Les mots ont-ils un pouvoir ?
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Publié le : 2/1/2004 -Format:
- mot : 1. Élément du discours, signe d'une idée distincte. 2. Unité linguistique composée et fonctionnant de manière relativement autonome : « Segment de la chaîne parlée ou du texte écrit tel qu'on le puisse séparer de son contexte en le prononçant isolément ou en le séparant par un blanc des autres éléments du texte et lui attribuer une signification et une fonction spécifique » (MARTINET). 3. Au pluriel, souvent synonyme de paroles.
- pouvoir : Du latin populaire potere, réfection du latin classique posse, «être capable de ». 1° Verbe : avoir la possibilité, la faculté de. 2° Avoir le droit, l'autorisation de. 3° Nom : puissance, aptitude à agir. 4° En politique, ressource qui permet à quelqu'un d'imposer sa volonté à un autre, autorité. 5° Employé seul (le pouvoir), les institutions exerçant l'autorité politique, le gouvernement de l'État.
Nous pouvons agir avec des mots. Les énoncés performatifs sont des actes à part entière, et non une simple description de ce qui est. Mais, le pouvoir ne vient pas des mots eux-mêmes mais des situations dans lesquelles ils sont prononcés.
Selon lui, leur dire n'est qu'un faire-croire, sans cesse changeant, impuissant à exprimer l'être. Il n'en reste pas moins que les paroles de Protagoras, d'Hippias, de Gorgias semblent capter l'attention et que l'argumentation de leurs discours persuasifs emporte la conviction. Plus près de nous, le linguiste Roman Jakobson invoque la fameuse fonction « conative » du dire, centrée sur le destinataire (celui à qui l'on parle) et qui trouve, par exemple, son expression grammaticale dans l'impératif. L'ordre est bien un dire qui vise à agir sur autrui. Et dans Quand dire, c'est faire, le philosophe anglais Austin affirme que produire certaines énonciations, c'est une action. Aux énoncés simplement « constatifs » qui ne visent qu'à décrire un événement qui peut être vrai ou faux (exemple : « il fait beau »), Austin oppose les énoncés qu'il appelle « performatifs » qui ne décrivent, ne rapportent, ne constatent absolument rien, ne sont ni vrais ni faux et sont tels que « l'énonciation de la phrase est l'exécution d'une action (ou une partie de cette exécution) ». Quand, par exemple, je dis à la mairie ou à l'église « oui, je le veux (c'est-à-dire je prends cette femme comme épouse légitime), « je ne fais pas le reportage d'un mariage : je me marie ». "Nous prendrons donc comme premiers exemples quelques énonciations qui ne peuvent tomber sous aucune catégorie grammaticale reconnue jusqu'ici, hors celle de l'« affirmation » ; des énonciations qui ne sont pas, non plus, des non-sens, et qui ne contiennent aucun de ces avertisseurs verbaux que les philosophes ont enfin réussi à détecter, ou croient avoir détectés : mots bizarres comme « bon » ou « tous » auxiliaires suspects comme « devoir » ou « pouvoir » constructions douteuses telles que la forme hypothétique. Toutes les énonciations que nous allons voir présenteront, comme par hasard, des verbes bien ordinaires, à la première personne du singulier de l'indicatif présent, voix active. Car on peut trouver des énonciations qui satisfont ces conditions et qui, pourtant, A) ne « décrivent », ne « rapportent », ne constatent absolument rien, ne sont pas « vraies ou fausses » ; et sont telles quen B) l'énonciation de la phrase est l'exécution d'une action (ou une partie de cette exécution) qu'on ne saurait, répétons-le, décrire tout bonnement comme étant l'acte de dire quelque chose.
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