La puissance du langage peut-elle être redoutable ? *
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Aperçu du corrigé : La puissance du langage peut-elle être redoutable ?
Le langage est une fonction d’expression et de communication liée à la pensée, spécifiquement humaine. Le fait de parler ne se réduit pas aux dispositifs neurobiologique et organique :
« L’invention de l’art de communiquer nos idées dépend moins des organes qui nous servent à cette communication que d’une faculté propre à l’homme [la pensée], qui lui fait employer ses organes à cet usage » (Rousseau, début d’Essai sur l’origine des langues). La pensée a donc besoin d’un intermédiaire, le langage, pour être communiquée, extériorisée. Toutefois, le langage extériorisé caractérise plus la parole, car on peut parler d’un langage intérieur, qui ne se laisse pas forcément percevoir par autrui. Aussi au sens le plus large, le langage est un système de signes servant de moyen de communication : on peut évoquer ainsi le langage des gestes, du corps, en ce sens que tous les organes des sens peuvent servir à créer un langage. Mais communiquer, c’est toujours en quelque sorte imposer son être, affirmer ses idées, et pouvoir ainsi orienter ou déstabiliser son interlocuteur. Comment comprendre, dès lors, cette fonction inhérente au langage qui a pour fins de dominer autrui ?
) et observer les cadres dans lesquels cette efficace redoutable du langage peut se manifester (contexte politique, contexte de domination d'une personne sur une autre... Gorgias, Eloge d'Hélène « Le discours est un tyran très puissant ; cet élément matériel d'une extrême petitesse et totalement invisible porte à leur plénitude les oeuvres divines : car la parole peut faire cesser la peur, dissiper le chagrin, exciter la joie, accroître la pitié. (...) Dès lors, quelle raison empêcher qu'Hélène aussi soit tombée sous le charme d'un hymne, à cet âge où elle quittait la jeunesse ? Ce serait comme si elle avait été enlevée et violentée (...). Car le discours persuasif a contraint l'âme qu'il a persuadée, tant à croire aux discours qu'à acquiescer aux actes qu'elle a commis. C'est donc l'auteur de la persuasion, en tant qu'il est cause de contrainte, qui est coupable ; mais l'âme qui a subi la persuasion a subi la contrainte du discours, aussi est-ce sans fondement qu'on l'accuse. » III. La relation du langage à l'homme On pourra alors cerner les limites de cette idée d'une efficace redoutable du langage, en montrant que cette efficace est limitée par le fait que le langage suppose un récepteur doué de raison, capable de sens critique, en montrant que l'usage du langage peut difficilement être conçu comme strictement unilatéral, et qu'une interprétation du langage comme phénomène social général mettant en jeu des relations complexes entre des subjectivités est plus productif qu'une interprétation du langage comme redoutable moyen de domination.
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