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Histoire des institutions

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Histoire des institutions
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2014-2015

Saskia Bovet

Histoire des Institutions



Partie I: L’époque Franque, les Mérovingiens et les Carolingiens (481-987)?



Partie II: L’époque féodale (?n du Xe siècle-?n du XIIIe siècle)?



Partie III: La reconstitution de la souveraineté monarchique (?n XIIIe-?n XVe)?



Partie IV: L’établissement de la monarchie absolue (?n XVe-1789)



L’histoire des institutions est l’héritière d’une double tradition, une tradition romaine et une tradition

chrétienne.


I. L’héritage de l’empire romain




La conquête de la Gaule s’est faite en deux grandes étapes, d’abord avec la conquête du Sud avec

pour capitale Narbonne, d’où le fait qu’il y a plus de romains dans le Sud de la France. Ensuite est faite la
conquête de la Gaule “chevelue” par Jules César, achevées en 51 avant notre ère et marquée par la victoire de
Jules César sur Vercingétorix à Alésia.


Quand Rome conquiert la Gaule, elle a la forme d’une République jusqu’en 27 avant notre ère, puis

d’un Empire. La Res publica romana se présente comme un régime mixte, Polybe livre cette analyse au IIe siècle
avant notre ère, c’est-à-dire que la République rassemble les trois grandes formes de gouvernements alors
connues: le gouvernement aristocratique, incarné par le Sénat détenteur de l’auctoritas, le gouvernement
monarchique, incarné par les magistrats qui exercent le même pouvoir que le roi, l’imperium à plusieurs. Ce
pouvoir inférieur à l’auctoritas est désigné comme étant un simple pouvoir de potestas. La république est aussi
démocratique, à travers les comices qui votent la loi.


Le pouvoir de l’Empereur est particulier car il reçoit trois pouvoirs: l’auctoritas, jamais con?ée à un

individu auparavant, l’imperium pro consulaire, sans limite, et la tribunicia potestas, le pouvoir des tribuns. Il est le
seul à détenir ces trois pouvoirs, et c’est ce rassemblement des trois pouvoirs qui marque le passage à
l’Empire.


La chute en 476 est provoquée par Odoacre, qui va vaincre le dernier Empereur de Rome et qui va

renvoyer à Constantinople les insignes de l’Empereur d’Occident. Les barbares règnent alors en Gaule, et
particulièrement les Francs. Ces barbares étaient parfois des ennemis de Rome, mais aussi parfois des alliés, et
ils vont avoir à coeur dans les premières années de s’inspirer du modèle romain, notamment pour recevoir un
double soutient: celui des populations gallo-romaine et celui de l’Eglise.


Rome a pu être in?uente en France car elle a fait assez tôt la conquête de ce territoire, en deux

phases. Rome a conquis le Sud de la France et la vallée du Rome, dont la conquête s’est terminée en 121. Il

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s’agit alors de la Gaulle narbonnaise, car la conquête s’est faite depuis Narbonne, qui est la capitale de ce
territoire. De nombreux romains s’installent sur ce territoire, et c’est la raison pour laquelle les romains seront
toujours plus nombreux sur ce territoire. Le Nord de la Gaulle, la Gaulle chevelue, est également envahie et
la conquête s’achève en 51 avant notre ère avec la victoire de César sur Vercingétorix à Alesia.
La Gaulle va connaitre deux régimes romains, la République et l’Empire. Pour la République romaine,
qui commence en 509 et s’achève en 27, il est nécessaire de se rappeler l’analyse de l’historien grec
Polybe qui a montré que cette respublica était un régime mixte, qui combine les trois formes de pouvoirs
alors connues: l’aristocratie (incarnée par le Sénat, qui détient l’auctoritas), la monarchie (incarnée par les
magistrats, détenteurs du pouvoir de la potestas, inférieur à l’auctoritas) et la démocratie (incarnée par les
commises, qui votent la loi). La représentation de l’Empire est également transmise, et les historiens
rappellent que l’Empereur réuni en ses mains trois pouvoirs: l’auctoritas (qui n’avait jusqu’alors jamais était
détenue par une seule personne), l’imperium et la puissance tribunitienne (pouvoir de s’opposer aux autres).
L’Empereur ne fera pas toujours le même usage, il se nomme d’abord le princeps, puis devient le dominus, le
maître.
Cet héritage va pouvoir être transmis car en 476 ce sont les Francs qui vont prendre essentiellement le
pouvoir, et ils revendiquent cet héritage de Rome.



II. L’héritage de l’Eglise catholique



1. L’avènement et le développement du christianisme



Le christianisme apparait au Ier siècle, dans l’Empire romain, suite à la prédication de Jésus en

Palestine. Jésus a reçu l’onction, et on l’appelle alors le Christ, qui signi?e en grec “celui qui a reçu l’onction”.
Il donne son nom de baptisé à une nouvelle religion, la religion chrétienne, qui se veut universelle. Le terme
d’Eglise est forgé sur le terme grec d’ecclesia, l’assemblée de tous les chrétiens. Le judaïsme est l’autre religion
monothéiste qui la précède, puis la religion musulmane nait vers le VIe siècle.


Ce monothéisme gène car les romains ont encore une religion polythéiste, et surtout les romains

doivent prêter un serment à l’Empereur et aux dieux de Rome, les fonctionnaires et les soldats doivent
également prêter ce serment, serment que les chrétiens refusent de prêter. L’Empereur considèrent que les
chrétiens refusent de se soumettre à son pouvoir, et c’est le même problème pour le judaïsme. Un autre
problème se pose pour les chrétiens, le christianisme prône le prosélytisme, le développement des conversions.
Pour les chrétiens, les romains adorent de fausses idoles, l’Empereur se prend pour un faux dieu. Cette
attitude va créer une politique de persécutions menées par les Empereurs de Rome, particulièrement au IIIe
siècle, avec l’Empereur Dioclétien, car les chrétiens ne veulent pas rejoindre l’armée romaine alors que Rome
est en guerre. L’Empereur Constantin va ?nalement se convertir au christianisme, en 313 avec l’édit de
Milan il décide d’autoriser le christianisme, il devient religio licita, puis en 380 avec l’édit de
Thessalonique il devient la seule religion autorisée.

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Avant ces dates, un culte monothéiste est répandu parmi les romains, celui du sol invictus, et la religion

chrétienne emprunte beaucoup à ce culte. Selon la légende, Constantin s’est convertit au christianisme suite à
un rêve, dans lequel il a vu deux lettres grecs (CHI et RHO, les premières lettres de Christ) sur un bouclier.
On observe un syncrétisme des croyances entre ce culte du soleil et celle du christianisme, ce qui explique en
partie son succès.
Cette caractéristique va donner son nom à la religion du christianisme, qui est alors la deuxième plus
importante religion, après le judaïsme et avec l’islam. Ce monothéisme pose problème dans l’Empire romain
qui est alors polythéiste, et surtout la vie sociale et le pouvoir de l’Empereur s’appuie sur le polythéisme, si
bien que les chrétiens se coupent de la vie sociale et de la vie politique romaine. Ils refusent de prêter serment
à l’Empereur et d’entrer dans l’armée romaine, ainsi que toutes les fonctions publiques qui impliquent un
serment au pouvoir impérial. Le christianisme est également prosélyte, le fait de vouloir diffuser sa foi,
contrairement au judaïsme qui était religio licita au sein de l’Empire.
L’Empereur Constantin décide de se convertir au christianisme en 312, et avec l’édit de Milan, en 313, le
christianisme devient religio licita. L’édit de Thessalonique placera cette religion comme seule autorisée.


