Est-ce un progrès de ne pas croire ? *
EXEMPLES DE RECHERCHE
Aperçu du corrigé : Est-ce un progrès de ne pas croire ?
Croire, c'est adhérer à une pensée, à un dogme, sans avoir fondé rationnellement cette adhésion, et sans être forcément capable d'en rendre raison autrement qu'en déclarant « j'y crois ». Le verbe « croire » est souvent opposé au verbe « savoir » qui, lui, désigne une adhésion rationnellement justifiée à une idée. Il peut s'employer pour de nombreux objets différents – on peut croire à une idée, croire en quelqu'un -, mais le mot « croire » pris dans un emploi absolu fait généralement référence à la croyance religieuse. Il faudra donc s'intéresser à la fois au mécanisme de la croyance en général et à celui de la croyance religieuse.
« Ne pas croire », ce serait refuser ce type d'adhésion, par exemple parce qu'elle nous semblerait insuffisamment fondée ou insuffisante eu égard aux exigences et aux capacités de la pensée rationnelle. C'est donc une certaine attitude de la pensée qui est interrogée ici.
Plus précisément, il est demandé ici si le fait de ne pas croire peut ou ne peut pas être considéré comme un progrès. La notion de progrès renferme l'idée d'une amélioration dans le temps – il y a un état antérieur au progrès, et cet état serait ici celui de la croyance. Le processus par lequel on sort de la croyance est-il souhaitable ? Répondre positivement à cette question supposerait que l'on se livre à une analyse critique du phénomène de la croyance, que l'on en examine les avantages et les insuffisances. En quoi le fait de croire peut-il être insuffisant, ce qui impliquerait que l'on éprouve le besoin de le dépasser, ce qui constituerait le progrès en question ici ? En quoi, plus spécifiquement, un refus de la croyance religieuse pourrait-il constituer un progrès ? A l'inverse, le phénomène de la croyance ne présente-t-il pas certains avantages propres, si bien que vouloir s'en passer présenterait le risque de perdre certains bénéfices ?
Répondre au sujet demandera, on le voit, un travail de définition du fait de croire, dans le but d'en définir les bénéfices et les inconvénients, et de trouver des critères pour décider si ne pas croire est ou non un progrès.
(...) Lorsque l'on croit, l'estomac s'en mêle et tout le corps est raidi. Le croyant est comme le lierre sur l'arbre. Penser, c'est tout fait autre chose. On pourrait dire : penser, c'est inventer sans croire. Imaginez un noble physicien, qui a observé longtemps les corps gazeux, les a chauffés, refroidis, comprimés, raréfiés. Il en vient concevoir que les gaz sont faits de milliers de projectiles très petits qui sont lancés vivement dans toutes les directions et viennent bombarder les parois du récipient. Là-dessus le voilà qui définit, qui calcule ; le voilà qui démonte et remonte son gaz parfait, comme un horloger ferait pour une montre. Eh bien, je ne crois pas du tout que cet homme ressemble un chasseur qui guette une proie. Je le vois souriant, et jouant avec sa théorie ; je le vois travaillant sans fièvre et recevant les objections comme des amies ; tout prêt à changer ses définitions si l'expérience ne les vérifie pas, et cela très simplement, sans gestes de mélodrame.
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