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Sujet : Peut-on dire que être c'est désirer ?

Définitions des termes :
  • peut : Est-il possible, est-il légitime.
  • dire : Affirmer, soutenir, tenir pour vrai.
  • être : Du latin esse, « être ». 1) Verbe : exister, se trouver là. En logique, copule exprimant la relation qui unit le prédicat au sujet (exemple : l'homme est mortel). 2) Nom : ce qui est, l'étant. 3) Le fait d'être (par opposition à ce qui est, l'étant). 4) Ce qu'est une chose, son essence (exemple : l'être de l'homme). 5) Avec une majuscule (l'Être), l'être absolu, l'être parfait, Dieu.
  • désirer : Tendre vers un objet que l'on se représente comme source possible de satisfaction ou de plaisir.

Extrait du corrigé : Il n'y a que les âmes de feu qui sachent combattre et vaincre ; tous les grands efforts, toutes les actions sublimes sont leur ouvrage : la froide raison n'a jamais rien fait d'illustre, et l'on ne triomphe des passions qu'en les opposant l'une à l'autre. Quand celle de la vertu vient à s'élever, elle domine seule et tient tout en équilibre. Voilà comment se forme le vrai sage, qui n'est pas plus qu'un autre à l'abri des passions, mais qui seul sait les vaincre par elles-mêmes, comme un pilote fait route par les mauvais vents".  3. TRANSITION : le problème est ici de savoir ce qu'il faut faire de ce qui donne comme désir en nous et voir si un tel désir n'est pas au service de la positivité de l'être. III. éducation du désir 1. Les principes qui régissent les désirs. Texte :  FREUD, Introduction à la Psychanalyse, IIe partie, chapitre 14. Le désir doit être éduqué : principe de réalité et principe de plaisir "En ce qui concerne les tendances sexuelles, il est évident que du commencement à la fin de leur développement, elles sont un moyen d'acquisition de plaisir et elles remplissent cette fonction sans faiblir.

	Peut-on dire que être c'est désirer	?

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Définitions

  • peut : Est-il possible, est-il légitime.
  • dire : Affirmer, soutenir, tenir pour vrai.
  • être : Du latin esse, « être ». 1) Verbe : exister, se trouver là. En logique, copule exprimant la relation qui unit le prédicat au sujet (exemple : l'homme est mortel). 2) Nom : ce qui est, l'étant. 3) Le fait d'être (par opposition à ce qui est, l'étant). 4) Ce qu'est une chose, son essence (exemple : l'être de l'homme). 5) Avec une majuscule (l'Être), l'être absolu, l'être parfait, Dieu.
  • désirer : Tendre vers un objet que l'on se représente comme source possible de satisfaction ou de plaisir.

Problématique

Longtemps méprisé, condamné, le désir est présenté comme l'origine de la souffrance et des troubles dans l'âme.

 Le désir tout comme le corps  ont vécu dans une forme d'indifférence et de rejet illustrés par l'histoire de la philosophie depuis Platon jusqu'à Descartes.

Aussi on ne peut dire  que désirer soit synonyme d'être car le désir dans toute son histoire est de l'ordre du négatif, du non être, de ce qui doit être  éradiqué en nous. Dans  quelles perspectives peut on dire qu'être c'est désirer?  Être signifie déployer  son essence, développer ses potentialités.

L'acte de désirer est-il lié à celui d'être? Désirer me fait- il être? Comment réussir à penser une positivité du désir qui serait aussi la positivité voire la puissance d'être par excellence? Faut-il repenser, voire éduquer le désir pour que celui-ci participe de mon être le plus entier?

 

Plan détaillé

I. Être n'est pas désirer car le désir est pensé en terme de négativité.

Parce qu'il est dans le corps, parce qu'il fait souffrir le corps, le  désir ne nous fait pas être mais nous plonge dans un non être entier.

