de l’hypocrisie dévote.

 

Conclusion

Les distorsions par rapport aux autres Dom Juan sont une provocation de Molière, autant qu’une habileté dramaturgique. Comme le souligne C.Bourqui , la ridiculisation des dévots dans son Tartuffe lui ayant valu la censure de sa pièce, il aspirait donc à une revanche. Certes, son Dom Juan est bel et bien puni conformément à la légende, mais ce sont pour d’autres crimes que ceux commis par les Dom Juan de ses prédécesseurs : son père ne meurt pas de chagrin par sa faute, il ne viole pas les femmes. Molière montre que le crime suprême de son Dom Juan est son hypocrisie. Il poursuivait donc bel et bien  sa bataille contre les censeurs du parti dévot. 

 Et la création du personnage de Done Elvire contribue, nous semble-t-il , à cette volonté de polémique, de provocation de la part de son auteur.

 Elle est donc un personnage ô combien réussi. D’abord parce qu’elle est une femme exceptionnelle, une héroïne tragique, digne, aimante, vertueuse, suscitant émotion, et compassion, évoquant une Madame de Tourvel des Liaisons dangereuses de Laclos. 

Elle est aussi le personnage qui permet au dramaturge de révéler son Dom Juan. 

Mais Done Elvire donne aussi matière à provoquer, et cela d’autant plus au regard du contexte de l’écriture de la pièce. En créant ce personnage, Molière s’octroyait le droit d’introduire le sacré sur une scène du théâtre, ce qui ne pouvait qu’attiser la fureur des dévots. 

De plus, cette digne représentante de la morale, et de la religion, se laissant débaucher par un scélérat, une fois repentie, se caractérise par son impuissance à sauver l’âme du « démon ». Le dramaturge l’utilise pour mettre l’accent sur tous les forfaits qui distinguent son Dom Juan, un homme bafouant sans cesse le ciel, les sentiments, les valeurs les plus sacrés, comme s’il voulait montrer que Dieu n’existe pas, ou le défier. Par l’entremise de ce personnage, Molière peut amener son Dom Juan à s’opposer au Ciel, à le défier.

Done Elvire est la femme qui décèle, ne se laisse pas duper par l’hypocrisie dévote, et s’y oppose violemment. Elle permet donc à Molière de montrer ce qu’est la foi véritable, ce que doit être la vraie religion, et ainsi de poursuivre son combat contre les faux dévots.

Comme le fait remarquer Jean Rousset : « Sans Molière, cette figure indispensable n’eût pas été introduite dans la grande histoire du mythe. ».Rendons-lui, nous aussi, hommage !

Comment Molière réagit-il face à ces attaques, à cette nouvelle censure-bien qu’officieuse ? Il ne se battit ni pour jouer son Dom Juan, ni pour l’imprimer. On peut donc supposer que sa vengeance était prise : « (…)il rangeait tranquillement sa pièce, après avoir fini de dire ce qu’il avait à dire : sa critique de la religion au pouvoir, commencée avec L’Ecole des femmes, continuée avec beaucoup plus de virulence dans Tartuffe, atteignait son point culminant dans Dom Juan.  »

 

Ce retournement est sensible dans la montée de l'exaltation perceptible non seulement par l'emploi des verbes, les intonations, mais aussi par la structure de la phrase. Celle-ci est composée de trois segments et marque une gradation dans le rythme puisque chaque séquence est en augmentation par rapport à la précédente. La péroraison est centrée sur «cette douce consolation» expliquée et développée par la suite. «Cette douce consolation» est présentée comme une «dernière faveur », ce qui renforce la pression sur Don Juan. Cela signifie que la séparation n'était pas tout à fait définitive: un lien subsiste encore, fût-il justifié par des raisons spirituelles. Dans la séquence explicative, on distingue trois segments qui sont construits selon une gradation. Le premier est parfaitement 11.

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Plan détaillé

Textes / Ouvrages de référence

Citations

Quoi? ce départ si peu prévu serait une infidélité de Dom Juan? Il pourrait faire cette injure aux chastes feux de Done Elvire?, MOLIèRE, Dom Juan, I, 1.

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(...) un autre objet a chassé Elvire de ma pensée., MOLIèRE, Dom Juan, I, 2.

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- (...) Ce n'est plus cette Done Elvire (...) dont l'âme irritée ne jetait que menaces et ne respirait que vengeance., MOLIèRE, Dom Juan, IV, 6.

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Dom Juan, l'endurcissement au péché traîne une mort funeste (...), MOLIèRE, Dom Juan, V, 6.

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C'est -(Don Juan)... un hérétique (...) qui (...) traite de billevesées tout ce que nous croyons., MOLIèRE, Dom Juan, I, 1.

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Le tonnerre tombe avec un grand bruit et de grands éclairs sur Dom Juan (...), MOLIèRE, Dom Juan, V, 6 (j. de sc.).

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Dom Juan n'a plus qu'un moment à pouvoir profiter de la miséricorde du Ciel; et s'il ne se repent ici, sa perte est résolue., MOLIèRE, Dom Juan, V, 5.

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Eh mon Dieu! je sais mon Dom Juan sur le bout du doigt, et connais votre coeur pour le plus grand coureur du monde (...), MOLIèRE, Dom Juan, I, 2.

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(...) je t'apprends (...) que tu vois en Dom Juan, mon maître, le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté, un enragé, un chien, un diable, un Turc, un hérétique, qui ne croit ni Ciel ni Enfer (...), MOLIèRE, Dom Juan, I, 1.

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Quelle est la couleur de la tomate ?

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Done Elvire dans le Dom Juan de Molière

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