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Sujet : l'humanité se compose-t-elle de plus de morts que de vivants ?

Définitions des termes :
  • humanité : 1) Caractère de ce qui est humain, qui en constitue l'essence. 2) Ensemble des hommes, le genre humain dans son ensemble.
  • plus : d'avantage, un surcroît, un supplément.
  • mort : Du latin mors, «mort». Cessation complète et définitive de la vie. Seul parmi les animaux, l'homme se sait mortel: cruelle certitude qui limite son horizon et l'oblige à composer avec sa propre disparition, comme avec celle des êtres auxquels il est attaché. Pour Platon, la mort est un «beau risque à courir». Dans le Phédon, Socrate définit la mort comme la séparation de l'âme et du corps; délivrée de sa prison charnelle, l'âme immortelle peut librement regagner le ciel des Idées, patrie du philosophe. Épicure tient la mort pour un non-événement, puisque jamais nous ne la rencontrons. Tant que nous sommes en vie, la mort n'est pas; et quand la mort est là, c'est nous qui ne sommes plus. Pour Heidegger au contraire, la vie humaine s'inscrit dans la finitude: «Dès qu'un humain vient à la vie, il est déjà assez vieux pour mourir».
  • vivant : L'être vivant est un organisme. Il n'est pas constitué d'une juxtaposition de parties ajoutées les unes aux autres. Ces parties forment un tout car elles sont interdépendantes (le fonctionnement d'une partie est tributaire de celui des autres) et paraissent toutes participer à une fin commune : le maintien de l'être vivant en vie. Parce qu'il est un organisme, l'être vivant est un organisme. Tout être vivant est un individu au sens où il forme une unité distincte, ne ressemblant exactement à aucune autre, qui ne peut être divisée sans être détruite. Leibniz au XVII ième avait énoncé l'existence d'un principe, nommé principe des indiscernables, selon lequel il n'y a pas deux êtres identiques dans la nature. Qu'est-ce qui différencie les organismes vivants des choses naturelles ou objets fabriqués ? Jacques Monod, généticien, prix Nobel de médecine en 1965, retient dans Le hasard et la nécessité trois critères qui doivent être présents simultanément dans un être pour que celui-ci puisse être qualifié de vivant. Le premier est la téléonomie (du grec télos : fin et nomos : loi). L'être vivant est toujours un être qui, pris dans son ensemble ou chacune de ses parties, répond à une fonction, donc apparemment à une fin. Du point de vue de l'ensemble, l'être vivant semble "fait pour" se perpétuer. Se perpétuer lui-même, du moins le temps nécessaire à la reproduction, et perpétuer son espèce. Du point de vue de chacune des parties, ces dernières semblent "faites pour" accomplir telle ou telle fonction. L'oeil est "fait pour" voir, la langue du fourmilier "pour" attraper les fourmis ... comme si une fin à réaliser était à l'origine de chaque organe, comme si la fonction créait l'organe. Le second critère retenu par Monod est la morphogenèse autonome (du grec morphé : forme et genesis développement). L'être vivant est en relation constante avec un milieu extérieur ; néanmoins, le processus de formation et de développement d'un être vivant est indépendant du milieu extérieur. Même si, pour son entretien et sa croissance, un organisme vivant a besoin d'assimiler des substances étrangères (nourriture, oxygène, gaz carbonique, etc.), même si, sans ce type de relations la vie ne pourrait ni exister, ni se développer, toujours est-il que sa forme et sa croissance sont régies par une programmation interne qui n'est pas le résultat des forces extérieures qui s'exercent sur l'être vivant. Par exemple, un poisson rouge ne peut survivre sans eau et daphnies, mais aucune force physique ne peut transformer ce dernier en éléphant. Les manifestations principales de cette morphogenèse autonome sont l'auto-formation, l'autorégulation et l'auto-réparation. Cette dernière, bien qu'elle ne concerne pas tous les organes, s'étend cependant à un nombre infini d'agressions et de blessures. C'est ainsi que l'écorce du pin entaillé se refait, que la pince du crabe repousse et que les blessures se cicatrisent. Le troisième critère est l'invariance reproductive. Les êtres vivants se reproduisent. En outre, cette reproduction est marquée par l'invariance, soit complète en cas de reproduction par sissiparité (division des cellules), soit partielle en cas de reproduction sexuée. Il existe alors des différences individuelles (à l'exception des jumeaux univitellins) mais les caractéristiques de l'espèces sont conservées. Il ne faut pas confondre la variabilité des individus et l'invariance propre à l'espèce. Ces trois critères, présents en un même être, nous permettent-ils de distinguer assurément le vivant de l'inerte ? Après tout les machines sont également des objets téléonomiques, les machines peuvent s'autoréguler et les ordinateurs, en raison de la programmation, ont une certaine autonomie. Il est moins aisé qu'il ne le paraît au premier abord de dégager des critères permettant de différencier un être vivant d'une machine complexe toutefois, la machine ne se reproduit pas, ne croit pas et connaît une autonomie très limitée.

Extrait du corrigé : 80) . Une fois admise cette notion de l'humanité, il est bien évident que, dans cet être immense, la proportion des morts est, non pas plus grande, mais des milliers de fois plus grande que celle des vivants. Aussi, non seulement l'affirmation « l'humanité se compose de plus de morts que de vivants » ne présente rien d'étonnant, mais encore on peut s'étonner que la disproportion soit si faiblement marquée. Nous sommes amenés par là à nous demander si le rapport établi entre la part des vivants et la part des morts dans la constitution de l'humanité ne serait pas qualitatif plutôt que quantitatif et s'il ne faudrait pas comprendre non pas : l'humanité se compose non pas seulement de plus de morts que de vivants, mais encore plus de morts que de vivants ; les morts y constituent un élément, non pas seulement numériquement supérieur, mais aussi et surtout plus essentiel que les vivants. C'est bien ainsi que s'exprime Auguste Comte, l'inspirateur de la pensée que nous interprétons : pour lui, l'humanité est un "être immense et éternel, qui se compose beaucoup plus (et non pas : de beaucoup plus) de morts que de vivants". Comment expliquer cette prépondérance des morts sur les vivants ? En distinguant entre l'humanité réelle et l'humanité idéale. Si nous considérions l'espèce humaine comme une branche particulière des mammifères, nous devrions reconnaître qu'elle se compose de vivants : les morts la composaient autrefois ; ils ne la composent plus. Mais quand nous parlons de l'humanité, ce n'est guère une espèce biologique que nous entendons désigner : nous songeons à un être moral, c'est-à-dire qui subsiste, non pas dans le monde, mais seulement dans les esprits, dans les mémoires ; l'humanité se compose des individus qui représentent pour nous l'espèce humaine. Ce ne sont pas nos parents ou nos camarades : ils sont trop près de nous pour que nous puissions les idéaliser et les prendre comme symbole.

l'humanité se compose-t-elle de plus de morts que de 

vivants ?

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vivants ? Corrigé de 1322 mots (soit 2 pages) directement accessible

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