1. Les rapports entre désir et plaisir

Texte : Aristote, Éthique à Nicomaque

"(...) Le fait que tous les êtres, bêtes et hommes, poursuivent le plaisir est un signe que le plaisir est en quelque façon le Souverain Bien (...)
Mais, comme ce n'est ni la même nature, ni la même disposition qui est la meilleure pour tout le monde, ou qui du moins apparaît telle à chacun, tous les hommes ne poursuivent pas non plus le même plaisir, bien que tous poursuivent le plaisir. Peut-être aussi poursuivent-ils non pas le plaisir qu'ils s'imaginent ou qu'ils voudraient dire qu'ils recherchent, mais un plaisir le même pour tous, car tous les êtres ont naturellement en eux quelque chose de divin. Mais les plaisirs corporels ont accaparé l'héritage du nom de plaisir, parce que c'est vers eux que nous dirigeons le plus fréquemment notre course et qu'ils sont le partage de tout le monde ; et ainsi, du fait qu'ils sont les seuls qui nous soient familiers, nous croyons que ce sont les seuls qui existent". ARISTOTE, Éthique à Nicomaque, VII, 13.

"Les arguments qui s'appuient sur le fait que l'homme modéré évite le plaisir et que l'homme prudent poursuit la vie exempte de peine seulement, et que d'autre part les enfants et les bêtes poursuivent le plaisir, ces arguments-là sont réfutés tous à la fois par la même considération : nous avons indiqué, en effet, comment les plaisirs sont bons au sens absolu, et comment certains plaisirs ne sont pas bons ; or ce sont ces derniers plaisirs que les bêtes et les enfants poursuivent (et c'est l'absence de la peine causée par la privation des plaisirs de ce genre que recherche l'homme prudent), c'est-à-dire les plaisirs qui impliquent appétit et peine, en d'autres termes les plaisirs corporels (qui sont bien de cette sorte-là) et leurs formes excessives, plaisirs qui rendent précisément déréglé l'homme déréglé. Telle est la raison pour laquelle l'homme modéré fuit ces plaisirs, car même l'homme modéré a des plaisirs". ARISTOTE, Éthique à Nicomaque, VII, 14.

2. Différence de l'amour et du désir

Texte : Rousseau

"Le penchant de l'instinct est indéterminé. Un sexe est attiré vers l'autre, voilà le mouvement de la nature. Le choix, les préférences, l'attachement personnel sont l'ouvrage des lumières, des préjugés, de l'habitude ; il faut du temps et des connaissances pour nous rendre capables d'amour, on n'aime qu'après avoir jugé, on ne préfère qu'après avoir comparé. Ces jugements se font sans qu'on s'en aperçoive, mais ils n'en sont pas moins réels. Le véritable amour, quoi qu'on en dise, sera toujours honoré des hommes ; car, bien que ses emportements nous égarent, bien qu'il n'exclue pas du coeur qui le sent des qualités odieuses et même qu'il en produise, il en suppose pourtant toujours d'estimables sans lesquelles on serait hors d'état de le sentir. Ce choix qu'on met en opposition avec la raison nous vient d'elle ; on a fait l'amour aveugle parce qu'il a de meilleurs yeux que nous, et qu'il voit des rapports que nous ne pouvons apercevoir. Pour qui n'aurait nulle idée de mérite ni de beauté, toute femme serait également bonne, et la première venue serait toujours la plus aimable. Loin que l'amour vienne de la nature, il est la règle et le frein de ses penchants".

3. TRANSITION:  Comment réhabiliter ?

II. Comment le désir participe-t-il à l'augmentation de mon être?

1.

