Le temps se réduit-il à la durée ? *
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Aperçu du corrigé : Le temps se réduit-il à la durée ?
Si pour le vulgaire les termes de temps et de durée sont pratiquement synonymes, la réflexion philosophique ne saurait se contenter d'une confusion qui rendrait impossible la résolution des problèmes métaphysiques les plus importants, car elle équivaudrait, en dernière analyse, à se méprendre sur la substance même de l'âme humaine. Mais, si la distinction des termes s'impose, il est dangereux de se référer, pour l'établir, à un dictionnaire de la langue courante, où l'on risque de trouver des définitions contraires à celles de l'usage philosophique. C'est ainsi que dans un dictionnaire très répandu, la notion du temps mathématique étant tenue indûment à l'écart, on définit le temps comme une « durée limitée », et la durée comme le « temps en général ». Il nous faut un guide plus averti en ces matières. Nous le trouverons en BERGSON. NOUS inspirant de son Essai sur les données immédiates de la, conscience, nous étudierons d'abord la durée pure et le temps, avant de voir comment ces deux notions se fondent dans la notion de durée concrète.
En effet, on ne peut mesurer qu à condition de pouvoir transporter un certain nombre de fois, et autant qu'il le faudra, l'étalon-unité dans un milieu homogène. Pour mesurer, par exemple, le sentiment de l'effort, il faudrait pouvoir transposer rigoureusement des termes de conscience en termes d'espace. Pour pouvoir mesurer la durée d'une sensation (et non le temps d'application de l'excitant), il faudrait qu'il y ait, non pas simultanéité entre la cause physique de la sensation et la sensation elle-même, mais identité. Or, peut-on seulement parler de simultanéité en ce domaine ? C'est encore abusivement qu'on emploie ce terme à propos de la durée pure : s'il y a simultanéité pour l'observateur impartial qui remarque une coïncidence entre le stimulus et les manifestations physiologiques et mimiques de la sensation, cette simultanéité ne compte pas pour le sujet que la sensation absorbe. Cette sensation, en aucun cas, ne saurait se réduire à sa traduction physiologique, et donc spatiale, car elle est une réalité irréductible. Plus le sujet est occupé par son présent psychologique, et moins il songe à l'écoulement spatial des causes de ses sensations, moins, en d'autres termes, il songe à mesurer le temps. Il est semblable à ces joueurs de football ou à leurs supporters passionnés que le jeu captive et qui laissent à l'arbitre le soin de regarder sa montre. C. La durée est intensive.
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Quand je suis des yeux, sur le cadran d'une horloge, le mouvement de l'aiguille qui correspond aux oscillations du pendule, je ne mesure pas de la durée, comme on paraît le croire ; je me borne à compter des simultanéités, ce qui est bien différent. En dehors de moi, dans l'espace, il n'y a jamais qu'une position unique de l'aiguille et du pendule, car des positions passées, il ne reste rien. Au-dedans de moi, un processus d'organisation ou de pénétration mutuelle des faits de conscience se poursuit, qui constitue la durée vraie. C'est parce que je dure de cette manière que je me représente ce que j'appelle les oscillations passées du pendule, en même temps que je perçois l'oscillation actuelle. Or, supprimons pour un instant le moi qui pense ces oscillations du pendule, une seule position même de ce pendule, point de durée par conséquent. Supprimons, d'autre part, le pendule et ses oscillations ; il n'y aura plus que la durée hétérogène du moi, sans moments extérieurs les uns aux autres, sans rapport avec le nombre. Ainsi, dans notre moi, il y a succession sans extériorité réciproque ; en dehors du moi, extériorité réciproque sans succession. Bergson
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Le temps se réduit-il à la durée ?