2. La confrontation du christianisme et du pouvoir politique



Par principe, l’Eglise ne se mêle pas à la politique, le pouvoir de Dieu n’a pas vocation à remplacer

celui de l’Empereur, au contraire elle prône l’obéissance à celui-ci. Le pouvoir spirituel n’est censé s’appliquer
qu’après la mort. La séparation entre l’Eglise et l’Etat s’exprime dans deux phrases essentielles de l’Evangile:
• “Mon royaume n’est pas de ce monde”, Jesus, dans l’Evangile selon Jean;
• Matthieu raconte dans son Evangile que Jésus discute avec des chrétiens qui lui exposent leur problème, ils
ne veulent pas payer d’impôt à un Empereur qui les persécute, Jésus leur demande de lui amener l’argent
destiné à l’impôt et montre les pièces à l’ef?gie de l’Empereur en disant “rendez à César ce qui est à César et à
Dieu ce qui est à Dieu”.
Dans la Bible on trouve également des arguments contraires qui vont mener l’Eglise et le pouvoir politique à
s’opposer. Dans l’Evangile selon Jean, il est raconté que Jésus comparé devant Pilate, le représentant romain
dans une province, et Jésus refuse de répondre à ses questions. Pilate ?nit par lui dire: “Tu ne me parles pas, ne
sait tu pas que j’ai la potestas de te cruci?er”, et Jésus répond: “Tu n’aurais aucune potestas contre moi si cela ne t’avait été
donné d’en haut”. Cela signi?e que tout pouvoir vient de Dieu et établie une hiérarchie des pouvoirs, Dieu
détenant l’auctoritas et déléguant la potestas selon sa volonté.
Le pouvoir politique a sa part de responsabilité car il s’est servit du christianisme, notamment l’Empereur
romain qui s’en est servit en af?rmant qu’un Dieu unique avait forcément choisi un représentant unique sur
Terre et ainsi élimine toute concurrence politique. Le christianisme est aussi utilisé pour justi?é la monarchie
de droit divin.

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3. La structuration de l’Eglise catholique



Rome avait mis en place une administration très solide, puissante est ef?cace, et l’Eglise va copier

cette organisation. Les romains avaient découpés le territoire en circonscription, en civitas, et l’Eglise crée des
circonscriptions au nom de diocèse, avec à leur tête un évêque. L’évêque de Rome prend la tête de l’ensemble
des évêques et a à ses côtés une chancellerie pour la mise en forme des décrétales.


Lorsque l’Empire romain s’effondre en 476, les structures de l’Eglise catholique vont subsister, ce qui

explique l’autorité qu’elle garde à la chute de Rome. Grace à cette organisation, l’Eglise va transmettre à
l’Occident médiéval la culture antique, notamment la pensée des philosophes grecs.
L’Eglise, lorsqu’elle se diffuse dans l’Empire romain, elle va s’organiser en prenant exemple sur
l’administration impériale en découpant le territoire en circonscriptions qui sont les mêmes que les
circonscriptions romaines, qui sont les cités au niveau politique et les diocèses au niveau religieux. C’est
l’évêque qui prendra la direction de ce diocèse, et l’Eglise apparait alors comme très organisée dans l’Empire,
ce qui lui permettra de persister.
Cette administration va pouvoir transmettre l’héritage de l’Antiquité à tout l’Occident médiéval, la culture
antique, la philosophie grecque notamment, avec la pensée d’Aristote, le droit romain et les concepts
politiques utilisés à Rome.



Première partie: L’époque Franque



Chapitre premier: Les Mérovingiens



Section 1: La dynastie mérovingienne



§1. Le père et le ?ls



La dynastie mérovingienne est issue d’une tribu barbare, celle des francs saliens, elle tire son nom

d’un ancêtre mythique, Mérové, avec deux grands rois: Childéric le père de Clovis, et Clovis lui-même. Ils
sont les chefs, les rois de cette tribu de francs saliens qui viennent des Pays-Bas actuels, et vont s’installer sur le
territoire de l’Empire romain vers 350, sur la rive droite du Rhin. Ils sont rapidement les alliés de Rome avec
laquelle ils passent un traité, le fedus.


Childéric, le père de Clovis, cumule un double statut: il reste le roi des francs saliens, et dans le même

temps il reçoit le statut de général de l’armée romaine. Il a régné entre 460 et 481, c’est un roi païen mais il
reçoit le soutien de la population romaine de par le fait qu’il la protège. Il est connu notamment avec la
découverte de son tombeau en Belgique, dans lequel il s’est fait enterrer avec tous ses chevaux, comme le
voulait la tradition des francs saliens, mais enveloppé dans le manteau rouge des généraux romains et avec à
son doigt un anneau qui lui permettait de sceller les actes sur lequel était marqué Childericus Rex, les romains
lui ont laissé son statut, son autorité sur sa population.?

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Clovis règne à partir de 481, quand il est hissé sur le pavois comme un roi Franc. C’est un roi païen,

mais il est tout de suite félicité par l’évêque de Reims, Clovis reçoit le soutien des populations gallo-romaines.
Il reste avant tout un roi barbare, ce qui est illustré par l’anecdote du vase de Soisson: lors de ses conquêtes,
Clovis fait piller les églises et dans l’un de ces pillages un vase est volé dans une église. L’évêque de Soisson
demande à Clovis de restituer ce vase, ce que promet Clovis. Les parts du butins doivent être attribuées par
tirage au sort, aussi Clovis demande que le vase soit retiré du butin a?n d’honorer sa promesse, et tous
acceptent sauf un. La part contenant le vase revient à Clovis, ainsi il peut honorer sa promesse, mais on voit
qu’il n’a pas pu éviter les règles franques. Il n’est qu’un soldat, et ne peut pas se soustraire aux règles de
l’armées. Grégoire de Tours raconte cette histoire, et écrit qu’un an plus tard, Clovis passe ses troupes en revu
et voit le soldat qui lui avait résisté, et sous le prétexte que ses armes sont mal rangées il lui tranche la tête en
disant: “Souvient toi du vase de Soissons”.


§2: La conversion de Clovis et l’unité du territoire



Clovis s’attaque rapidement à ceux qui détiennent une autorité en Gaule, notamment il vainc

Syagrius en 486 dans la ville de Soisson. En 491 il vainc la tribu des Thuringiens qui se trouve à l’Est, et la
même année il se rapproche des Burgondes en épousant la ?lle du roi Burgond, Clotilde, une princesse
chrétienne. Ce marie renforce l’alliance entre Clovis, les gallo-romains et l’Eglise, et suite à celui-ci Clovis
reçoit le baptême.


A. La conversion et le baptême de Clovis



Grégoire de Tours raconte que Clovis était pressé par Clotilde de se convertir au christianisme mais il

s’y refusait. La veille d’une importante bataille, contre les Alamans en 496, il aurait prié le dieu chrétien, et il
remporte la bataille. Clotilde fait ensuite venir Rémi l’évêque de Reims pour donner une éducation religieuse
à Clovis, et en?n il reçoit le baptême le 25 décembre 496 ou 498.


Les baptêmes ne sont généralement pas fait pendant Noël mais à Pâques. Ce jour a été choisit pour

marquer la naissance d’un royaume nouveau. Clovis a reçu le baptême dans la cathédrale de Reims, par
l’évêque Rémi. Il se serait présenté avec ses guerriers, et l’évêque lui aurait dit depone colla, pour qu’il dépose
les symboles de sa religion païenne, tous les guerriers ont du s’avancer tête nue pour se faire baptiser. Rémi
lui aurait dit: “Adore ce que tu as brulé, et brûle ce que tu as adoré”.


Cet événement a une portée exceptionnelle, Clovis lorsqu’il reçoit le baptême n’est pas le roi le plus

puissant en Gaule, il a un adversaire chrétien plus puissant, le roi des Wisigoths Alaric II qui a été l’allié de
Rome. Alaric est celui qui aurait du recevoir le soutient des gallo-romains et de l’Eglise, mais il ne le reçoit
pas car il a décidé de croire en une doctrine divergente de l’Eglise, l’arianisme. Il s’agit d’une doctrine qui
refuse de reconnaitre à Jésus une nature divine, Jesus n’est pas Dieu mais un simple homme. Cette doctrine
est refusée par l’Eglise catholique, car si Jésus n’est qu’un homme, les romains ont eu raison de le cruci?er, ils

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en avaient le droit. L’arianisme a été condamné lors du conseil de Nicée en 325, mais Alaric tient à cette
croyance et les gallo-romains craignent des persécutions de sa part. L’Eglise va faire le choix de soutenir un
roi moins puissant mais qui adopte sa doctrine of?cielle. Juste après son baptême, Clovis reçoit une lettre de
l’évêque de Vienne, qui lui écrit: “votre foi, c’est notre victoire”. L’Eglise reconnait alors en Clovis le princeps, le
premier d’entre tous les chrétiens, il a vocation à régner sur tous les chrétiens. Clovis va continuer à
combattre ses ennemis, mais il apparait alors comme un roi chrétien qui combat des hérétiques.
?