Texte : Spinoza, Appendice à l'Ethique

"Ceux qui ont écrit sur les Affections et la conduite de la vie humaine semblent, pour la plupart, traiter non de choses naturelles qui suivent les lois communes de la Nature mais de choses qui sont hors de la nature. En vérité, on dirait qu'ils conçoivent l'homme dans la Nature comme un empire dans un empire. Ils croient,  en effet, que l'homme trouble l'ordre de la Nature plutôt qu'il ne le suit, qu'il a sur ses propres actions un pouvoir absolu et ne tire que de lui-même sa détermination. Ils cherchent donc la cause de l'impuissance commune de la Nature, mais dans je ne sais quel vice de la nature humaine et, pour cette raison, pleurent à son sujet, la raillent, la méprisent ou le plus souvent la détestent : qui sait le plus éloquemment ou le plus subtilement censurer l'impuissance de l'Ame humaine est tenu pour divin. Certes n'ont pas manqué les hommes éminents (au labeur et à l'industrie desquels nous avouons devoir beaucoup) pour écrire sur la conduite droite de la vie beaucoup de belles choses, et donner aux mortels des conseils pleins de prudence ; mais quant à déterminer la nature et les forces des Affections, et ce que peut l'Ame de son côté pour les gouverner, nul, que je sache, ne l'a fait. A la vérité, le très célèbre Descartes, bien qu'il ait admis le pouvoir absolu de l'Ame sur ses actions, a tenté, je le sais, d'expliquer les Affections humaines par leurs premières causes et de montrer en même temps par quelle voie l'âme peut prendre sur les Affections un empire absolu ; mais, à mon avis, il n'a rien montré que la pénétration de son grand esprit comme je l'établirai en son lieu. Pour le moment je veux revenir à ceux qui aiment mieux détester ou railler les Affections et les actions des hommes que les connaître. A ceux-là certes il paraîtra surprenant que j'entreprenne de traiter des vices des hommes et de leurs infirmités à la manière des Géomètres et que je veuille démontrer par un raisonnement rigoureux ce qu'ils ne cessent de proclamer contraire à la Raison, vain, absurde et digne d'erreur. Mais voici quelle est ma raison. Rien n'arrive dans la Nature qui puisse être attribué à un vice existant en elle ; elle est toujours la même en effet ; sa vertu et sa puissance d'agir est une et partout la même, c'est-à-dire les lois et règles de la Nature, conformément auxquelles tout arrive et passe d'une forme à une autre, sont partout et toujours les mêmes ; par suite, la voie droite pour connaître la nature des choses, quelles qu'elles soient, doit être aussi une et la même ; c'est toujours par le moyen des lois et règles universelles de la Nature. Les Affections humaines donc de la haine, de la colère, de l'envie, etc..., considérées en elles-mêmes, suivent de la même nécessité et de la même vertu  de la Nature que les autres choses singulières ; en conséquence, elles reconnaissent certaines causes, par où elles sont connues, et ont certaines propriétés aussi dignes de connaissance que les propriétés d'une autre chose quelconque, dont la seule considération nous donne du plaisir. Je traiterai donc de la nature des Affections et de leurs forces, du pouvoir de l'Ame sur elles, suivant la même Méthode que dans les parties précédentes de Dieu et de l'Ame, et je considérerai les actions et les appétits humains comme s'il était question de lignes, de surfaces."

2. Texte de Jean-Jacques ROUSSEAU, La Nouvelle Héloïse, VIII in Oeuvres complètes, t. II, Paris, Gallimard, Bibl. de la Pléiade, p. 493.

Texte : "Comment réprimer la passion même la plus faible, quand elle est sans contrepoids ? Voilà l'inconvénient des caractères froids et tranquilles : tout va bien tant que leur froideur les garantit des tentations ; mais s'il en survient une qui les atteigne, ils sont aussitôt vaincus qu'attaqués ; et la raison, qui gouverne tandis qu'elle est seule, n'a jamais de force pour résister au moindre effort. Je n'ai été tenté qu'une fois, et j'ai succombé. Si l'ivresse de quelque autre passion m'eût fait vaciller encore, j'aurais fait autant de chutes que de faux pas.
Il n'y a que les âmes de feu qui sachent combattre et vaincre ; tous les grands efforts, toutes les actions sublimes sont leur ouvrage : la froide raison n'a jamais rien fait d'illustre, et l'on ne triomphe des passions qu'en les opposant l'une à l'autre. Quand celle de la vertu vient à s'élever, elle domine seule et tient tout en équilibre. Voilà comment se forme le vrai sage, qui n'est pas plus qu'un autre à l'abri des passions, mais qui seul sait les vaincre par elles-mêmes, comme un pilote fait route par les mauvais vents".
 

