Peut-on opposer le devoir à la liberté ?
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Publié le : 24/2/2005 -Format:
- peut : Est-il possible, est-il légitime.
- opposer : Invoquer (une raison, un prétexte, un argument) dans le but de manifester son désaccord, objecter. Opposer le bon sens à une proposition farfelue. Présenter (un obstacle). Opposer un refus catégorique, une farouche résistance. Mettre (quelque chose, quelqu'un) en situation d'affrontement. Opposer deux équipes. Opposer l'armée aux révolutionnaires. Mettre (des éléments différents) côte à côte ou face à face. Toile qui oppose les ombres et la lumière. •Comparer (des éléments différents). Opposer la raison et la passion. •Présenter (des éléments) comme étant différents. Opposer la philosophie de Marx à celle de Hegel. PRONOMINAL S'opposer à : faire obstacle à (quelque chose), contrecarrer. Je m'oppose à votre départ. Résister à, braver. S'opposer à ses parents. S'opposer : contraster. Tons, tempéraments qui s'opposent.
- devoir : 1) Obligation morale, opposée à obligation juridique; le devoir est une obligation interne au sujet, l'obligation juridique une obligation externe (une contrainte). 2) Le problème sous-jacent consistant à trouver le fondement de cette obligation, Kant fera du devoir un absolu: "Le devoir est la nécessité d'accomplir l'action par pur respect pour la loi." 3) Un devoir: tout ce qui correspond à une obligation morale.
- liberté : Ce mot, en philosophie a trois sens : 1° Libre arbitre. Pouvoir mystérieux de choisir entre les motifs qui me sollicitent sans être déterminé par aucun d'eux. 2° Liberté de spontanéité. S'oppose non plus au déterminisme mais à la contrainte : état de celui qui agit sans être contraint par une force extérieure. 3° Liberté du sage. État de celui qui est délivré des passions et agit à la lumière de la raison.
Angle d’analyse :
Les inventeurs du régime républicain, les grecs, eurent à défendre leurs cités contre une invasion par l’Empire perse. De cette guerre, la bataille des Thermopyles est demeurées célèbre : trois cents spartiates, pour n’avoir pas fui, périrent en tentant de stopper pendant deux jours l’avancée de dizaines de milliers de soldats ennemis. Sur le lieu de leur mort, leur épitaphe était : « Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts d’obéir à ses lois. » Ils ont montré ainsi que le sens du devoir peut-être plus fort que la volonté de vivre ; on peut célébrer leur gloire et leur amour de la liberté, mais on peut déplorer qu’un prétendu devoir les ait envoyés à une mort certaine. S’ils avaient eu le choix, peut-on penser, ils auraient probablement préféré vivre ; le devoir a eu raison de leur bon sens, et de leur libre choix. La contrainte du devoir s’oppose-t-elle ainsi toujours à la liberté ?
On a vu que la liberté est très complexe à définir en tant que telle (sans qu’elle ne soit qu’illusion). Il s’agira donc ici, à travers l’articulation au devoir, de redéfinir tout au long du développement le concept de liberté pour en découvrir l’essence.
De plus, la question (« peut-on ») nous interroge sur la question de la légitimité d’une telle opposition. Il faudra donc voir si cette opposition est ou non fondée en raison, si donc elle correspond réellement à une définition et de la liberté et du devoir conforme à leur essence.
Problématique :
Peut-on, en droit, opposer la liberté au devoir, autrement dit, le devoir exclut-il nécessairement la liberté ? Tout se passe comme si le sens commun considérait que, là où il y a devoir, il ne peut y avoir de quelconque liberté, et réciproquement. Or, une telle opposition est-elle légitime ? Ne peut-on pas, à travers une redéfinition des deux concepts, les faire coexister, voire mettre à jour leur interdépendance ?
Lui-même s'il était chef donnerait donc exactement les mêmes ordres. Ceci éclaire l'idée chère à Rousseau de volonté générale. La volonté générale n'est plus ici le caprice contingent d'une majorité électorale, mais l'expression pure et simple des exigences de la raison universelle. Dès lors le chef n'est plus de droit divin et s'il est un tyran qui trahit les exigences de la raison, le peuple a le droit, mieux le devoir, de lui demander de renoncer à son poste. Le devoir n'émane que de moi "Il y a au fond des âmes un principe inné de justice et de vertu", dit Rousseau. Le devoir n'est donc pas une obligation extérieure, mais émane de ma propre conscience qui me dicte ce qui est bien et ce qui est juste. Si je décide moi-même ce que je dois faire, ce qui est le propre de tout individu autonome et responsable, alors je suis libre. « L'impulsion du seul appétit, dit Rousseau, est esclavage, et l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. » Le même raisonnement qui fait qu'obéir à la loi morale n'est obéir qu'à soi-même fait qu'obéir à la loi civile est être libre. La liberté politique, en effet, ne consiste pas à faire tout ce que l'on veut, selon quoi, à l'époque des Grecs, seul le roi des Perses était libre, mais à être citoyen d'une république, c'est-à-dire avoir le droit de poser les lois, et le devoir d'y obéir.
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