L'individu doit-il avoir peur de l'État ?
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Par « individu » nous pouvons entendre, dans un sens dérivé du latin « individuum » (ce qui est indivisible) tout être organisé qui ne peut être divisé sans perdre ses caractères essentiels. Mais dans un sens plus vaste, le terme « individu » désigne l’être humain considéré isolément, par opposition à la société ou l’Etat.
La peur est une émotion, durable ou momentanée, causée par un danger réel ou imaginaire ; en un sens plus faible, elle est un état d’appréhension provoqué par un évènement futur que l’on redoute, ou par une éventualité désagréable.
Le terme « État » correspond à deux réalités distinctes. Il désigne une communauté juridique, un ensemble d’individus soumis à une même autorité politique. Et il représente cette autorité elle-même, sous la forme du gouvernement et de l’ensemble des structures par lesquelles il manifeste son autorité. En ce sens, aucune société ne semble pouvoir fonctionner sans un pouvoir d’Etat.
Si nous cherchons à déterminer si l’individu doit avoir peur de l’Etat, cela signifie que l’individu doit craindre de trouver dans l’Etat l’incarnation d’une autorité aliénante pour sa propre liberté, d’une puissance à ce point étendue qu’elle est pourvue d’un pouvoir d’ingérence et de contrôle dans sa propre vie. L’évidente opposition entre l’individu, être isolé à la puissance réduite, et l’Etat, autorité exerçant légitimement la violence sur les sujets, paraît autoriser la crainte du premier à l’égard du second. Néanmoins, certains théoriciens de l’Etat, tel que Hobbes, ont mis en évidence que l’Etat avait avant tout pour rôle de protéger l’individu contre ses semblables. L’individu n’aurait donc pas à avoir peur de l’Etat, mais plutôt à se montrer reconnaissant envers lui comme envers le garant de sa sécurité. De plus, si l’Etat est l’incarnation de l’autorité politique, la forme de l’Etat est pour le moins variable : on parle d’Etat démocratique comme d’Etat totalitaire. La peur de l’individu face à l’Etat ne devrait donc pas irrationnellement s’opposer à toute forme d’Etat, mais distinguer entre les différentes formes de ce dernier.
La question au centre de notre travail sera donc de déterminer si l’individu doit craindre sans distinction toutes les formes de l’Etat, ou distinguer entre elles pour n’avoir peur que de celles qui menacent effectivement sa liberté et son intégrité physique et morale.
Lui-même n'est assujetti à aucune hiérarchie, pas même à celle qu'il aurait mise en place ». Le Système totalitaire, 3e partie. Il semble donc que l'individu est parfaitement fondé à craindre l'Etat, lorsqu'il s'incarne dans une forme aussi liberticide que celle de l'Etat totalitaire. III. Ce n'est pas l'Etat qui est à craindre pour l'individu, mais certaines formes particulière d'autorité politique a. Il n'y a pas un Etat, mais des formes distinctes d'autorité politique Cependant, nous devons faire une précision qui a jusqu'ici manqué à ce travail : il n'y a pas un Etat, mais différentes formes d'incarnation de l'autorité politique. Ainsi, il est aussi ridicule d'affirmer que l'individu doit avoir peur de l'Etat, sans précision aucune, que de dire que l'individu doit avoir peur de tous les hommes, sans distinction. Certes, il existe des formes d'Etat qui sont à craindre pour le pouvoir de contrainte et d'aliénation qu'elles font peser sur l'individu. On dira par exemple à raison que l'individu doit avoir peur de l'Etat despotique, ou de l'Etat totalitaire décrit par Hannah Arendt. Mais il existe d'autres formes d'Etat qui ne sont précisément pas à craindre pour l'individu, tel l'Etat démocratique dont nous parlerons dès à présent.
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>>> Bakounine, « Fédéralisme, Socialisme, Antithéologisme ».
« Ceci [le salut de l'Etat] nous explique pourquoi dès le commencement de l'histoire, c'est-à-dire dès la naissance des Etats, le monde de la politique a toujours été et continue d'être encore le théâtre de la haute coquinerie et du sublime brigandage, brigandage et coquinerie d'ailleurs hautement honorés, puisqu'ils sont commandés par le patriotisme, par la morale transcendante et par l'intérêt suprême de l'Etat. Cela nous explique pourquoi toute l'histoire des Etats antiques et modernes n'est qu'une série de crimes révoltants ; pourquoi rois et ministres présents et passés, de tous les temps et de tous les pays : hommes d'Etat, diplomates, bureaucrates et guerriers, si on les juge au point de vue de la simple morale et de la justice humaine, ont cent fois, mille fois mérité le gibet ou les galères ; car il n'est point d'horreur, de cruauté, de sacrilège, de parjure, d'imposture, d'infâme transaction, de vol cynique, de pillage effronté et de sale trahison qui n'aient été ou qui ne soient quotidiennement accomplis par les représentants des Etats, sans autre excuse que ce mot élastique, à la fois si commode et si terrible : la raison d'Etat ! »
>>> Hegel
« Dans un État organisé conformément aux exigences de la raison, toutes les lois et institutions ne sont que des réalisations de la volonté, d'après ses déterminations les plus essentielles. Lorsqu'il en est ainsi, la raison individuelle ne trouve dans ces institutions que la réalisation de sa propre essence, et lorsqu'elle obéit à ces lois, elle n'obéit en définitive qu'à elle même. On confond souvent la liberté avec l'arbitraire ; mais l'arbitraire n'est qu'une liberté irrationnelle, les choix et les décisions qu'il provoque étant dictés, non par la volonté raisonnable, mais par des impulsions accidentelles, par des mobiles sensibles extérieurs.
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