La science rend-elle la philosophie inutile ? *
EXEMPLES DE RECHERCHE
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Ainsi l'épistémologie positiviste d'A. Comte avait .voulu fixer à deux les principes fondamentaux de la science : le premier était que la science ne porte que sur les phénomènes et non sur la nature ou l'essence des choses ; le second, que la science renonce à saisir le mode de production des choses, c'est-à-dire la causalité, pour ne considérer que les lois. En d'autres termes, la science a pour but de lier entre eux les phénomènes, de les déterminer les uns par les autres, non de les « expliquer », l'explication relevant de « l'état théologique » ou de « l'état métaphysique ». Mais le développement même de-la science a invalidé ces principes, puisqu'il apparaît qu'elle est nécessairement conduite à expliquer causalement les lois qu'elle a établies, et à rendre compte de la production des phénomènes à partir de modèles théoriques des structures sous-jacentes aux phénomènes, comme c'est le cas pour la physique nucléaire.Le néo-positivisme contemporain (l'empirisme ou le positivisme logiques des penseurs du Cercle de Vienne) a également voulu établir une césure fondamentale et insurmontable entre problèmes philosophiques et problèmes scientifiques en posant que les énoncés de la science se ramènent d'une part à des protocoles vérifiables d'expériences et d'autre part à des tautologies, c'est-à-dire à des énoncés logico-mathématiques, donc purement formels, qui ne disent rien sur les phénomènes mais définissent les lois des transformations opérables sur eux. Les problèmes « métaphysiques » sont des faux problèmes issus de l'inconsistance des « syntaxes grammaticales » des langages ordinaires. Formulés selon la « syntaxe logique » de la science, ils apparaissent dénués de sens et disparaissent d'eux-mêmes. Dans cette perspective, la seule philosophie possible est une logique de la science. Mais on a pu objecter au néo-positivisme qu'il donnait à la science un cadre trop étroit.
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« La philosophie n'est pas contraire à la science, elle se comporte elle-même comme une science, travaille en partie avec les mêmes méthodes, mais elle s'en éloigne dans la mesure où elle s'accroche à l'illusion de pouvoir livrer une image du monde cohérente et sans lacune. » Freud, Nouvelles Conférences sur la psychanalyse, 1933.
« Si le regard philosophique procure le recul nécessaire pour considérer la science, le regard scientifique procure le recul nécessaire pour considérer la philosophie. Aussi, leur dialogique binoculaire pourrait procurer le nouveau recul qui nous est nécessaire pour considérer la connaissance. » Edgar Morin, La Connaissance de la Connaissance, 1986.
« La philosophie sans la science perd bientôt de vue nos rapports réels avec la création pour s'égarer dans des espaces imaginaires; la science sans la philosophie [..J, on ne voit pas qu'elle offre à la raison un aliment digne d'elle, ni qu'elle puisse être prise pour le dernier but des travaux de l'esprit. » Cournot, Sur les fondements de nos connaissances, 1851.
La science et la philosophie ont besoin l'une de l'autre. Sans la science, la philosophie tombe dans l'irréel ; et sans la philosophie, la science ne parvient pas à s'élever au-dessus du règne de la matière.
« La règle de la science est celle qui a été posée par Bacon : obéir pour commander. Le philosophe n'obéit ni ne commande. Il cherche à sympathiser. » Bergson, La Pensée et le Mouvant, 1934.
Contrairement au savant qui, par l'analyse, ne retient du réel que ce qui lui permet d'agir efficacement sur lui, le philosophe, par l'intuition, cherche à se transporter à l'intérieur de l'objet « pour coïncider avec ce qu'il a d'unique et par conséquent d'inexprimable ».
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