Les hommes sont-ils frères ? *
EXEMPLES DE RECHERCHE
Aperçu du corrigé : Les hommes sont-ils frères ?
● Notre première tâche consiste à déployer les différents sens possibles du terme de frère dans la formule du sujet. Au sens littéral, son frère deux hommes générés par les mêmes parents, éventuellement par un même père ou mère. Par extension, on peut donc voir en deux frères deux hommes unis par une même origine constituante. En ce sens, la tradition chrétienne affirme que tous les hommes sont frères comme fils de Dieu, et, dans un sens plus réduit, la tradition biblique que nous sommes tous frères en Adam. (Remarquons que Michel Serres fait de la fraternité scientifique des hommes, dont témoigne l'évolution, la base de sa philosophie.)
Dans le même sens, nous pouvons interpréter la fraternité comme une appartenance commune, au sens le plus large. On trouvera ainsi des frères dans une cause, dans une identité, dans une passion, dans une culture, etc. Ici s'ouvre déjà la question du fait et du droit, de l'effectivité et la puissance. En effet, au sens de la culture, de la langue, de la vision du monde, des pratiques, etc. les hommes ont tous des frères mais ne le sont pas tous entre eux. Une question serait de savoir s'ils le pourraient de par leur nature; non pas, évidemment, au sens où la culture serait inscrite dans les gènes, mais dans le sens d'un possible changement après coup.
La fraternité nomme enfin tout ce qui est de l'ordre de la proximité, affective par exemple, de la similitude, de caractère, de statut, de position dans la hiérarchie, etc.
● Il nous faut à présent trier et ordonner ces sens afin de les articuler à un problème. L'autre pôle de l'articulation sera la notion d'homme. Les différents sens possibles de la fraternité que nous avons exposés ne considèrent en effet pas l'homme sous le même angle : l'homme en tant qu'il est généré, en tant qu'il est historique et culturel, en tant qu'il a des appartenances, des affections, des caractères, des propriétés, etc.
Parmi les différents sens de la fraternité, nous pouvons les regrouper en deux catégories : d'une part la nature, d'autre part la valeur. En effet, les sens les plus évidents de la fraternité trouvent tous, en l'homme, une fondation dans l'idée de nature : celle de créature, celle d'homo sapiens sapiens, etc. Les sens les plus métaphoriques, en revanche, renvoient tous à une valeur sous-jacente, engagent à prendre en compte des impératifs dans nos actions touchant les autres hommes. Et nous touchons ici l'enjeu du sujet : il est évident qu'en un sens, qu'en plusieurs sens même, on peut affirmer avec certitude que les hommes sont frères; mais que gagne-t-on le dire? A quoi cette affirmation nous engage-t-elle? Le problème est donc celui d'une articulation entre les notions de nature et de valeur. Y a-t-il une nature qui, par elle-même, vaille? Où se fonderait alors cette valeur? Et, plus précisément encore : une communauté de nature peut-elle être une valeur? En d'autres termes, un simple fait de nature (tel homme et moi-même partageons l'humanité) peut-il être le fondement légitime d'une quelconque valeur?
● La tâche que nous donne le sujet est donc double. Tout d'abord, déterminer en quels sens les hommes sont frères. Pour cela, il faudra utiliser l'idée de nature : la fraternité des hommes se réduit-elle à leur nature? Y a-t-il, au-delà de la simple nature, une similitude, une proximité, ou une communauté de condition, qui mériteraient que l'on parle de fraternité. En second lieu, il nous faudra déterminer, parmi ces sens, et en fonction de leur hiérarchie, lesquels peuvent être le lieu de la fondation de valeurs et, dans ce cas, de quelles valeurs.
Ces autres qui nous font ainsi encontre dans le contexte d'outils à-portée-de-la-main, intérieur au monde ambiant ne sont point par exemple ajoutés par la pensée à une chose de prime abord sans plus sous-la-main, mais ces choses font encontre à partir du monde où elles sont à-portée-de-la-main pour les autres, lequel monde, d'emblée, est toujours aussi déjà le mien. « Cependant, la caractérisation du faire-encontre des autres s'oriente à nouveau à chaque fois sur le Dasein propre. Est-ce à dire qu'elle parte elle aussi d'un « Moi » privilégié et isolé, de telle manière qu'il faille ensuite chercher un passage conduisant de ce sujet isolé vers autrui ? Pour éviter ce contresens, il convient de préciser en quel sens nous parlons ici des « autres ». « Les autres », cela ne veut pas dire : tout le reste des hommes en-dehors de moi, dont le Moi se dissocierait - les autres sont bien plutôt ceux dont le plus souvent l'on ne se distingue pas soi-même, parmi lesquels l'on est soi-même aussi. Cet être-Là-aussi avec eux n'a pas le caractère ontologique d'un être-sous-la-main « ensemble » à l'intérieur d'un monde. L'« avec » est ici à la mesure du Dasein, le « aussi » désigne une mêmeté d'être comme être-au-monde préoccupé de manière circon-specte. L'« avec » et le « aussi » doivent être compris existentialement, non pas catégorialement. Sur la base de ce caractère d'avec propre à l'être-au-monde, le monde est à chaque fois toujours déjà celui que je partage avec les autres. Le monde du Dasein est monde commun.
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