Le sommeil de la raison engendre des monstres (Goya) *
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Cette représentation (qui fait partie de la suite des Caprices) se trouve au musée du Prado, à Madrid. Un homme est assis, probablement assoupi, le sommeil s'empare ou s'est emparé de lui. On remarquera que son « absence de vigilance » ainsi que la perte de conscience (si perte il y a, car après tout, il n'est même pas certain que l'homme soit totalement endormi) n'ont nullement conduit à un tranquille abandon. Il y a, en sa pose même, une extrême tension et une souffrance ; les « monstres » sont là, menaçants : chauves-souris, tigres sauvages, prêts à dévorer, figures de l'agression ou de la mort. Tout ce présupposé de notre expérience quotidienne, que nous expulsons de notre vécu à grand peine, quand il nous sollicite, voici qu'il guette l'homme endormi ou s'endormant. La suite des Caprices date de 1797. Goya y traite de la folie et des monstres qui assaillent l'homme quand sommeille la raison. Mais quelques années avant, en 1781, Johann Heinrich Füssli avait évoqué, dans son oeuvre célèbre Le Cauchemar, les fantasmagories terrifiantes qui s'emparent de l'homme lorsque s'endort la raison. C'est donc un thème appartenant au « préromantisme » et au « romantisme » que celui de la plongée « nocturne » dans l'univers des « monstres ». Mais comment comprendre ces admirables oeuvres ?
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