Clotilde faisait pression sur Clovis pour qu’il se convertisse au christianisme, et il décide d’essayer en

priant avant une grande bataille et en disant que s’il la remporte il se convertit. Il la remporte en 496, contre
les Alamans (parallèle avec Constantin), et se convertit. Clotilde avertit l’évêque de Reims, Rémi, pour qu’il
donne une éducation religieuse à Clovis, et à la ?n de l’année 496 Clovis doit recevoir son baptême, et Rémi
décide qu’il aura lieu le 25 décembre alors que les baptêmes avaient lieu à Pâques. Ce choix symbolise la
naissance d’un royaume nouveau, un royaume catholique. Grégoire de Tours raconte que Rémi a fait venir
tous les évêques de Gaulle et Clovis avec tous ses guerriers à Reims. Avant qu’il n’entre dans l’Eglise, il leur a
dit: “depone colla”, déposez vos colliers. Clovis entre et Rémi prononce la phrase: “Adore ce que tu as brûlé,
brûle ce que tu as adoré” en donnant l’onction. Cet événements une portée politique car Clovis n’est pas
alors le roi le plus puissant en Gaulle, qui est Alaric II. Ce grand roi a adopté une doctrine déviante du
christianisme, l’arianisme, selon laquelle Jésus n’est pas de nature divine, même s’il est le ?ls de Dieu. L’Eglise
combat cette doctrine et la condamne en 325 au conseil de Nicée. Alaric se serait livré à des persécutions
contre les Gallo-Romains, c’est pour cela que le baptême de Clovis est bien accueilli par les Gallo-Romains
qui ont un chef barbare à leur côté, et par l’Eglise. Après son baptême, Clovis a reçu une lettre de l’évêque
de Vienne avec cette phrase: “Votre foi c’est notre victoire”. L’Eglise lui donne aussi le titre de princeps, qui est
alors le premier des chrétiens, il est alors présenté qui a vocation à lutter contre les hérétiques, les autres rois
barbares qui ne sont pas catholiques.


B. La conquête des Gaules et l’unité du monde Franc



Après son baptême, Clovis remporte des victoires importantes: une dé?nitive contre les Alamans en

506, puis en 507 il vainc Alaric II, le roi des Wisigoths. Pour célébrer ces victoires, Grégoire de Tours raconte
qu’un triomphe aurait été fait à Clovis et que l’Empereur romain d’Orient se serait déplacer pour y
participer.


Le triomphe était la cérémonie romaine réservée aux plus hauts généraux après d’importantes

victoires. Le général victorieux recevait le privilège de pouvoir monter jusqu’au Capitole a?n de remercier
Jupiter. Le général est fardé de rouge et vêtu de rouge, il porte une couronne de laurier: il est la
personni?cation de Jupiter lui-même. Il dé?le, à la ?n de la ?le avec devant lui différents groupes: en premier
se trouve les porteurs des dépouilles enlevées à l’ennemie, puis des taureaux blancs qui vont être sacri?és, des
prisonniers qui seront exécutés, et en?n le vainqueur monté sur son char. Il est entouré de comédiens et

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d’esclaves, dont certains chantent ses louanges et d’autres se moquent de lui pour éviter de rendre les dieux
jaloux. Un esclave est présent aux côtés du vainqueur, et tout le long de la cérémonie il lui murmure “memento
mori”, souviens toi que tu vas mourir, que tu n’es qu’un homme.


Grégoire de Tours raconte qu’un tel triomphe aurait été célébré en l’honneur de Clovis après sa

victoire sur les Wisigoths, et il af?rme que l’Empereur Anastase serait venu de Constantinople pour assister à
ce triomphe, et à l’issu de celui-ci il aurait donné à Clovis les insignes du consulat, le manteau rouge et le
diadème impérial. Ce geste serait le signe de la reconnaissance par l’Empereur de Clovis comme son
successeur. L’auteur de ce récit souhaite présenter Clovis comme étant dans la ligné des Empereurs romains.


Clovis choisit une capitale pour son royaume, il choisit Paris. Il se rapproche ensuite d’un peuple

pour renforcer l’unité, celui des Francs ripuaires. Il est proche de ces Francs car avant d’épouser Clotilde il
s’était déjà marié avec une princesse ripuaire avec laquelle il a eu un ?ls, Thierry, qui est au côté de son père
lorsqu’il a choisit Paris comme capitale. Ce premier mariage apparait comme païen par l’Eglise, aussi celle-ci
a admis le second mariage avec Clotilde, princesse chrétienne. Avec l’aide de son ?ls, Clovis va monter sur le
trône des Francs ripuaires en manoeuvrant habilement. Les Francs ripuaires avant un roi, Sigebert le Boiteux,
un roi malade, qui avait un ?ls, Clodéric. Clovis a indiqué à Clodéric que si son père disparaissait, ce serait lui
qui serait reconnu comme le roi des Francs ripuaires. Clodéric a alors fait égorger son père, puis Clovis a fait
punir Clodéric pour ce parricide et a réuni les Francs ripuaires pour les informer de l’acte de Clodéric, qui a
alors été exécuté. Les Francs ripuaires ont alors hissé Clovis sur le pavois, qui est devenu leur roi, en 510.


Section 2: Le gouvernement du roi Mérovingien



§1: La conception du pouvoir



Sous l’Empire romain, qui s’achève en 476, les populations étaient habituées à obéir à l’Empereur, et

celui-ci était longtemps apparu comme légitime, essentiellement pour deux raisons. La première raison est la
règle de succession à l’Empire, car sauf exception le pouvoir n’était pas héréditaire: l’Empereur
s’efforçait de choisir le meilleur candidat qu’il adoptait ensuite pour qu’il lui succède. La seconde raison est
que l’Empereur ne gouverne pas en son nom propre et dans son intérêt personnel, il est soumis à une
norme supérieur, la res publica. L’Empereur romain doit imposer le respect de cette norme supérieure.


Ceci explique que les biens de l’Empereur ne lui appartienne pas en réalité, ils appartiennent à l’Etat

romain, aussi l’Empereur doit les préserver a?n de les transmettre à son successeur. Ces principes ont peu à
peu perdu de leur force car à partir du IIIe siècle, Rome traverse une grave crise qui débute 235 et ?ni en
284. Le pouvoir impérial est alors contesté puisqu’il y a des Empereurs auto-proclamés partout dans
l’Empire. Pendant tout le Bas-Empire, les citoyens ne se soumettent plus à l’Empereur, ils refusent de payer
l’impôt et de rentrer dans l’armée romaine car ils considèrent que l’Empereur ne garantit plus leur sécurité.

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Clovis, conseillé par l’Eglise, va tenter de restaurer quelques grands principes de l’Empire romain,

mais dans le même temps il reste un roi très marqué par les coutumes germaniques qui façonnent un pouvoir
particulier.


A. Les traditions Franques: les liens personnels et la patrimonialité du royaume




Les prérogatives de puissances publiques sont comprises d’abord comme des biens privés, que le roi

peut transmettre à ses héritiers.


1. Le développement des liens personnels et l’autorité du roi



Clovis est d’abord un chef militaire, et il ne lui est pas aussi évident de se faire obéir du reste de la

population. Pour se faire obéir de la population civile, Clovis développe l’usage des serments, et tous les sujets
vont prêter un serment de ?délité, le leudesamio, ceux qui prêtent ce serment sont les leudes. Les galloromains le prêtent également, ils prêtés déjà un serment à l’Empereur. En vertu de ce serment, le roi Franc
est obéit par l’ensemble de ses sujets.


Un autre serment est prêté, le serment d’antrustion, beaucoup plus contraignant: ce sont des

proches du roi qui vont le prêter, des individus qui vivent avec le roi. Ce serment les oblige à obéir corps et
âme au roi. Il faut procéder à un rite pour le passer, la commendatio: celui qui prête le serment se présente
les mains jointes devant le roi et place ses mains jointes dans celles du roi. Ce rite sera régulièrement utilisé au
Moyen-Âge pour s’obliger envers un individu. En vertu de tous ces serments, le roi mérovingiens règne
d’avantage sur des individus que sur un territoire, l’autorité du roi est personnelle.


