L'oubli est-il une déficience de la mémoire ?
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Publié le : 5/1/2004 -Format:
- oubli : Fait qu'un souvenir ne soit pas rappelé ou ne puisse l'être.
- mémoire : 1. Faculté de se souvenir ; ensemble des fonctions psychiques par lesquelles nous pouvons nous représenter le passé comme passé ; BERGSON distingue la mémoire-habitude qui naît de la répétition d'une action et s'inscrit dans le corps, de la mémoire-souvenir qui, coextensive à la conscience, en retient tous les états au fur et à mesure qu'ils se produisent. 2. Faculté gén. de conserver de l'information. 3. Au sens concret, désigne tout ce qui est capable de conserver de l'information, et, en part., les organes des ordinateurs ayant cette fonction.
Pour le quidam, le sujet a de quoi surprendre ; en effet, il paraît évident que l'oubli soit un concept négatif et la mémoire un bien fait de l'humanité. Durant toute notre scolarité, on nous demande de solliciter notre mémoire, d'apprendre par coeur des poésies, des formules mathématiques, etc. Et l'antisèche est la preuve que l'oubli est à bannir... D'emblée l'oubli se positionne donc comme une défaillance de notre mémoire qui, elle, se pose comme l'arme absolue du savoir et de la connaissance. D'ailleurs, l'étymologie grecque vient confirmer cette approche : les mots concernant l'oubli sont construits à partir du « a » privatif de la racine signifiant « souvenir », telle « amnésie » voulant dire absence de souvenir. De plus, la mémoire s'oppose à l'oubli par rapport à la vérité ; alèthéia qui signifie dire la vérité en grec, se construit à partir du « a » privatif et « lèthé » qui indique l'oubli. Nous sommes donc face à une longue tradition qui donne une image noircie de l'oubli, le faisant passer pour une défaillance de la mémoire.
Mais afin de dépasser cette doxa (car tel est le but de l'introduction d'une dissertation), il convient de réfléchir sur ce triple rapport naturel qu'entretiennent oubli, mémoire et connaissance/vérité. Car si l'oubli apparaît comme une négation de la mémoire, c'est que l'on considère, peut-être trop rapidement, que la mémoire est le seul accès au savoir et à la vérité. Ne peut-on pas concevoir l'oubli comme un complément de la mémoire et un début de recherche de savoir (comme lorsque j'ai souvenance d'un oubli et que je cherche à me rappeler d'un mot, d'un fait etc.) ? Ainsi, on peut très bien concevoir l'oubli comme, non pas une défaillance de la mémoire, mais comme un aiguillon vers le savoir, voire une force qui placerait alors la mémoire comme un handicap pour le quotidien : que serait-on si l'on se souvenait de tout ? Ne faut-il pas parfois « passer l'éponge » ? Ne serait-ce pas alors la mémoire qui est une défaillance de l'oubli ? L'oubli est-il une déficience de la mémoire ?
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