Le refus du travail a-t-il un sens ? *
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Refuser le travail, est-ce forcément décider de ne rien faire ? Est-ce se condamner à l'inaction ? N'est-ce pas un droit dans nos sociétés (le droit de grève) ? Mais a-t-on le droit de refuser du travail par rapport au processus économique ? N'est-ce pas moralement répréhensible ? Refuser du travail veut-il dire vouloir être chômeur ? Ou parle-t-on d'un refus plus large : le refus de tout travail ? Comment refuser de travailler alors que c'est une nécessité pour vivre, pour exister, pour avoir une identité sociale ? Effectivement, ainsi, cette position n'a aucun sens. Si le refus est une manière de se libérer de l'aliénation provoquée par le travail, peut-on considérer que la liberté est dans un refus ? Pourquoi lier refus de travailler et possibilité d'une absurdité ? Refuser de travailler est-il impossible, vain ? Cela présuppose-t-il que le travail a nécessairement un sens ? Il donne du sens, en tant qu'inscription dans une société et une histoire. Références utiles : Kant, Réflexions sur l'éducation ; Marx, Le Capital ; Arendt, Condition de l'homme moderne.
toute notre économie est devenue une économie de gaspillage dans laquelle il faut que les choses soient dévorées ou jetées presque aussi vite qu'elles apparaissent dans le monde pour que le processus lui-même ne subisse pas un arrêt catastrophique H. Arendt, Condition de l'homme moderne * Refuser le travail, c'est donc refuser ce qui fait de nous des animaux, entièrement pris dans un cycle de production, de consommation et de destruction. Il y a donc un sens au refus du travail, celui d'affirmer une autre idée de l'humanité, qui n'est pas seulement soumise aux besoins et aux désirs. * Ce qui est revendiqué à la place du travail, c'est l'oeuvre ou la production qui n'est pas uniquement une chose que l'on consomme mais également une chose dont on se sert, et qui construit ainsi une culture humaine. Au travail, on peut ainsi opposer les activités artistiques et intellectuelles, ainsi que toute activité librement consentie. * Il y a un sens à ce refus du travail : refuser d'être homo laborans et s'efforcer d'être homo faber, toujours selon la distinction d'Hannah Arendt : l'homo faber est bien seigneur et maître, non seulement parce qu'il est et s'est fait maître de la nature, mais surtout parce qu'il est maître de soi et de ses actes. Cela n'est vrai ni de l'animal laborans, soumis à la nécessité de la vie, ni de l'homme d'action, toujours dépendant de ses semblables. Seul avec son image du futur produit, l'homo faber est libre de produire, et de même confronté seul à l'oeuvre de ses mains, il est libre de détruire. Hannah Arendt, Idem III - Le travail et la collectivité * Cependant, le travail est une nécessité collective. Ce n'est pas seulement à l'individu qu'il profite, mais à la société entière : parce que le produit de son travail peut bénéficier à d'autres personnes ; parce que l'argent qu'il en retire sera dépensé et donc fera vivre d'autres personnes etc.
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