Jules SUPERVIELLE (1884-1960). « Marseille ». (Débarcadères)
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Publié le : 22/3/2011 -Format:
Marseille sortie de la mer, avec ses poissons de roche, ses
coquillages et l'iode, Et ses mâts en pleine ville qui disputent les passants, Ses tramways avec leurs pattes de crustacés sont luisants d'eau marine,
Le beau rendez-vous de vivants qui lèvent le bras comme pour
se partager le ciel, Et les cafés enfantent sur le trottoir hommes et femmes de
maintenant avec leurs yeux de phosphore, Leurs verres, leurs tasses, leurs seaux à glace et leurs alcools, Et cela fait un bruit de pieds et de chaises frétillantes. Ici le soleil pense tout haut, c'est une grande lumière qui se mêle
à la conversation, Et réjouit la gorge des femmes comme celle des torrents dans la montagne,
Il prend les nouveaux venus à partie, les bouscule un peu dans la rue,
Et les pousse sans un mot du côté des jolies filles. Et la lune est un singe échappé au baluchon d'un marin Qui vous regarde à travers les barreaux légers de la nuit. Marseille, écoute-moi, je t'en prie, sois attentive, Je voudrais te prendre dans un coin, te parler avec douceur, Reste donc un peu tranquille que nous nous regardions un peu O toi toujours en partance Et qui ne peux t'en aller,
A cause de toutes ces ancres qui te mordillent sous la mer.
Vous présenterez de ce poème un commentaire composé où vous pourrez étudier, par exemple, comment la forme libre du poème concourt à donner une certaine vision de la réalité dont vous pourrez dégager le caractère.
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