Y a-t-il une servitude volontaire ? *

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Sujet : Y a-t-il une servitude volontaire ?

Aperçu du corrigé : Y a-t-il une servitude volontaire ?

servitude volontaire

• Élucidez le sens des mots :
 
 — servitude: esclavage, création d'un état de dépendance forcée, de soumission totale d'une personne à une autre.
 — volontaire: émanant de la volonté, à savoir d'une décision réfléchie et consciente.
 
 • Le sens du sujet est le suivant : existe-t-il une soumission, à la fois totale et délibérée, choisie de façon réfléchie et consciente, fruit de l'allégeance d'une personne à une autre, de la vassalité consentie ?
 
 • Mais n'y a-t-il pas, en cette question même, un paradoxe ? Comment une soumission peut-elle s'effectuer à partir d'un choix ? N'y a-t-il pas là un phénomène étrange et une énigme ? Le problème est le suivant : le pouvoir n'est-il pas une énigme que la force elle-même ne saurait expliquer ? D'où l1enjeu de la question, car la question et le problème sont gros de prolongements politiques ou existentiels.
 

    » Autrement dit, par le jeu démocratique, l'obéissance est liberté dans la mesure où la loi est un effet de la volonté générale à laquelle j'ai adhéré par le contrat. On obéit volontairement mais il ne s'agit pas d'une servitude. Ne pas obéir à la loi ce serait remettre en cause le fondement de la société civile, donc mettre en péril ma propre liberté. Et c'est pourquoi Rousseau en vient radicalement à dire au chapitre VII que « quiconque refusera d'obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie autre chose sinon qu'on le forcera d'être libre. » Dès lors, comme on le retrouvera explicitement au chapitre VIII, il ne peut y avoir incohérence entre la liberté et l'obéissance dans la mesure où « l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté ». Et cette liberté peut s'étendre aussi à la morale dans la mesure où celle-ci implique de même l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite.   Transition :  Ainsi, il n'y a incohérence à parler d'une servitude volontaire puisque l'obéissance dans la forme du pacte social prend la forme de la liberté. Pourtant, s'il n'y a incohérence, cela n'implique pas pour autant qu'il y n'ait pas possibilité de penser une servitude volontaire voire de la saisir à travers l'histoire. En effet, même en démocratie, l'obéissance à la loi semble inconditionnelle au risque sinon de subir des sanctions que notre désobéissance soit légitime ou pas ; on pourrait penser alors que l'obéissance à la loi est une servitude en tant qu'elle est contraignante et pénible mais volontaire en tant que je l'accepte en vue de la conservation du lien social. En ce sens, va-t-on peut-être trop vite en besogne à refuser d'étudier la fécondité conceptuelle de l'expression ironique en apparence de « servitude volontaire ».

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