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Sujet : Faut-il craindre le regard des autres ?

Définitions des termes :
  • craindre : Avoir peur de quelqu'un ou de quelque chose.
  • regard : Fait d'observer, de regarder.
  • autrui : Un autre homme, une autre personne. En philosophie, "autrui" est ce qui est différent de moi et que l'appréhende par ma subjectivité. L'homme est ce que j'ai en commun avec les autres, tandis qu' "autrui" est ce qui me différencie des autres, ce que je ne peux connaître totalement, à cause de ma subjectivité.

Extrait du corrigé : L'autre, pour moi, ce n'est pas « les autres », mais cet être unique dont je dois pas avoir peur du regard. C'est le « tu » qui me requiert et exige que je lui réponde et dont, par conséquent, la responsabilité m'incombe, ou encore qui m'oblige.   Conclusion   ® Il faut, plutôt de craindre le regard des autres, décider de l'affronter, ce qui revient à se battre pour la reconnaissance de sa propre conscience comprise comme individualité. ® Mais la relation à autrui est tout à fait particulière et complexe : autrui est à la fois celui dont le regard me réifie tout en restant cet autre qui me constitue tout entier. ® On ne saurait donc résumer la relation de soi à autrui par le simple conflit opérant par la crainte du regard de l'autre, au contraire : en tant qu'autrui constitue l'épaisseur et la richesse de mon monde - qui est aussi le sien - je lui dois, selon la formule d'un « tu » universel, le seul sentiment moral qui vaille, à savoir le respect.   CITATIONS : « Ma chute originelle c'est l'existence de l'autre. » Sartre, L'Être et le Néant, 1943. Garcin : « Pas besoin de gril, l'enfer, c'est les Autres. » Sartre, Huis clos, 1944. « La pitié est une espèce de tristesse mêlée d'amour ou de bonne volonté envers ceux à qui nous voyons souffrir quelque mal duquel nous les estimons indignes.

Faut-il craindre le regard des autres ?

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Définitions

  • craindre : Avoir peur de quelqu'un ou de quelque chose.
  • regard : Fait d'observer, de regarder.
  • autrui : Un autre homme, une autre personne. En philosophie, "autrui" est ce qui est différent de moi et que l'appréhende par ma subjectivité. L'homme est ce que j'ai en commun avec les autres, tandis qu' "autrui" est ce qui me différencie des autres, ce que je ne peux connaître totalement, à cause de ma subjectivité.

Problématique

Victor Hugo, dans "La légende des siècles", écrivait: "L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn". Or, Caïn, c'est vous, c'est moi, c'est nous. Et, ce regard inquisiteur est au-delà du voir, bien plus il nous donne à voir notre honte, notre nullité; ou à l'inverse, notre magnanimité, notre excellence. Il est le lien de l'autre à moi. Par lui, j'ai affaire directement à l'altérité.

 Alors, faut-il craindre le regard des autres? S'il y a largement de quoi donner un sens psychologique à ce sujet le nourrir de nos expériences quotidiennes, il prend un sens philosophique quand on s'avise que par le regard, c'est l'être même du sujet que je suis, c'est ma subjectivité qui perd quelque chose de sa certitude. Que suis-je pour l'autre? Un être doué des mêmes attributs? Un objet? Doit-on craindre de voir toutes les défenses que l'on se construit péniblement céder sous cette subite intrusion de l'autre au plus intime de soi-même?
Peut-on affirmer de droit que le regard d’autrui doit être, de manière impérative et catégorique, craint, c’est-à-dire doit être tenu à distance par une peur presque imaginaire d’un risque fatal ? La relation à autrui, en tant que le regard est le geste inaugurant toute communication par delà le discours, s’instaure-t-elle dans une peur primitive de l’autre ? Peut-on considérer autrui que comme un juge dont le seul regard va délivrer la sentence ? Ou est-ce encore trop réducteur pour définir essentiellement la relation qui lie l’autre à soi ?
C’est donc bien la relation, dans son geste inaugurale, aux autres qui est ici mise à la question.

Ce sujet concentre en lui toute la problématique du difficile rapport du "moi" aux autres. Que sont les autres pour moi? A quel titre existent-ils pour moi, et à quel titre existé-je pour eux?

 

Citations

« Ma chute originelle c'est l'existence de l'autre. » Sartre, L'Être et le Néant, 1943.
 

 Garcin : « Pas besoin de gril, l'enfer, c'est les Autres. » Sartre, Huis clos, 1944.
 

  La pitié est une espèce de tristesse mêlée d'amour ou de bonne volonté envers ceux à qui nous voyons souffrir quelque mal duquel nous les estimons indignes. » Descartes, Les Passions de l'âme, 1649.
 
 « Il est doux, quand la vaste mer est soulevée par les vents, d'assister du rivage à la détresse d'autrui ; non qu'on trouve si grand plaisir à regarder souffrir; mais on se plaît à voir quels maux vous épargnent. » Lucrèce, De la Nature, 1er s. av. J.-C.
 
 « La pitié est un sentiment naturel qui, modérant dans chaque individu l'activité de l'amour de soi-même, concourt à la conservation mutuelle de toute l'espèce. » Rousseau, Sur l'origine de l'inégalité, 1755.
 

 « Chacun se croit seul en enfer et c'est cela l'enfer. »
 René Girard, Mensonge romantique et vérité romanesque, 1961.
 

 « Autrui comme autrui se révèle dans le "Tu ne commettras pas de meurtre" inscrit sur son visage. » Levinas, Totalité et Infini, 1961.
 
Pour Levinas, la rencontre d'autrui, vécue dans le face à face avec le visage de l'autre, constitue la relation éthique primordiale. Parce que ce visage s'offre à moi dans le plus total dénuement, il est d'une certaine façon une invitation à la violence ; « en même temps, ajoute Levinas, le visage est ce qui nous interdit de tuer ».
 
 « Si le regard pouvait tuer, si le regard pouvait féconder, la rue serait pleine de cadavres et de femmes grosses. » Valéry, Quel Tel, 1941.



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