Peut-on séparer un fait de toute interprétation? *
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Aperçu du corrigé : Peut-on séparer un fait de toute interprétation?
Des expressions telles que « Les faits ont toujours raison » renvoie à une certaine idée de la facticité, c’est-à-dire à une qualité du fait qui le rend objectif et vrai en soi. Le fait serait la réalité même, dans sa nudité et s’accorder avec lui nous permettrait de rester dans le vrai. Cependant, se demander si l’on peut séparer un fait de toute interprétation sous-entend qu’une telle séparation serait susceptible de remettre en cause la facticité du fait. Elle se demande même si l’on doit (« peut-on », au sens de « est-il permis de ») raisonnablement souhaiter une telle scission entre fait et interprétation.
Ainsi, il s’agit à la fois de déterminer précisément le type de réalité auquel nous renvoie le fait. Est-il, par nature, une information neutre et objective, la pure apparition de quelque chose ? Cela nécessite en outre de s’interroger sur le statut de l’interprétation elle-même : celle-ci est-elle ce qui masque les faits – comme l’envers de l’objectivité – ou bien ce qui les révèle ? Est-elle une vue subjective et biaisée sur les choses ou bien un cadre théorique au sein duquel se déploient les faits eux-mêmes ? Nous verrons notamment pour cela comment les faits interagissent avec les théories scientifiques.Remarquons déjà que l'expérimentation n'est pas le duplicata de l'expérience. Il ne s'agit pas de reproduire en soi, dans un laboratoire, des phénomènes naturels. Bien plutôt, l'expérimentation prend appui sur un théorie d'ensemble, qui se formule en diverses lois et qui préexistent aux faits eux-mêmes. En d'autres termes, l'expérimentation consiste à mettre une théorie à l'épreuve de la pratique : c'est en ce sens que les faits seront interprétés dans le cadre théorique fixé. D'eux-mêmes, les faits ne nous apprennent rien, mais c'est par leur liaison dans un système de lois et d'axiomes qu'ils prennent sens. III - Bergson : la perception consciente des faits Ainsi, les faits sont muets en dehors de toute interprétation. C'est cette idée qu'Henri Bergson prolonge dans Matière et mémoire, via l'exposition de la perception pure. En effet, selon l'auteur, le monde se donne comme un ensemble d'images en relation constante les unes avec les autres ; le corps, image particulière entre toutes, agit parmi elle de sa propre initiative et, pour ce faire, sélectionne dans ce qui l'entoure les éléments qui peuvent lui servir. Or, remarque Bergson, ce type de perception est conscient, puisqu'il discrimine, discerne et choisit parmi les images ce qui sera utile au corps. À l'inverse, la perception non-consciente est celle de n'importe qu'elle image inanimée, qui ne discerne rien parmi l'ensemble des images qui l'entourent.
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