Penser par soi-même est-ce s'isoler ? *
EXEMPLES DE RECHERCHE
Aperçu du corrigé : Penser par soi-même est-ce s'isoler ?
Penser par soi-même suppose un écart par rapport à ce qu'autrui ou l'expérience extérieure peut nous dicter comme pensées. Écart par rapport à autrui si la pensée par soi n'est pas simplement la répétition du témoignage. Écart par rapport à l'expérience sensible ensuite : car ce que me donnent mes sens, mes sensations, sont des données qui ne constituent pas par eux-mêmes des pensées et peuvent s'avérer trompeuses. Penser par soi-même suppose donc de s'isoler, si l'on entend par là se détacher de ce qui pourrait venir de l'extérieur de la pensée elle-même. Cependant, le penser par soi-même risque alors fort de se transformer en penser en fonction de soi-même. En effet, le soi-même, le sujet conscient et libre de lui-même, dans l'isolement, ne peut plus que se prendre lui-même pour objet de pensée. Or, être le sujet et l'objet de pensée, n'est-ce pas se condamner à une pensée vide ? En outre, si le sujet se conçoit lui-même à partir de ses déterminations empiriques, ses désirs et souvenirs, le penser ne se ramène-t-il pas à la simple expression de la subjectivité du sujet ? Dans ces deux derniers cas, il paraît que « penser » n'ait alors aucune valeur objective ni intersubjective. Le problème est donc que pour qu'il y ait pensée, et non répétition ou accueil irréfléchi de données, il faut bien que le sujet intervienne en personne, comme un sujet, à l'écart de ces données et d'autrui. Mais d'un autre côté, l'isolement auquel peut conduire cet écart n'est pas susceptible de construire une pensée objective, et réduit l'acte de penser à l'acte d'expression de soi.
L'isolement est nécessaire dans un premier temps parce qu'il permet de prendre une certaine distance avec les convenances. Toute interrogation engendre une dissociation avec le semblable. Toute pensée est rupture. Ainsi dans toute démarche de réflexion il y a nécessité à se détacher des autres, à prendre du recul par rapport à une opinion universelle. D'une certaine manière penser par soi-même c'est remettre en question et questionner c'est douter. Dans la mesure où on se met à douter de ce que dit autrui, il y effectivement un décalage, un écart qui se creuse et qui peut créer une certaine solitude, une mise à l'écart. Pour rejoindre Mallarmé, il serait intéressant de souligner que toute réflexion indépendante de la volonté générale est un risque à prendre. Un risque à prendre dans la mesure où cet acte peut être condamné par le reste de la société tout comme être approuvé. Troisième partie : La solitude condamnation ou pouvoir ? Malgré l'isolement que l'acte de penser par soi-même peut représenter n'y a-t-il pas une part de fierté dans ce geste ?
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