Peut-on revendiquer ses droits sans consentir à ses devoirs ? *
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Aperçu du corrigé : Peut-on revendiquer ses droits sans consentir à ses devoirs ?
• Bien différencier les sens de « peut-on » (« est-il possible de » ou « a-t-on le droit de », « est-il légitime de »).
• Ne pas confondre — comme si cela allait de soi — « droit » et « intérêt ».
• Se demander si, dans la mesure où « devoir » et « droit »
sont (ou seraient) deux aspects complémentaires de telle ou telle valeur, on ne pourrait poser en principe qu'ils seraient
corrélatifs.
Cf. R. Le Senne, Traité de morale générale, notamment des pages 602 à 607:
« Le droit est légitime où la personne est capable d'assumer l'envers comme l'endroit de ses droits, c'est-à-dire ce par quoi ils lui imposent des charges comme ce par quoi ils lui procurent des avantages. »
• Se demander si cette corrélation (supposée) peut s'appliquer à tous les cas envisageables.
• Méditer cette affirmation de Renouvier (Science de la morale,
livre III, 2e section) :
Le Droit est, de son espèce, revendicable sur quelqu'un; il est un crédit et, par conséquent, suppose le devoir ou débit de quelqu'un. Inversement, on ne saurait définir un devoir... et ne pas attribuer en même temps un crédit à celui vis-à-vis de qui le débit existe. »
Ainsi l'individu auquel on retire ses droits ne se sent plus obligé de consentir à ses devoirs et vice versa.La notion de justice a en effet un contenu profondément « revendicatif », et on a bien ici un appel à la justice : revendiquer ses droits c'est réclamer ce qui est juste que l'on reçoive. Toutefois, les droits ne sont pas tous de même nature, un droit peut même être un droit et un devoir ( droit de vote), il me semble donc bon de distinguer deux sortes de droits : les droits « formels », les choses qu'en principe on est en droit s'exiger mais que la société n'est pas forcément en mesure d'accorder, par exemple : le droit au travail, et d'autre part, les droits « objectifs » tels que le droit de parole, le droit de vote, le droit de faire appel à l'appareil judiciaire. Revendiquer ses droits c'est aspirer à n'avoir que des droits « objectifs », ce qui est tout à fait légitime puisqu'il s'agit là d'une aspiration du respect intégral du « pacte social » fondamental.L'individu au sein de la société n'est pas contraint à consentir à ses devoirs (bien qu'il existe cependant des moyens de coercition), l'individu consent (ou ne consent pas) à ses devoirs, il y est obligé, il n'y est pas contraint, ou plus précisément les exigences morales les plus fondamentales l'obligent à consentir à ses devoirs, à respecter la deuxième clause du « pacte social » sans quoi il lui sera impossible de faire respecter la première. Bien que ce soient des exigences morales qui obligent l'individu à consentir à ses devoirs, je ne pense pas comme le préconise Kant que l'individu fasse son devoir par devoir et que ce soit « l'impératif catégorique » qui le pousse au respect de la deuxième clause dont j'ai parlé tout à l'heure, mais bien plutôt « l'impératif hypothétique » car c'est en consentant à ses devoirs qu'il pourra être dans son droit en revendiquant ses droits. La question : « peut-on revendiquer ses droits sans consentir à ses devoirs? » peut être comprise de deux façons différentes. D'abord, est-ce que effectivement certains individus ne revendiquent pas leurs droits sans consentir à leurs devoirs? La réponse me paraît évidente, en effet il existe des individus qui agissent de cette façon et ceci pour les raisons les plus diverses, mais le problème à mon avis, ne se situe pas à ce niveau.
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