L'existence est-elle absurde? *
EXEMPLES DE RECHERCHE
Aperçu du corrigé : L'existence est-elle absurde?
Analyse du sujet :
- Dans son acception commune, l’existence désigne la manière dont les choses sont présentes effectivement : ce qui est réel existe et ce qui n’est pas réel n’existe pas.
- Il faut encore, parmi ce qui n’est pas réel, distinguer ce qui n’est absolument rien du tout de ce qui est tout de même quelque chose mais n’existe pas. Ainsi l’existence s’oppose-t-elle premièrement au pur néant, et deuxièmement à la simple possibilité.
- L’existence n’est pas non plus l’essence : lorsque nous disons ce qu’une chose est, nous tentons de définir son essence (par exemple : « la fleur est rouge »). En revanche, si nous simplement d’une chose qu’elle est, nous voulons dire qu’elle existe effectivement, réellement (par exemple : « la fleur est »).
- L’existence désigne encore, d’une part l’existence humaine en générale, c'est-à-dire le simple fait pour nous d’être là ; d’autre part notre existence individuelle, particulière, c'est-à-dire notre vie dans toute sa singularité.
- Le deuxième concept qui nous intéresse est celui de sens (ou signification), puisque ce qui est absurde est précisément ce qui est dénué de sens.
- Le sens (ou signification) est d’abord celui des mots et des phrases qui en sont composés : le sens est ce que nous voulons dire et comprenons lorsque nous les utilisons. En comprenant ce qu’un mot ou une phrase signifie, nous savons à quoi ils renvoient, ce qu’ils désignent : une chose, une action, une idée, etc. Les mots et phrases font donc signe vers quelque chose. C’est en tant que signes que précisément ils signifient.
- Mais le sens des mots et des phrases varie en fonction des contextes, à partir desquels seuls il nous est possible de déterminer ce à quoi les mots et phrases renvoient. Aussi ne renvoient-ils pas en eux-mêmes à des idées ou choses, mais n’existent qu’en tant qu’ils appartiennent à un système organisé.
Problématisation :
Si l’existence d’une chose désigne pour elle le fait d’être là, et si de plus l’essence de cette chose n’apprend rien sur son existence, alors déterminer le sens de son existence, c’est seulement dire pourquoi elle est là, bien réelle plutôt qu’absente. C’est donc répondre à la question « pourquoi une chose existe-t-elle ? », qui peut être interprétée de deux manières : la question « pourquoi » invite à fournir ou bien une raison, ou bien une destination (« pour quoi ? »). Par exemple, je peux dire que je suis ici pour faire telle ou telle chose ou alors parce qu’on m’y a envoyé… Il nous faut donc envisager deux problèmes :
I – Pour quelle raison quelque chose existe-t-il ?
II – En vue de quoi quelque chose existe-t-il ?
Il s'agit de critiquer les preuves dites « ontologique », c'est-à-dire celles qui déduisent l'existence à partir de l'essence, auxquelles Kant montre que toute preuve de l'existence de Dieu se ramène. L'argument est le suivant : entre l'essence d'une chose seulement possible et l'essence d'une chose réellement existante, il n'y a aucune différence, et pourtant la seconde existe alors que la première n'existe pas. Par conséquent, l'existence n'apporte absolument rien à l'essence de la chose. Il prend l'exemple de cent Thalers (c'est une monnaie de l'époque) possibles dont il compare l'essence à cent Thalers réels : on peut dans les deux définir entièrement ce qu'ils sont et les deux définitions seront les mêmes. Par conséquent, l'existence n'est pas un prédicat de la chose. Autrement dit, l'essence n'enveloppe pas l'existence. Dans notre perspective, l'hypothèse d'un sens de l'existence qui serait sa cause ne peut alors pas être maintenue. Il nous faut envisager une autre hypothèse et répondre à la question : III - En vue de quoi quelque chose existe-t-il ? On voit immédiatement qu'en remplaçant la cause par le but, on retombe dans le même écueil que précédemment : un problème va à nouveau se poser lorsqu'il s'agira de déterminer le but dernier. Autant dire que le sens de l'existence en général n'est ni le but, ni la cause du fait qu'il y ait quelque chose.
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