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EXEMPLES DE RECHERCHE
Définitions des termes :
- phénomène : Du grec phainomenon, « ce qui apparaît » (de phainestai, « être visible », « apparaître »). Tout fait qui se manifeste aux sens ou à la conscience. En sciences, réalité susceptible d'être observée et d'être étudiée isolément (exemple : un phénomène biologique). Chez Kant (par opposition à noumène), tout ce qui est l'objet d'une expérience sensible, donc le réel tel que nous pouvons l'appréhender à travers les formes a priori de l'espace et du temps.
Extrait du corrigé : D'où il paraît que les vérités nécessaires, telles qu'on les trouve dans les mathématiques pures et particulièrement dans l'arithmétique et dans la géométrie, doivent avoir des principes qui ne dépendent point des exemples, ni par conséquent du témoignage des sens ; quoique sans les sens on ne se serait jamais avisé d'y penser. C'est ce qu'il faut bien distinguer, et c'est ce qu'Euclide a si bien compris, qu'il démontre souvent par la raison ce qui se voit assez par l'expérience et par les images sensibles II. La faculté humaine d'appliquer un jugement aux phénomènes Cependant, nous avons un rapport constant et intense avec les phénomènes ; ils constituent ce que nous appréhendons immédiatement du réel. Or nous avons la faculté de conceptualiser les perceptions que nous en avons ; il paraît difficile de soutenir que nous nous laissons toujours tromper par les phénomènes. Cette qualité du jugement que nous avons sur eux constitue la raison principale pour laquelle il paraît pertinent de sauver les phénomènes, de les inclure dans nos processus de recherche. Rousseau Apercevoir, c'est sentir ; comparer, c'est juger ; juger et sentir ne sont pas la même chose. Par la sensation, les objets s'offrent moi séparés, isolés, tels qu'ils sont dans la nature ; par la comparaison, je les remue, je les transporte pour ainsi dire, je les pose l'un sur l'autre pour prononcer sur leur différence ou sur leur similitude, et généralement sur tous leurs rapports. Selon moi la faculté distinctive de l'être actif ou intelligent est de pouvoir donner un sens à ce mot est. Je cherche en vain dans l'être purement sensitif cette force intelligente qui superpose et puis qui prononce : je ne la saurais voir dans sa nature. Cet être passif sentira chaque objet séparément, ou même il sentira l'objet total formé des deux ; mais, n'ayant aucune force pour les replier l'un sur l'autre, il ne les comparera jamais, il ne les jugera point.
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La question « faut-il » interroge l'existence d'une nécessité d'entreprendre tel ou tel acte : « il faut » est une formule impérative, elle a un sens fort.
Si l'on demande s'il faut sauver quelque chose, c'est que l'on soupçonne que la chose en question est en danger, qu'elle est par exemple la cible d'une attaque, ou qu'elle est en voie de disparition. L'objet à sauver ici, ce sont les « phénomènes ». Les phénomènes, ce sont les choses sensibles, apparentes, qui se manifestent, et que nous percevons par les sens. C'est ce caractère sensible des phénomènes qui a fondé la méfiance traditionnelle d'un certain pan de la philosophie à leur égard, et son refus de les inclure dans une démarche de connaissance. C'est cette méfiance qu'il faut ici évaluer : est-elle pertinente, ou bien est-elle le symptôme d'un présupposé négatif sur le monde sensible, présupposé qu'il faudrait combattre dans le but de « sauver » les phénomènes, de leur redonner une place dans la formation de la pensée, voire de les prendre comme base pour cette formation ? Les phénomènes sont en effet les premières choses que nous appréhendons, nous avons une prise naturelle sur eux, ils sont l'objet de la connaissance la plus immédiate, et il semble donc étrange de leur refuser toute prétention à participer à la construction de la connaissance du réel.
I. Les raisons de la méfiance traditionnelle à l'égard des phénomènes
La philosophie cultive traditionnellement une méfiance à l'égard des sens, soit qu'elle considère que les sens peuvent nous trouver (Descartes, par exemple) ; soit qu'elle pense que le monde sensible constitue une réalité inférieure qui ne peut être l'objet d'une connaissance de valeur (Platon). Elle fonde ainsi souvent ses systèmes de connaissance sur une déconsidération des phénomènes, qui ne pourraient avoir aucun lien avec la vérité.