Par rapport à toutes ces populations, le roi va exercer deux pouvoirs:

- Le pouvoir de ban, ou bannum en latin, qui est un pouvoir de commandement qui permet de poser des
règles obligatoires et de rendre la justice en sanctionnant ceux qui ne respectent pas ces règles. Ce pouvoir
permet aussi au roi de convoquer les hommes libres pour l’armée mérovingienne, l’ost, ou au tribunal
franc, le mallus.

- Le roi a aussi le pouvoir du mundium, ou la mainbour, qui permet de protéger certaines personnes,
notamment les plus faibles, ou des lieux, notamment les lieux de culte. Si jamais quelqu’un ne respecte pas
cette protection, cet individu devra payer une composition pécuniaire dont le montant est prévu par la loi
salique, et celui qui refuse de payer est forban, “extérieur au pouvoir de ban”, qui peut être mis à mort
par n’importe qui.


2. La patrimonialité du royaume



Clovis décédé en 511 en laissant quatre ?ls qui vont se partager le royaume en application d’une

coutume franque selon laquelle le pouvoir royal ne peut appartenir qu’à la famille de Clovis, et ce pouvoir

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appartient plus particulièrement à sa descendance mâle. Dans ce partage du royaume, il y a l’idée que les
Francs et les Mérovingiens sont incapables de s’élever jusqu’à l’idée d’intérêt publique car les Francs
partagent ce royaume comme un bien privé. Le royaume est comme entré dans le patrimoine privé du roi, et
à sa mort, comme tous les biens privés, il le partage entre ses enfants. Il partage les terres mais aussi les
prérogatives de puissance publique: le pouvoir législatif, le pouvoir de justice, le pouvoir de prélever l’impôt et
le pouvoir de faire la guerre. À la différence de l’Empereur romain, le roi Franc n’a jamais l’idée que le
royaume puisse appartenir à l’ensemble des sujets. L’intérêt public supposait que le royaume reste uni?é, uni
et indivisible, alors que l’intérêt privé commande que chaque héritier reçoit sa père. Il y a alors un
affaiblissement de la puissance du royaume Franc.


Cette conception patrimoniale doit être nuancée car le royaume n’est pas exactement partagé entre

tous les héritiers, chez les Francs le pouvoir n’est pas complètement héréditaire car un autre principe existe,
celui de l’élection. À la mort du roi, les “grands” du royaume, l’aristocratie guerrière, se réunissent et élisent
le nouveau roi, au sein de la dynastie mérovingienne, et ils peuvent parfois oublier des candidats, quand les
?ls du roi ne paraissent pas à la hauteur. L’hérédité est ici corrigée par ce choix de l’aristocratie guerrière.


Lorsque le royaume est transmis, certaines précautions sont prises pour assurer une cohérence

territoriale. Les ?ls de Clovis ont reçu une terre avec laquelle ils avaient des liens, où ils étaient obéit. Thierry,
le ?ls ainé, reçoit la terre des Francs ripuaires, la terre de sa mère.


Même si le royaume apparait partagé, les héritiers chercheront à gouverner ensemble. Les ?ls de

Clovis choisissent des capitales proches les unes des autres: Reims, Paris, Orléans et Soissons.


Les frères se feront des guerres entre eux, ce qui est le signe qu’il y a bien une conception d’unité du

royaume, ces batailles visant la restauration de l’unité.


B. Les traditions romaines et chrétiennes



Dès le règne de Clovis, le début du règne des Mérovingiens, il y a une volonté de la part de l’Eglise

d’inscrire Clovis dans la continuité du pouvoir impérial romain. Voilà pourquoi notamment Clovis a reçu le
baptême en 498 au plus tard, pourquoi il a reçu le titre de Princeps et pourquoi l’Eglise a organisé la
cérémonie du triomphe pour Clovis.


Clovis et tous les Mérovingiens font deux emprunts essentiels au monde romano-chrétien:

- le caractère sacré de la royauté: depuis Constantin, il est admis que l’Empereur romain tient son
pouvoir de Dieu, et celui-ci aurait transmis à l’Empereur une part de ses vertus divines, aussi Clovis
comme Constantin, à partir de son baptême, n’a plus tout à fait la même nature qu’auparavant, il a en lui
une part divine qui s’accorde parfaitement avec l’idée que la famille de Clovis est dotée de pouvoir
magique du fait de son ancêtre mythique et de la longue chevelure des Mérovingiens. Ces deux idées
païennes et chrétiennes se rejoignent pour renforcer le pouvoir du roi Mérovingien.

- Les titres empruntés à Rome avec le pouvoir qui y correspond: Clovis reçoit le titre de Princeps,
comme l’Empereur du Haut-Empire, il reçoit également l’auctoritas, l’Eglise considère qu’il détient se

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pouvoir sans cérémonie et cela permet à Clovis de déléguer le pouvoir inférieur de la potestas à des
individus qui vont l’aider à gouverner tout en restant soumis au roi Mérovingien.


Il s’agit d’emprunts surtout théoriques car le roi Mérovingien peut se parer de tous les titres mais en

réalité il ne sera obéit que lorsqu’il sera suf?samment fort pour se faire respecter, personne n’obéira à un roi
faible si sacré soit-il. Le roi Mérovingien va tenir ses auxiliaires tant qu’il aura la force nécessaire, mais quand
il deviendra faible ils prendront leurs indépendances vis-à-vis de ce roi. Les principes romains ne suf?ront pas
à garantir l’obéissance au roi. Le roi Mérovingien ne peut pas gouverner ni légiférer seul, dans la pratique il
est obligé de recueillir l’avis des “grands” du royaume, les plus grands guerriers du royaume qui combattent
aux côtés du roi, et lorsqu’il veut prendre une décision il doit convoquer un plaid. Ce plaid est l’assemblée
des hommes libres, seuls les guerriers se rendent à cette assemblée.


À partir de cette situation, on dira que la monarchie en France a une tradition, celle du

gouvernement par conseil. Depuis les origines, ce plaid franc, le roi recueil l’avis des grands personnages du
royaume. L’aristocratie utilisera cet argument pour prétendre gouverner aux côtés du roi.


§2: L’administration Mérovingienne



L’administration n’est pas encore complètement organisée, et sa nature n’est pas encore totalement

publique. Il s’agit d’une ébauche d’administration, mais nous trouvons déjà une sorte d’administration
centrale, le Palais, et une ébauche d’administration locale, avec les auxiliaires du roi, installés sur
l’ensemble du royaume.


A. Le Palais



Il s’agit d’un centre de pouvoir itinérant, qui se déplace dans les différents lieux de résidence du roi

mérovingien. Ce terme vient du vocabulaire romain, le terme palatinus, l’une des sept collines de Rome, où se
trouvait la résidence du l’empereur romain. Ce palais est une sorte d’administration centrale, mais elle n’est
pas ?xée dans un lieu précis. Elle est composée d’un groupe d’individus qui accompagne le roi dans tous ses
déplacements. Dans ce palais se trouve les plus proches collaborateurs du roi, ceux qui l’accompagne dans
tous ses déplacements, les antrustions qui ont passé le serment le plus contraignants, des convives invités
pour quelques temps à séjourner aux côtés du rois, et les ?ls de l’aristocratie naissante envoyés pour faire
leur éducation militaire et politique.


