La politique est-elle morale ? *
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Aperçu du corrigé : La politique est-elle morale ?
La politique s’oppose à la morale, comme la philosophie à la naïveté.
Emmanuel Lévinas
Cette phrase de Lévinas est paradoxale. Il est de sens commun que les hommes politiques sont des gens peu scrupuleux, et qui tendent facilement à abuser de leur pouvoir. La politique est-elle morale ? Que serait un dirigeant immoral ? Une telle personne ne serait pas soutenue par son peuple, et ne pourrait pas compter sur ses citoyens en temps de guerre. Et dans une démocratie, on pourrait s’attendre à ce que les votes ne favorisent pas une personne immorale. Cependant, la morale est l’ensemble des lignes d’actions qui permettent de gérer dans la paix les situations quotidiennes. Parce qu’elle permet de vivre ensemble (politeia signifie vivre-ensemble en grec), la morale à un rôle de politique de l’ordinaire. Mais la fonction politique, décision de guerre ou de paix, d’alliance ou de trahison, confronte celui qui la reçoit à des situations qui n’ont rien d’ordinaires, qui sont extraordinaires. Est-il possible, ou simplement souhaitable, que le dirigeant politique obéisse à la morale ? La fonction politique semble exiger une moralité exemplaire. Mais cette vertu porte peut-être en elle le principe de sa propre corruption, qui se révèle au contact du pouvoir, il serait alors bon de la limiter. Enfin, si le maintient du dirigeant politique dépend de l’image qu’il renvoie au peuple, ce n’est pas tant sa moralité qui est nécessaire, que l’apparence d’une telle moralité.
La liberté politique ne se trouve que dans les gouvernements modérés. Mais elle n'est pas toujours dans les Etats modérés. Elle n'y est que lorsqu'on abuse pas du pouvoir : mais c'est une expérience éternelle, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu'à ce qu'il trouve des limites. Qui le dirait ! la vertu même a besoin de limites. Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.» Montesquieu, De l'esprit des lois, livre XI, chapitre 4 · La solution réside dans la séparation des pouvoirs. Ainsi, bien qu'on ne puisse pas modifier le fait que tout pouvoir tend à abuser de son pouvoir, chaque pouvoir est en permanence confronté à un contre-pouvoir. La moralité ou le vice des dirigeants, qui se confondent puisqu'ils outrepassent tous les deux le respect des droits une fois au pouvoir, sont ainsi contenus. Transition : Nous voyons que les abus de pouvoirs rendent peu souhaitable la moralité des politiques. Le mieux est qu'ils soient moralement neutres, et que nous ne jugions que leur travail.
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