La vérité a-t-elle une histoire ? *
EXEMPLES DE RECHERCHE
Aperçu du corrigé : La vérité a-t-elle une histoire ?
Analyse du sujet :
- Le sujet prend la forme d'une question fermée, à laquelle il s'agira de répondre par « oui » ou « non » en conclusion avec les nuances qui s'imposent, au terme d'une argumentation documentée.
- La vérité s'oppose premièrement à la fausseté. Elle est universelle et ne se limite donc pas à une opinion.
- Elle est avant tout une caractéristique du discours. Elle se distingue donc du fait qui n'est par lui-même ni vrai, ni faux. Une proposition, par exemple : « il pleut » peut être dite vraie ou fausse, selon que dans les faits, il pleuve ou non. La proposition n'est cependant pas vraie par elle-même : c'est son adéquation avec le fait dont elle rend compte qui constitue le critère de sa vérité. Elle pourra très bien être fausse demain, si pour reprendre notre exemple, il ne pleut pas demain.
- On pourrait se demander si la proposition « 2 + 2 = 4 » n'est pas vraie par elle-même, contrairement à ce qu'on vient de dire. Elle n'est en fait vraie que sous certaines conditions : en base 3 par exemple, 2 + 2 = 1 donc la proposition « 2 + 2 = 4 » est fausse. Dans ce cas, c'est le contexte qui permet de déterminer s'il y a adéquation ou non.
- Dans son emploi courant, la vérité semble également être une propriété des objets : elle est alors synonyme d'authenticité, par exemple lorsque nous parlons d'un vrai tableau, pour manifester le fait qu'il n'est pas une copie.
- La vérité s'oppose enfin au mensonge. Elle est une valeur positive
- L'histoire désigne ou bien la succession des événements, ou bien la discipline historique, c'est-à-dire l'historiographie. Dans les deux cas, elle suppose une temporalité et est tournée vers le passé.
Problématisation :
Une première interprétation du sujet inviterait à ce demander s'il y a une Histoire, au sens d'une historiographie, de la vérité. Cela signifierait que l'histoire comme cours des événements dévoilerait peu à peu la vérité dont on pourrait alors faire l'Histoire. Plus exactement, l'Histoire de la vérité serait celle de sa découverte, de sa mise au jour progressive. La première question est donc :
I – y a-t-il un progrès de l'histoire vers la vérité ?
La seconde interprétation possible de l'historicité de la vérité remet immédiatement en question la première : il s'agit cette fois d'entendre l'historicité au sens strict d'une temporalité, d'une évolution dans le temps. Si justement la vérité n'est pas égale à elle-même, si son essence même est historique, alors toute idée de dévoilement d'une unique vérité perd son sens.
II – La vérité est-elle temporelle ?
La vérité désigne la réconciliation des deux premiers moments dans le dernier. L'esprit absolu, arrivé au terme de son déploiement, est pleinement réalisé, réconcilié, ou pour le dire autrement, il est parvenu à sa vérité qui est la plus pleine. Il y a donc bien une histoire de la vérité au sens de la succession des moments du déploiement de la raison qui cherche à se réaliser, à devenir véridique. II - La vérité est-elle temporelle ? Référence : Nietzsche « A force de devoir désigner une chose comme "rouge", une autre comme " froide", une troisième comme "muette", s'éveille une proportion morale à la vérité : de l'opposition au menteur, à qui personne ne fait confiance, que tous excluent, l'homme tire pour lui-même la démonstration du caractère respectable, rassurant et utile de la vérité. Il place maintenant son action en tant qu'être "raisonnable" sous la domination des abstractions ; il ne souffre plus de se laisser emporter par les impressions soudaines, par les intuitions ; il invente de généraliser toutes ces impressions en des concepts plus pâles et plus froids, afin d'y accrocher le wagon de la vie et de son action. Tout ce qui distingue l'homme de l'animal dépend de cette capacité à subtiliser en un schéma les métaphores intuitives, donc à dissoudre une image dans un concept. Dans le domaine des ces schémas quelque chose en effet est possible qui ne pourrait jamais réussir au milieu des premières impressions intuitives : édifier un ordre pyramidal selon des castes et des grades, créer un monde nouveau de lois, de privilèges, de subordinations, de délimitations, qui fait face désormais à l'autre monde, intuitif, des premières impressions comme étant ce qu'il y a de plus stable, de plus général, de mieux connu, de plus humain, et donc en tant qu'instance régulatrice et impérative. » Le geste de Nietzsche consiste à montrer que la vérité que l'on a coutume d'opposer à la fausseté s'oppose en réalité toujours au mensonge. La vérité est donc une valeur morale et jamais un absolu que l'on pourrait atteindre par une quelconque manière.
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