Au sein du palais se trouve aussi des individus aux fonctions déterminées, ils sont la première ébauche

de gouvernement. On les distingues selon qu’ils sont religieux ou laïcs. Les premiers de ces religieux sont des
ecclésiastiques, le grand administrateur religieux étant le chapelain qui s’occupe de al chapelle royale, il
éduque le roi mérovingien aux principes chrétiens, et il vient légitimer la puissance du roi. On distingue
également trois catégories de personnages laïcs, des individus aux fonctions domestiques, qui s’occupent de la

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domus, la maison du roi. Pour la plupart d’entre eux, leurs fonctions domestiques vont se doubler d’attribution
publique:
• Les simples domestiques sont au Palais à titre privé, comme le bouteiller qui s’occupe de la cave du
roi.
• Les individus qui mêlent fonction privé et publique, comme le camérier qui s’occupe de la
chambre du roi dans laquelle il sert le roi et où il doit garder le trésor Mérovingien, il enregistre tout ce qui
entre et sort de ce trésor. Le maréchal se trouve également dans cette catégorie, il s’occupe des chevaux
du roi, et il commande la cavalerie royale, et également le majordome, major domus en latin, le premier
of?cier de la maison, il commande tous les autres à l’intérieur de la maison. Les Mérovingiens l’appelle
aussi le maire du palais, il a des attributions générales, il surveille le Palais.
• Les individus n’ayant que des fonctions politiques, par exemple le référendaire, le secrétaire du
roi, il met certains actes, les ordres du roi, par écrit. Le terme de référendaire est emprunté à l’Empire
romain. Le comte du Palais a la charge de la justice et il s’occupe particulièrement du tribunal du
Palais. Ce tribunal est part principe présidé par le roi, et par le comte du Palais en l’absence du roi. Dans
tous les cas, le comte est chargé de l’instruction de l’affaire, il prépare les affaires portées devant le
tribunal. Ce tribunal est compétent pour toutes les personnes placées sous la protection du roi, sous la
mainbour, le mundium, soit les veuves et les orphelins essentiellement. Ce tribunal a aussi une autre
compétence, il interviendra chaque fois que la juridiction de droit commun, le malus, n’aura pas jugé, aura
commis un déni de justice. Il est également compétent lorsqu’un individu sera mécontent du jugement
rendu par le malus. Il s’agit d’une ébauche d’un système d’appel.


B. Les auxiliaires territoriaux



Il s’agit des individus installés sur l’ensemble du territoire, ce sont des auxiliaires géographiquement

éloignés du roi et ils sont attachés à un territoire sur le royaume. Dès le départ, le roi Mérovingien s’efforce
d’installer ces auxiliaires partout sur le royaume a?n que son autorité soit diffusée, relayée partout. Ces
individus sont appelés les comtes, ils ont sous leurs ordres d’autres auxiliaires, appelés les centeniers dans
le Nord et les viguiers dans le Sud.


1. Le choix des auxiliaires



Les comtes sont librement choisis par le roi en théorie, mais rapidement quelques grandes familles

s’imposeront. Dans le Sud, ce sera l’aristocratie romaine, et dans le Nord l’aristocratie franque. Au sein de ces
familles, les fonctions comtales tendent à se transmettre de façon héréditaire.


2. L’obéissance des comtes

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Le roi va se faire obéir de ses comtes grâce à deux techniques distinctes, la première étant celle de la

délégation de pouvoir, le roi détient l’auctoritas, mais délègue le pouvoir de protestas aux comtes. La seconde
technique double la première, les comtes prêtent un serment au roi, un serment de ?délité, d’obéissance,
c’est une technique franque, et elle montre que la technique romaine est insuf?sante en soi.


3. Les missions des comtes



Les comtes ont une mission générale, dans leur circonscription ils exercent quasiment les mêmes

fonctions que le roi, l’administration n’est pas encore spécialisées. Ces fonctions sont exercées sur un
territoire, dans une circonscription, le comté. Au nord elles sont appelées le pagus, le pays, et au sud la
civitas, la cité. On parle ?nalement et simplement de comté uniquement, lorsque le comte est dé?nitivement
?xé sur ce territoire. Dans ce territoire le comte a une mission générale de gouvernement et de paix, il se doit
de faire régner l’ordre. Il joue essentiellement trois rôles: d’abord un rôle militaire, il convoque les guerriers
à l’armée royale, l’ost, et il peut commander les troupes de son territoire. Il joue aussi un rôle ?scal, il
prélève l’impôt auprès des populations. Il joue en?n un rôle judiciaire, il préside la juridiction de droit
commun, le malus, présent dans chaque comté. C’est dans cette juridiction qu’est posée la question “sous
quelle loi vis-tu?”, c’est donc la personnalité des lois qui s’applique. Le comte met ensuite en oeuvre la
procédure, qui le signe d’un Etat encore très faible, c’est une procédure accusatoire, le comte ne se saisira
jamais lui-même d’une affaire, il doit attendre qu’il y ait un accusateur qui se présente (ex.: dans le cas d’un
meurtre, si personne ne se plaint, aucune procédure n’est lancée). Le comte ne recherche pas non plus les
preuves dans l’affaire qui lui est soumise, il se contente des preuves fournies par l’accusateur et l’accusé.
Ces procédures est marquée par une grande égalité entre les parties, ainsi si l’accusé est accusé pour un
crime, il va être emprisonné dans l’attente du procès et l’accusateur également, ils tiennent prison, a?n
d’éviter les accusations à la légère. La prison à cette époque n’est pas considérée comme une peine, la seule
qui existe est la détention préventive, dans l’attente du procès. Cette procédure est aussi marquée par un
mode de preuve particulier, les parties prêtent serment. On jure devant Dieu que l’on a pas commis tel acte,
et ce sont les deux parties qui prêtent serment. L’accusateur jure que l’accusé a commis un crime et l’accusé
jure, généralement, qu’il n’a pas commis le crime, aussi il y en a un qui ment, il faut donc l’identi?er. Pour le
savoir, savoir qui est l’auteur du parjure, on recourt à l’ordalie, c’est Dieu qui désigne le coupable et
l’innocent. Les deux parties se soumettent à une ordalie bilatérale, pour les nobles il s’agit du duel judiciaire,
et celui qui survit est innocent. Pour ceux qui ne sont pas aristocrates, on utilise l’ordalie des bras en croix,
orle coupable sera le premier à baisser les bras. L’ordalie peut aussi être unilatérale, généralement subie par
l’accusé, l’ordalie de l’eau et l’ordalie du feu. Ce système parait irrationnel, en réalité il ne l’est pas, les juges
du malus, le comte et les hommes libres qui le composent, ont une intime conviction, après l’examen des
preuves fournies, mais leur autorité n’est pas suf?sante pour qu’ils puissent l’imposer, aussi ils ont recours à
l’autorité de Dieu. Il suf?sait donc en réalité d’orienter les résultats de l’ordalie, et les juges pouvaient laisser

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les parties s’entrainer, aussi ce sont bien les hommes qui rendent le jugement mais ils font comme s’il était
rendu par dieu a?n qu’il s’impose. Lorsque l’autorité du juge sera suf?sante on pourra se passer des ordalies.


4. La rémunération des comtes:

L’argent ne circule plus, aussi les comtes sont rémunérés en nature, ils reçoivent la jouissance d’une terre, on
parle plus particulièrement de saisine, qui est un droit réel. Sur un même bien il peut y avoir plusieurs
saisines, qui sont hiérarchisées. Le comte reçoit une saisine inférieure sur une terre qui appartient au roi, qui
conserve la saisine supérieure. La saisine que reçoit le comte lui permet de prélever des récoltes sur ces terres,
qui sont sa rémunération. Il s’agit de la rémunération principale du comte mais il en existe d’autre. Le comte
convoque les hommes libres à l’ost et au malus, et lorsqu’ils ne répondent pas à la convocation ils doivent payer
des amendes au comte.


Le roi Mérovingien dispose à ses côtés et sur tout le territoire d’une aristocratie puissante qui lui est

dans un premier temps dévouée, mais l’autorité du roi va s’affaiblir tandis que ces auxiliaires, notamment les
comtes qui sont solidement installés sur leurs comtés, vont apparaitre aux yeux des populations comme les
véritables chefs. Peu à peu, le pouvoir ne sera plus central, le pouvoir effectif sera local. Après la chute des
Carolingiens, les comtes deviendront des seigneurs.


Section 3: Le roi Mérovingien et l’Eglise



Le roi protège l’Eglise, mais il va aussi l’utiliser.



§1: Le roi protecteur de l’Eglise catholique



Le roi protège dans le royaume les deux clergés qui existent:

- Le clergé séculier est tenu par les évêques, installé dans les villes et soumis au Pape. Ce clergé a une
activité législative, il se réunit en conciles et rend des canons.

