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Sujet : Faut-il craindre le regard des autres?

Définitions des termes :
  • craindre : Avoir peur de quelqu'un ou de quelque chose.
  • regard : Fait d'observer, de regarder.
  • autrui : Un autre homme, une autre personne. En philosophie, "autrui" est ce qui est différent de moi et que l'appréhende par ma subjectivité. L'homme est ce que j'ai en commun avec les autres, tandis qu' "autrui" est ce qui me différencie des autres, ce que je ne peux connaître totalement, à cause de ma subjectivité.

Extrait du corrigé : -           Saint Augustin, Confessions, t. 13, VII, X, 16 + t. 14, XI, IX, 11. -           Kierkegaard, Journal. -           Kierkegaard, Etapes sur le chemin de la vie.   ·        Angles d'analyse   ® C'est bien notre rapport à l'autre qui est ici mis à la question au travers cet impératif, quasi catégorique, de la crainte d'un regard qui se pose sur moi sans que je puisse en décrypter objectivement tous les signes. ® On se demande ici si cette crainte, en tant que la question porte sur un impératif - voire un devoir - avec l'expression « faut-il », est légitime et justifiée. Une telle légitimation aura a fortiori des conséquences en ce qui concerne l'appréhension de ma relation à autrui. ® Pourtant, il ne faudrait pas en rester à la problématique superficielle de la crainte du regard d'autrui au sens ou du même coup une relation de méfiance s'instaure entre moi et l'autre, mais bien au contraire : il faut encore chercher à comprendre en quoi cette méfiance, que peut générer le regard de l'autre sur moi, instaure une relation de méfiance de soi à soi. Car c'est bien encore la crainte d'être jugé, d'être étiqueté et catalogué qui est ici mise à la question à travers le problème de la légitimité d'une telle crainte.

	Faut-il craindre le regard des autres?

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Définitions

  • craindre : Avoir peur de quelqu'un ou de quelque chose.
  • regard : Fait d'observer, de regarder.
  • autrui : Un autre homme, une autre personne. En philosophie, "autrui" est ce qui est différent de moi et que l'appréhende par ma subjectivité. L'homme est ce que j'ai en commun avec les autres, tandis qu' "autrui" est ce qui me différencie des autres, ce que je ne peux connaître totalement, à cause de ma subjectivité.

Problématique

Victor Hugo, dans "La légende des siècles", écrivait: "L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn". Or, Caïn, c'est vous, c'est moi, c'est nous. Et, ce regard inquisiteur est au-delà du voir, bien plus il nous donne à voir notre honte, notre nullité; ou à l'inverse, notre magnanimité, notre excellence. Il est le lien de l'autre à moi. Par lui, j'ai affaire directement à l'altérité.

 Alors, faut-il craindre le regard des autres? S'il y a largement de quoi donner un sens psychologique à ce sujet le nourrir de nos expériences quotidiennes, il prend un sens philosophique quand on s'avise que par le regard, c'est l'être même du sujet que je suis, c'est ma subjectivité qui perd quelque chose de sa certitude. Que suis-je pour l'autre? Un être doué des mêmes attributs? Un objet? Doit-on craindre de voir toutes les défenses que l'on se construit péniblement céder sous cette subite intrusion de l'autre au plus intime de soi-même?
Peut-on affirmer de droit que le regard d’autrui doit être, de manière impérative et catégorique, craint, c’est-à-dire doit être tenu à distance par une peur presque imaginaire d’un risque fatal ? La relation à autrui, en tant que le regard est le geste inaugurant toute communication par delà le discours, s’instaure-t-elle dans une peur primitive de l’autre ? Peut-on considérer autrui que comme un juge dont le seul regard va délivrer la sentence ? Ou est-ce encore trop réducteur pour définir essentiellement la relation qui lie l’autre à soi ?
C’est donc bien la relation, dans son geste inaugurale, aux autres qui est ici mise à la question.

Ce sujet concentre en lui toute la problématique du difficile rapport du "moi" aux autres. Que sont les autres pour moi? A quel titre existent-ils pour moi, et à quel titre existé-je pour eux?

 

Citations

« Ma chute originelle c'est l'existence de l'autre. » Sartre, L'Être et le Néant, 1943.
 

 Garcin : « Pas besoin de gril, l'enfer, c'est les Autres. » Sartre, Huis clos, 1944.
 

  La pitié est une espèce de tristesse mêlée d'amour ou de bonne volonté envers ceux à qui nous voyons souffrir quelque mal duquel nous les estimons indignes. » Descartes, Les Passions de l'âme, 1649.
 
 « Il est doux, quand la vaste mer est soulevée par les vents, d'assister du rivage à la détresse d'autrui ; non qu'on trouve si grand plaisir à regarder souffrir; mais on se plaît à voir quels maux vous épargnent. » Lucrèce, De la Nature, 1er s. av. J.-C.
 
 « La pitié est un sentiment naturel qui, modérant dans chaque individu l'activité de l'amour de soi-même, concourt à la conservation mutuelle de toute l'espèce. » Rousseau, Sur l'origine de l'inégalité, 1755.
 

 « Chacun se croit seul en enfer et c'est cela l'enfer. »
 René Girard, Mensonge romantique et vérité romanesque, 1961.
 

 « Autrui comme autrui se révèle dans le "Tu ne commettras pas de meurtre" inscrit sur son visage. » Levinas, Totalité et Infini, 1961.
 
Pour Levinas, la rencontre d'autrui, vécue dans le face à face avec le visage de l'autre, constitue la relation éthique primordiale. Parce que ce visage s'offre à moi dans le plus total dénuement, il est d'une certaine façon une invitation à la violence ; « en même temps, ajoute Levinas, le visage est ce qui nous interdit de tuer ».
 
 « Si le regard pouvait tuer, si le regard pouvait féconder, la rue serait pleine de cadavres et de femmes grosses. » Valéry, Quel Tel, 1941.



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