3. TRANSITION : le problème est ici de savoir ce qu'il faut faire de ce qui donne comme désir en nous et voir si un tel désir n'est pas au service de la positivité de l'être.

III. éducation du désir

1. Les principes qui régissent les désirs.

Texte :  FREUD, Introduction à la Psychanalyse, IIe partie, chapitre 14.

Le désir doit être éduqué : principe de réalité et principe de plaisir

"En ce qui concerne les tendances sexuelles, il est évident que du commencement à la fin de leur développement, elles sont un moyen d'acquisition de plaisir et elles remplissent cette fonction sans faiblir. Tel est également, au début, l'objectif des tendances du moi. Mais sous la pression de la grande éducation qu'est la nécessité, les tendances du moi ne tardent pas à remplacer le principe de plaisir par une modification. La tâche d'écarter la peine s'impose à elles avec la même urgence que celle d'acquérir du plaisir ; le moi apprend qu'il est indispensable de renoncer à la satisfaction immédiate, de différer l'acquisition de plaisir, de supporter certaines peines et de renoncer en général à certaines sources de plaisir.
Le moi ainsi éduqué est devenu "raisonnable", il ne se laisse plus dominer par le principe de plaisir, mais se conforme au principe de réalité qui, au fond, a également pour but le plaisir, mais un plaisir qui, s'il est différé et atténué, a l'avantage d'offrir la certitude que procurent le contact avec la réalité et la conformité à ses exigences. Le passage du principe de plaisir au principe de réalité constitue un des progrès les plus importants dans le développement du moi. Nous savons déjà que les tendances sexuelles ne franchissent que tardivement et comme forcées et contraintes cette phase de développement du moi, et nous verrons plus tard quelles conséquences peuvent découler pour l'homme de ces rapports plus lâches qui existent entre sa sexualité et la réalité extérieure."

2. Comment décrire l'être de désir ?

 

Texte : Le bonheur n'est pas dans le plaisir, mais dans le désir

"Malheur à qui n'a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu'il possède. On jouit moins de ce qu'on obtient que de ce qu'on espère, et l'on n'est heureux qu'avant d'être heureux. En effet, l'homme avide et borné, fait pour tout vouloir et peu obtenir, a reçu du ciel une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu'il désire, qui le soumet à son imagination, qui le lui rend présent et sensible, qui le lui livre en quelque sorte, et pour lui rendre cette imaginaire propriété plus douce, le modifie au gré de sa passion. Mais tout ce prestige disparaît devant l'objet même ; rien n'embellit plus cet objet aux yeux du possesseur ; on ne se figure point ce qu'on voit ; l'imagination ne pare plus rien de ce qu'on possède, l'illusion cesse où commence la jouissance. Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d'être habité, et tel est le néant des choses humaines, qu'hors l'Etre existant par lui-même, il n'y a rien de beau que ce qui n'est pas." ROUSSEAU.

CONCLUSION

Si Rousseau écrit "malheur à qui n'a rien à désirer", il explique effectivement que l'homme perd alors tout ce qu'il possède : être c'est désirer au sens où l'acte même d'être consiste à vivre cette tension désirante, cette conscience qui se trouve envahie par les contradictions du désir.

Finalement être est défini comme une véritable tension ou attention, ou encore attente.

Comme désirer est un mouvement vers un objet souvent "obscur" une telle opacité nous renvoie aussi à la complexité et aux obscurités de notre être.



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