- Le clergé régulier est soumis à une règle de vie, il rassemble des moines qui vivent dans des abbayes et
est plus indépendant vis-à-vis du Pape, il ne lui obéit pas forcément. À l’époque des Carolingiens, la règle
la plus courante est celle de Saint Colomban, un moine irlandais mort en 615, qui est particulièrement
dure. Les moines font voeux de silence, de pauvreté, ils jeunent deux jours par semaine et lorsqu’ils
commettent un pêché ils se punissent eux-mêmes par l’auto-?agellation.


Ces deux clergés protégés par le roi accomplissent leurs missions dans le royaume. Le clergé séculier

gère l’éducation et l’assistance, la charité aux plus pauvres et la santé, ils sont les seuls à avoir des hôpitaux.
Ces taches expliquent pourquoi le clergé est dispensé de tout impôt.


Le clergé régulier a une mission d’évangélisation, ils parcourt l’Europe à la rencontre des populations

pour diffuser le message chrétien, et ils visitent les bibliothèques européennes, et copier les grandes oeuvres

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découvertes dans celles-ci, notamment les écrits d’Aristote. Ce sont le moines qui diffusent, par la lecture et la
copie, la culture antique.


§2: L’utilisation de l’Eglise par le roi



Le roi utilise l’Eglise de deux façons:

• L’immunité: Par l’immunité, le roi va con?er à un évêque ou à un abbé les mêmes taches qu’aux
comtes, et notamment ils devront prélever l’impôt auprès des habitants de leurs domaines. Des immunités
sont accordées par les rois mérovingiens à des domaines ecclésiastiques, tenus par des religieux, qui sont
soit des évêchés, soit des abbayes. Ce terme d’immunité pourrait laisser supposer que les ecclésiastiques
sont dispensés du payement de l’impôt car le comte a l’interdiction de pénétrer à l’intérieur de ces
domaines. Le comte joue un rôle militaire, mais les ecclésiastiques ne sont pas soumis au service militaire,
le comte joue également un rôle judiciaire qu’il n’exerce pas dans ces domaines car l’Eglise a ses propres
juridictions, aussi la seule raison pour laquelle le comte pourrait entrer sur un domaine ecclésiastique
serait pour l’impôt. Le roi interdit au comte de pénétrer sur ces domaines, aussi ce sont les évêques ou les
abbés qui vont prélever l’impôt sur ces domaines. Le roi est favorable à ce système car les ecclésiastiques
sont habitués à la hiérarchie, ils sont habitués à obéir, ce qui n’est pas toujours le cas du comte. Le roi,
pour se faire obéir des ecclésiastiques, n’a pas besoin de leur faire prêter serment. Les populations paient
plus facilement l’impôt à un ecclésiastique, elles ont d’avantage con?ance en lui, alors qu’elles se mé?ent
du comte. Le roi va demander en contrepartie de l’immunité accordée de choisir les ecclésiastiques à la
tête de ces domaines, et notamment les évêques. Par principe, les évêques sont choisis par l’ensemble des
?dèles et des ecclésiastiques d’un territoire donné, l’évêque est choisit par les autres chrétiens du diocèse.
Le roi souhaite choisir lui-même ce personnage, et deux conciles, en 511 et en 549 vont autoriser cette
désignation. L’évêque est choisit comme avant, mais le roi doit donner son autorisation pour que l’évêque
entre en fonction, et il ne la donne qu’à ses candidats. Les conséquences de ce système sont importantes, à
partir de là nous trouvons des personnages très différents à la tête des évêchés, le roi choisit des laïcs, des
proches qu’il récompense en leur accordant ces domaines religieux. La fonction d’évêque devient alors
une fonction de pouvoir, une fonction politique.
• La précaire: C’est le système par lequel le roi va prendre des terres à l’Eglise, à l’époque mérovingienne,
20% des terres du royaume appartiennent à l’Eglise. En vérité il ne prend que la jouissance de ces terres et
il la donne à ses guerriers a?n de les ?déliser. Le service militaire n’est pas accomplit sans contrepartie,
mais contre rémunération. Le roi mérovingien, mais aussi les maires du Palais et notamment Charles
Martel, con?sque les terres de l’Eglise, qui est alors un immense propriétaire foncier, plus grand que le roi
lui-même, et les donner à ses guerriers pour les récompenser. Ces con?scations sont possibles car les terres
de l’Eglise lui ont toutes été données par le pouvoir politique à l’origine. Ces con?scations sont
nombreuses et l’Eglise ?nit par se plaindre, aussi Charles Martel va trouver un autre système qui remplace

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la con?scation pure et simple, la précaire, precaria verbo regis en latin, la précaire sur ordre du roi. Ce
système fait que l’Eglise garde la propriété des terres, et de nombreuses terres con?squées lui sont rendues.
L’Eglise est obligée de céder la jouissance de ces terres aux guerriers du roi. Le guerrier reçoit une
jouissance limitée de la terre, et lorsqu’il n’en aura plus l’usage il la rendra à l’Eglise. Charles Martel va
utiliser ce système qui va lui permettre de constituer une armée avec laquelle il remporte une importante
victoire contre les Arabes.


Ces derniers s’installent à Carbone en 719, à Nîmes en 725, et vont progresser vers le Nord, et

Charles Martel les vainc à Poitiers en 732 grâce à cette armée ?délisée. Cette victoire entraine un re?ux du
territoire arabe. Cette victoire apporte à Charles Martel le soutient de l’Eglise, qui va ?nir par soutenir une
autre famille que les Mérovingiens, elle aidera Pépin le Bref à s’installer au pouvoir en 751 et instaurer la
dynastie des Carolingiens. L’Eglise a alors soutenu les maires du Palais plutôt que les Mérovingiens. Sous
cette première dynastie il y a eu trois périodes d’autorité heureuse, d’abord avec le règne de Clovis
(481-511), puis celui de Clotaire (613-622) et en?n celui de Dagobert (629-639). Ces périodes sont des
périodes d’unités du royaume franc, le règne de Dagobert étant une période d’apogée des Mérovingiens.
Dagobert est conseillé par Saint-Eloi, mais à sa mort Dagobert laisse deux ?ls qui ne sont pas en âge de
gouverner, aussi ce sont les maires du Palais qui règnent, bien qu’il y ait encore des rois, appelés les rois
“fainéants”.?


Chapitre 2. Les Carolingiens



Section 1. Le coup d’Etat de novembre 751



§1. L’origine: Charles Martel et les Pippinides



Charles Martel devient maire du Palais d’Austrasie, une province au Nord-Est de la France, à partir

de 716. Il mène une action générale de paci?cation du royaume franc, et c’est dans ce cadre qu’il faut
replacer la bataille de Poitier de 732. À l’issue de cette bataille, Charles Martel apparait comme le maitre de
toute la Gaule et des chrétiens. À cette époque, il y a un roi Mérovingien, qui règne, pendant que Charles
Martel est maire du Palais, Thierry IV, qui meurt en 737. Charles Martel décide alors de ne pas réunir les
grands du royaume, et ainsi il n’y a pas d’élection d’un nouveau roi. À partir de 737, c’est alors Charles
Martel qui gouverne seul, sans prendre le titre de roi. Les ecclésiastiques le désignent sous le terme de
subregulus, celui qui est presque roi. Charles Martel meurt en 741 et laisse trois ?ls. De son vivant, il s’était
battu pour l’unité du royaume, mais son testament le montre comme un roi franc: il se fait enterrer parmi les
rois Mérovingiens, à Saint-Denis, et il prévoit un partage du royaume entre ses trois ?ls. Le premier ?ls est
Carloman, le deuxième est Pépin et le troisième est Grifon. Les deux premiers reçoivent la quasi intégralité
du royaume, et Grifon ne reçoit que quelques terres éparses.