Leibniz, Nouveaux essais sur l'entendement humain
Les sens, quoique nécessaires pour toutes nos connaissances actuelles, ne sont point suffisants pour nous les donner toutes, puisque les sens ne donnent jamais que des exemples, c'est-à-dire des vérités particulières ou individuelles. Or tous les exemples qui confirment une vérité générale, de quelque nombre qu'ils soient, ne suffisent pas pour établir la nécessité universelle de cette même vérité, car il ne suit pas que ce qui est arrivé arrivera toujours de même. Par exemple les Grecs et Romains et tous les autres peuples de la terre ont toujours remarqué qu'avant le décours de 24 heures, le jour se change en nuit, et la nuit en jour. Mais on se serait trompé, si l'on avait cru que la même règle s'observe partout, puisqu'on a vu le contraire dans le séjour de Nova Zembla. Et celui-là se tromperait encore qui croirait que c'est dans nos climats au moins une vérité nécessaire et éternelle, puisqu'on doit juger que la terre et le soleil même n'existent pas nécessairement, et qu'il y aura un temps où ce bel astre ne sera plus, au moins dans sa présente forme, ni tout son système. D'où il paraît que les vérités nécessaires, telles qu'on les trouve dans les mathématiques pures et particulièrement dans l'arithmétique et dans la géométrie, doivent avoir des principes qui ne dépendent point des exemples, ni par conséquent du témoignage des sens ; quoique sans les sens on ne se serait jamais avisé d'y penser. C'est ce qu'il faut bien distinguer, et c'est ce qu'Euclide a si bien compris, qu'il démontre souvent par la raison ce qui se voit assez par l'expérience et par les images sensibles
II. La faculté humaine d'appliquer un jugement aux phénomènes
Cependant, nous avons un rapport constant et intense avec les phénomènes ; ils constituent ce que nous appréhendons immédiatement du réel. Or nous avons la faculté de conceptualiser les perceptions que nous en avons ; il paraît difficile de soutenir que nous nous laissons toujours tromper par les phénomènes. Cette qualité du jugement que nous avons sur eux constitue la raison principale pour laquelle il paraît pertinent de sauver les phénomènes, de les inclure dans nos processus de recherche.
Rousseau
Apercevoir, c'est sentir ; comparer, c'est juger ; juger et sentir ne sont pas la même chose. Par la sensation, les objets s'offrent moi séparés, isolés, tels qu'ils sont dans la nature ; par la comparaison, je les remue, je les transporte pour ainsi dire, je les pose l'un sur l'autre pour prononcer sur leur différence ou sur leur similitude, et généralement sur tous leurs rapports. Selon moi la faculté distinctive de l'être actif ou intelligent est de pouvoir donner un sens à ce mot est. Je cherche en vain dans l'être purement sensitif cette force intelligente qui superpose et puis qui prononce : je ne la saurais voir dans sa nature. Cet être passif sentira chaque objet séparément, ou même il sentira l'objet total formé des deux ; mais, n'ayant aucune force pour les replier l'un sur l'autre, il ne les comparera jamais, il ne les jugera point.
III. La nécessité d'une requalification des phénomènes en philosophie
Finalement, les phénomènes peuvent avoir une place essentielle en philosophie, pou deux raisons possibles : la première serait le caractère vain de la recherche d'une réalité supraphénoménale ; il faudrait prendre le monde tel qu'il existe et travailler sur cette existence phénoménale. La deuxième serait le postulat d'une fiabilité des sens pour fonder notre connaissance du monde. Ce sont là deux manières possibles, et non incompatibles, de sauver les phénomènes.
Nietzsche, La volonté de puissance
Le monde phénoménal, « pure apparence et illusion » ; le besoin de causalité qui établit des liens entre les phénomènes, également « pure apparence et illusion » c'est ainsi que l'on condamne au nom de la morale ce monde illusoire et trompeur. Il faut savoir passer condamnation sur ce point. Il n'y a pas de chose en soi, pas de connaissance absolue ; ce caractère perspectiviste et illusoire est inhérent à l'existence.
Lucrèce, De natura rerum
Tu verras (alors) que la connaissance de la vérité nous vient primitivement des sens, que les sens ne peuvent être convaincus d'erreur, qu'ils méritent le plus haut degré de confiance parce que, par leur propre énergie, ils peuvent découvrir le faux, en lui opposant la vérité. En effet, où trouver un guide plus sûr que les sens ? Dira-t-on que la raison, fondée sur ces organes illusoires, pourra déposer contre eux, elle qui leur doit toute son existence, la raison qui n'est qu'erreur, s'ils se trompent ...
Si la raison ne peut pas expliquer pourquoi les objets qui sont carrés de près paraissent ronds dans l'éloignement, il vaut mieux, défaut d'une solution vraie, donner une fausse raison de cette double apparence que de laisser échapper l'évidence de ses mains, que de détruire toute certitude, que de démolir cette base sur laquelle sont fondées notre vie et notre conservation. Car ne crois pas qu'il ne s'agisse ici que des intérêts de la raison ; la vie elle-même ne se soutient qu'en osant, sur le rapport des sens, ou éviter les précipices et les autres objets nuisibles, ou se procurer ce qui est utile. Ainsi tous les raisonnements dont on s'arme contre les sens ne sont que de vaines déclamations.
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