L'existence de l'inconscient fait-il que le Moi n'est pas maître dans sa propre maison ?
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Publié le : 9/3/2004 -Format:
- existence : Par opposition à néant: le fait d'être ou d'exister. Par opposition à essence: mode d'être de l'homme, en tant qu'il ne se laisse enfermer dans aucune essence ou nature déterminée.
- inconscient : Ce terme désigne l'ensemble des processus psychiques qui échappent à la conscience.
- fait : Ce qui est ou ce qui arrive, et qui se donne ou même s'impose à nous dans l'expérience. On distingue souvent le fait brut, qui s'offre immédiatement à l'observation dans l'expérience ordinaire, et le fait construit (fait scientifique), qui résulte d'une élaboration théorique et expérimentale (Bachelard appelle «phénoménotechnique» cette construction du fait). Cependant, même le fait brut est imprégné de théorie, même s'il peut s'agir d'une théorie pré-scientifique, c'est-à-dire de préjugés. Le fait (ce qui est) se distingue par principe du droit (ce qui doit être). De même, une question de fait porte sur le pourquoi ou le comment, alors qu'une question de droit porte sur la valeur et la légitimité. On oppose l'état de fait à l'état de droit, c'est-à-dire conforme au droit (légal ou légitime).
- maître : Du latin magister, «celui qui est plus » (sous-entendu « que les autres »), « le maître ». Personne qui exerce une autorité, une domination (notamment sur un esclave), un pouvoir. Chez Hegel, la conscience qui, dans la lutte à mort qui l'oppose à une autre conscience, préfère la liberté à la vie et s'affirme dans l'indépendance à l'égard d'autrui (dialectique du maître et de l'esclave). Chez Nietzsche, l'homme vaillant et sans scrupule, qui se moque de la morale du ressentiment.
Constatez : Le rationalisme classique (Leibniz) critiquait déjà la notion des idées claires et distinctes au nom d'une part inconsciente dans nos pensées. Car je n'ai pas conscience de toutes mes pensées. [] 1. Observez : Il n'en reste pas moins vrai d' abord que c'est bien moi qui pense quand je pense ; ensuite que je sais bien ce que je pense. Je ne suis donc pas privé de conscience quand bien même j'ignorerais une part de mes propres pensées. 2. Objectez : N'est-ce pas cela que démontre le Cogito ? mais il est vrai que le Cogito prétend prouver la "conscience de soi", autrement dit l'identité de la conscience avec elle-même. Ce qui n'est guère possible puisque, on l'a vu, on ne peut nier l'existence de l'inconscient.
Par inconscient, nous entendons tout d’abord, au sens trivial du terme, tout ce qui n’est pas conscient, c'est-à-dire tout ce qui est en dehors de la conscience à un moment donne (l’infraconscient) ou tout ce qui est inaccessible a la conscience. Mais si nous prenons ce terme tel qu’il est défini dans la théorie psychanalytique, nous dirons que l’inconscient est un maillage d’idées, de perceptions et d’émotions qui composent le psychisme. Il n’est pas seulement ce qui s’oppose à la notion de conscience, mais bien une structure dynamique, qui peut réagir et être modifiée par les perceptions du sujet.
Lorsque nous parlons de « moi », nous faisons allusion à un concept défini par Sigmund Freud en 1920 dans sa seconde topique. Le Moi correspond en effet à la conscience, dans laquelle émergent les fantasmes qui émanent du « ça » (l’inconscient) s’ils n’ont pas été refoulés et maintenus dans ce dernier par le « surmoi » (la dimension idéalisée du sujet lui-même).
L’expression : « Le moi n’est pas maitre dans sa propre maison » est de
Freud lui-même, qui l’a employée dans l’un de ses Essais de psychanalyse pratique. Pour la comprendre, il faut connaitre la seconde topique a laquelle nous venons de faire allusion, car si le moi n’est pas maitre dans sa propre maison, c’est parce que sa tentative de maitrise est mise en péril par les pulsions qui émanent de l’inconscient, et les incitations au refoulement de ces dites pulsions qui proviennent du surmoi. Mais nous ne commencerons pas nous interroger sur la validité de la thèse affirmant l’existence de l’inconscient. En effet, il s’agit d’une hypothèse de travail, d’un mode de compréhension de l’esprit humain, qui n’est ni dépourvue de critiques, ni d’affirmations concurrentes. Par ailleurs, nous verrons que quand bien même nous acceptons le mode de compréhension Freudien de l’esprit humain, nous ne pouvons affirmer que le moi n’est pas maitre en général dans sa propre maison : au contraire, il s’efforce précisément de l’être, tache que la psychanalyse vient l’aider à accomplir.
La question au centre de notre travail sera donc de déterminer dans quelle mesure l’autorité du moi sur la conscience humaine est contestée par l’existence de l’inconscient.
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« Tu crois savoir tout ce qui se passe dans ton âme, dès que c’est suffisamment important, parce que ta conscience te l’apprendrait alors. Et quand tu restes sans nouvelles d’une chose qui est dans ton âme, tu admets, avec une parfaite assurance, que cela ne s’y trouve pas. Tu vas même jusqu’à tenir « psychique » pour identique à « conscient », c’est-à-dire connu de toi, et cela malgré les preuves les plus évidentes qu’il doit sans cesse se passer dans ta vie psychique bien plus de choses qu’il ne peut s’en révéler à ta conscience. Tu te comportes comme un monarque absolu qui se contente des informations que lui donnent les hauts dignitaires de la cour et qui ne descend pas vers le peuple pour entendre sa voix. Rentre en toi-même profondément et apprends d’abord à te connaître, alors tu comprendras pourquoi tu vas tomber malade, et peut-être éviteras-tu de le devenir.
C’est de cette manière que la psychanalyse voudrait instruire le moi. Mais les deux clartés qu’elle nous apporte : savoir, que la vie instinctive de la sexualité ne saurait être complètement domptée en nous et que les processus psychiques sont en eux-mêmes inconscients, et ne deviennent accessibles et subordonnés au moi que par une perception incomplète et incertaine, équivalent à affirmer que le moi n’est pas maître dans sa propre maison ».
FREUD, « Essais de psychanalyse appliquée ».
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