§2. De Pépin d’Herstal aux Carolingiens

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En 741, les deux premiers ?ls s’entendent pour faire enfermer leur frère, et ils s’approprient sa part

d’héritage. L’aristocratie ne laisse pas faire, et fait sortir du couvent un prétendant Mérovingien oublié,
Childéric III qui va régner à partir de 743 et signer tous les actes qu’il prend du titre de roi des Francs.
Childéric III est le dernier roi Mérovingien, mais en 747 Pépin va se débarrasser de Carloman, qui était très
pieux. Pépin lui conseille alors de se retirer dans un couvent, dans l’abbaye de Monte Cassino. Aussi 747
marque le début du règne de Pépin le Bref. Cette situation suscite quelques remous et Grifon s’échappe de
son monastère et souhaite entrer en guerre contre son frère. Pépin comprend alors que la force militaire ne
suf?t pas, il lui manque une légitimité, et pour l’obtenir il demande le soutient du Pape en 751. Pépin
demande au Pape Zacharie: “Au sujet des rois qui en Francie n’exerce pas le pouvoir est-il bien ou non qu’il
en soit ainsi?” Le Pape répond qu’il vaut mieux “appeler roi celui qui a la puissance effective plutôt que celui
qui est dénué de pouvoir, a?n que l’ordre ne soit point troubler.” L’Eglise soutient alors Pépin, qui va réunir à
Soisson, en novembre 751 une assemblée de grands du royaume, qui vont l’élire, le choisir comme roi,
conformément à la coutume franque. Dans le même temps, Pépin prend soin de se débarrasser de Childéric
III en le faisant tonsurer de manière à ce qu’il perde ses pouvoirs magiques présents dans sa chevelure et il le
fait enfermer dans un couvent. Pépin parvient à régner seul mais il lui manque encore le charisme, la grâce
en grec. Les Mérovingiens avaient ce charisme tiré de la légende qui plaçait leur puissance dans leurs
chevelures, et il n’existe pas de légendes pour les Carolingiens. Les ecclésiastiques lui conseille alors le sacre.


Section 2. Une royauté sacrée et héréditaire



§1. Le sacre fait du roi l’élu de Dieu



Pépin appartient à la plus haute aristocratie franque et revoit dès son plus jeune âge la meilleure

éducation possible, une éducation religieuse, et à cette époque l’élite intellectuelle cherche des modèles de
gouvernement dans la Bible et dans l’Ancien Testament. Ce dernier manuscrit illustre le sacre, notamment
celui du roi David et de Salomon. Les ecclésiastiques mesurent que cette cérémonie concède un statut tout à
fait à part au roi qui devient alors sacré, aussi les conseillers de Pépin vont vouloir qu’il reçoive le sacre. Ce
sacre a lieu à Mayence en 752, et on raconte que Pépin a reçu une onction. Il est raconté que pour son sacre
une colombe serait venu transportant une ?ole contenant une huile sacrée, la Sainte ampoule. Ce serait la
même huile que celle utilisait pour le baptême de Clovis. Cette légende tend à établir un lien entre le
baptême de Clovis et le sacre de Pépin.


Le sacre a une double conséquence, d’abord spirituelle, symbolisant l’ordre vertical, reçu de Dieu,

qui désigne Pépin le Bref comme étant celui qui doit recevoir le pouvoir, le roi apparait comme spécialement
choisit par Dieu. Pépin change alors de nature, il devient sacré: il est une personne humaine, mais aussi
sainte, un homme et un saint, et il s’inscrit dans la ligné des grands roi de l’Antiquité, et notamment du roi
Salomon. Pépin porte alors un titre nouveau, auparavant il était rex francorum, le roi des Francs, il est
désormais dei gratia, roi des Francs par la grâce de Dieu.

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Le sacre produit également une conséquence politique, car le principe de l’élection va être en re cul à

partir du sacre, le roi n’est plus élu, désigné par les hommes, mais il est choisit par Dieu. Ce sacre met le
pouvoir de Pépin à l’abri de toute contestation, sa personne étant sacrée elle devient inviolable, nul ne peut
lui porter atteinte, personne ne peut prendre les armes contre Pépin.


L’Eglise a constaté que les Mérovingiens était venu incapable de faire régner l’ordre, ils sont

impuissants selon elle, il faut donc les remplacer par une nouvelle famille, la seule apte à gouverner. Cette
logique explique ce que l’on appelle la mutation regni, qui est le changement de dynastie. Pour l’Eglise ce
changement est indispensable a?n de faire régner l’ordre, et elle rappelle qu’en son temps Clovis avait été
soutenu par l’Eglise, pour les mêmes raisons, car les romaines étaient devenus impuissants à gouverner, aussi
l’Eglise avait soutenu une nouvelle famille à la tête du royaume, la famille des Mérovingiens. L’Eglise af?rme
alors qu’il y a un lien entre le baptême de Clovis en 498 et le sacre de Pépin, ce lien est cette volonté de
choisir toujours le plus apte à gouverner.


Ce principe du sacre va s’imposer, mais il apparait d’abord contredire une autre règle, une règle

traditionnelle chez les Francs, la règle de l’hérédité. Le choix de Dieu toujours dans la même famille pose
question, et à Rome le pouvoir de l’Empereur n’était pas héréditaire. Les Carolingiens vont parvenir à
concilier le principe du sacre avec le principe de l’hérédité.


§2. Le principe héréditaire



L’hérédité, la transmission héréditaire, est un principe général chez les Francs, qui vaut pour la

transmission du pouvoir et pour la transmission de biens privés. Les Francs ont cette hérédité inscrite au
coeur de leurs coutumes et ils n’y renoncent pas. Pour imposer cette hérédité, Pépin va rapidement chercher
à étendre à sa famille la grâce qu’il a reçu du sacre, et il va donc se faire sacrer une seconde fois. Ce second
sacre à lieu en 754, le Pape va sacrer Pépin et sa famille reçoit également le sacre à ses côtés, notamment ses
deux ?ls, Charles et Carloman, et il est accompagné de sa femme, Bertrade, surnommée Berthe aux grands
pieds. La reine ne peut pas recevoir le sacre, mais elle reçoit une bénédiction. Le Pape, lors de ce sacre,
interdit aux sujets du royaume de choisir un roi issu “d’autres reins” que ceux de cette reine, les rois seront
donc issus de la descendance carolingienne, et le Pape sanctionne cette interdiction par l’excommunication.
Pour lui, cette dynastie est “celle que la divine piété a jugée d’exaltée”, aussi tous les descendants Carolingiens
sont pré-destinés à régner sur la terre des Francs.
Les effets de l’élection sont diminués et les descendants de Pépin feront également sacré leurs ?ls a?n qu’ils
soient assurés de leurs règnes.


Charlemagne commence à régner en 768, puis Louis le Pieux règne en 814, suivit de Charles le

Chauve en 840. L’hérédité assure la stabilité du pouvoir, mais c’est bien le sacre qui continu de faire le roi,
l’hérédité ne vient qu’en second, elle ne fait que compléter le caractère divin.


Section 3. Le gouvernement Carolingien

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§1. La conception du pouvoir



L’Eglise va tenter d’imposer une nouvelle conception du pouvoir, le ministerium regis. Cette

nouvelle conception du pouvoir va de paire avec une nouvelle transmission du pouvoir car l’Eglise voudrait
que le roi ne transmette le pouvoir qu’à son ?ls ainé au lieu de partager le royaume comme dans la tradition
franque. L’Eglise ne parviendra pas à transmettre cette idée, et le pouvoir carolingien va rester
profondément marqué par les traditions franques et notamment par les liens personnels.


A. La mission royale et la restauration de l’Empire



L’Eglise, en imposant le ministerium regis, qui est un pouvoir sur les chrétiens, va entrainer l’idée d la

restauration de l’Empire romain, qui serait un Empire sur l’ensemble des chrétiens d’Occident.


1. Le ministerium regis



Le roi, depuis son sacre, a une double nature, une nature humaine et sacrée à la fois, par conséquent

sa mission n’est plus la même. Les ecclésiastiques vont chercher à remplacer l’ancienne mission traditionnelle
de commandement des rois Francs par une notion quasi divine, le ministerium regis. L’idée est émise par
Isidore de Séville, qui théorise le ministerium regis, qui serait la mission que le roi doit mené sur Terre
d’après la volonté de Dieu. Ce terme de ministerium montre qu’il s’agit d’une fonction déléguée, reçue d’une
autorité supérieure, Dieu. Isidore de Séville dit qu’il s’agit de “gouverner en étant utile aux peuples, de ne pas leurs
nuire, et il faut que le don de Dieu serve à la protection des membres du Christ”. Derrière le concept religieux, nous
retrouvons celui de res publica, le roi doit gouverner au nom de l’intérêt général. Les auteurs vont insisté sur
cette mission qui incombe au roi, et ils répètent que le roi doit organiser un bon, un juste gouvernement, qui
permettra aux chrétiens d’accéder au salut éternel. Les ecclésiastiques appellent souvent le roi le rector, celui
qui régit, qui corrige les comportements des individus.


Un tel gouvernement correspond à ce qu’on appelle une théocratie royale.



Puisque le roi Carolingien est le représentant de Dieu sur Terre, son pouvoir doit aller au delà de son

royaume et il doit s’étendre sur tous les chrétiens.


2. La restauration de l’Empire romain d’Occident



L’Eglise souhaite assez tôt restaurer l’Empire romain et souhaite en faire un imperium christianum, un

Empire chrétien. L’Eglise va utiliser Alcuin pour adresser une lettre à Charlemagne en 799 pour lui proposer
d’être celui qui restaurera l’Empire.

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Dans cette lettre, Alcuin annonce qu’il y a trois personnages qui ont vocation à régner sur les

chrétiens, le premier étant l’Empereur romain d’Orient, puis le Pape et en?n Charlemagne. Il ajoute que
c’est Charlemagne qui doit restaurer l’Empire, il éclipse les deux autres car en 799 l’Empereur et le Pape ne
sont pas en bonne position. En Orient un grave con?it oppose l’Empereur Constantin VI à sa mère,
l’Impératrice Irène, qui a fait déposer son ?ls en 797 et à organiser une révolte contre lui, à l’issue de laquelle
elle lui a fait crever les yeux, Constantin venait de faire assassiner tous les frères de sa mère, et c’est ?nalement
Irène qui prend le pouvoir. Le Pape est affaiblit depuis 799 car il a été victime d’une attaque de la famille de
son prédécesseur, il a été laissé pour mort mais a survécut et s’est réfugié auprès de Charlemagne.


Charlemagne va devenir Empereur le 25 décembre 800, le premier jour du Christ. Il est couronné

Empereur dans la basilique de Saint-Pierre de Rome par le Pape Léon III. Le Pape va poser sur le front de
Charlemagne le diadème impérial, dont la forme ronde exprime la plénitude du pouvoir de l’Empereur, et
Charlemagne est ensuite acclamé du nom d’Augustus et d’Imperator, et tous, dont le Pape se livrent ensuite au
rite de l’adoratio, ils s’agenouillent devant l’Empereur. C’est le Pape qui a posé le diadème, aussi l’Eglise
utilisera cette argument pour signi?er que le pouvoir reçu par Charlemagne lui a été donné par Dieu à
travers le Pape.


À l’issue de cette cérémonie, théoriquement c’est l’empire romain qui est restauré. En réalité il s’agit

d’un Empire chrétien et aussi d’un Empire franc. Cet Empire est étendu, sur la France actuelle, au delà des
Pyrénées, sur la Germanie, la Suisse, quasiment toute l’Italie et jusqu’en Europe centrale. L’Occident
chrétien passe sous le règne de Charlemagne. Cet Empire reste franc, car les Francs sont le peuple dominant
à l’intérieur de cet Empire et la capitale est Aix-la-Chapelle, aujourd’hui en Allemagne. Il s’agit d’un Empire
franc car Charlemagne prévoit un partage de cet empire entre ses enfants et il n’aurait pas prévu de
transmettre le titre impérial à l’un d’entre eux.


L’Eglise peine à faire disparaitre les traditions franques, une dif?culté illustre cette idée.



B. L’évolution de la transmission de l’Empire



Pépin le Bref avait prévu un partage entre ses deux ?ls, il décède en 768 et son royaume va rester

partager jusqu’en 711, date de la mort d’un de ses ?ls. Charlemagne va alors reconstituer l’Empire mais il
prévoit un partage. À sa mort, un seul de ses ?ls est vivant, Louis le Pieux, qui parvient alors à maintenir
l’unité du territoire. Cette unité n’est pas le fait de la volonté royale, mais le fait de circonstance. L’Eglise
souhaite une transmission unitaire du pouvoir, car il y a un Dieu unique, une seule Eglise, aussi les chrétiens
doivent être rassemblés dans un Empire unique, aussi le Pape avait projeter un rapprochement suivit d’un
mariage entre Charlemagne et Irène, cette tentative a lieu en 801. Finalement cette tentative échoue, mais
l’Eglise souhaite bien conserver l’Empire entre les mains d’un seul Empereur, car à un dieu unique doit
correspondre un unique souverain. Louis le Pieux va ?nir par se faire convaincre par l’Eglise, il prend un
capitulaire en 817, l’ordinatio imperi qui est un règlement successoral, qui prévoit que l’unité de l’Empire
sera préservé. Le pouvoir est alors transmis au ?ls ainé du roi, qui est alors Lothaire. Ses deux frères, Pépin et

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Saskia Bovet

2014-2015

louis recevront aussi des terres mais ils doivent recevoir de petits royaumes, mineurs, à l’intérieur de l’Empire,
et il est prévu que seul l’aîné aura l’auctoritas, il commande alors ses deux frères. À la mort du ?ls aîné, le
pouvoir se transmettra de la même façon au ?ls aîné de Lothaire.


Cet ordination imperi est remis en cause car le roi, devenu veuf, va se remarier en 819, et en 823 il a un

quatrième ?ls, Charles le Chauve. La reine aurait insisté pour que le roi revienne sur ce capitulaire et qu’il
accorde la plus grande part de l’Empire à Charles le Chauve. Louis le Pieux va remettre en cause l’ordinatio et
prévoit un nouveau partage, qui serait favorable à Charles le Chauve, et à partir de 829 c’est le début d’une
guerre entre les trois premiers ?ls, Lothaire, Pépin et Louis et leur père, sa femme et Charles. En 833 Lothaire
parvient à faire enfermer le roi, la reine et le dernier né dans un monastère. Il gouverne seul et exécuté
l’ordinatio. En 835, Louis le Pieux retrouve son trône, mais il décède en 840. À partir de là, les trois ?ls encore
vivants, Pépin étant décédé, entrent en guerre entre eux et se termine par le partage de Verdun en 843. À
l’issue de ce partage, Charles le Chauve reçoit la Francia occidentalis, Louis reçoit la Francia orientalis, notamment
la Germanie, et Lothaire reçoit un territoire entre ceux de ses deux frères, qui va de la mer du Nord jusqu’en
Italie. Ses deux frères s’arrangent rapidement pour récupérer ce territoire, la Lotharingie.


Les Francs continuent d’in?uencer le pouvoir carolingien et les coutumes carolingiennes restent

essentielles et développent les liens personnels.


C. L’attachement à la tradition Franque: les liens personnels



Les Pippinides, avant de régner, développent déjà les liens personnels, notamment Charles Martel qui

va s’attacher la ?délité de grands guerriers en leur cédant des terres par le système de la precaria verbo regis. Les
Pippinides vont faire prêter aux populations qu’ils commandent un autre serment que le serment d’antrustion.
Ils vont vouloir s’attacher la ?délité d’individus importants dans le royaume, soit des guerriers soit des
individus aux fonctions de gouvernement, et pour cela ils leurs font prêter serment, qui est un serment
équivalent à celui d’antrustion, que font prêter les rois Mérovingiens, mais ce serment ne peut pas porter le
même nom, aussi ils le nomment le serment de vassalité. Ce serment va structurer toute l’organisation du
royaume jusqu’au XVe siècle. Ce terme de vassalité est construit sur le terme latin de vases, le serviteur, et
celui qui prête ce serment devient un vassal, le serviteur de celui auprès de qui il s’engage, qui est le maire du
Palais, qui fait prêter ce serment et qui s’appelle le dominus, le seigneur. Ce contrat, comme tous les contrats,
fait naitre des obligations de part et d’autres, un contrat synallagmatique. Le vassal s’engage à servir le
seigneur, et le seigneur s’engage à protéger le vassal et à assurer sa subsistance. Ce serment lorsqu’il est passé
donne naissance au contrat, il est passé par le même rue que le serment d’antrustion, le rite de la commendatio: le
vassal va joindre ses deux mains et va glisser ses mains jointes entre les mains du seigneur, manifestant ainsi le
don qu’il fait de sa personne et son engagement total à servir son maitre, à servir le seigneur.


Les antrustions vivent au Palais, au côté du roi, tandis que les vassaux vivent loin du roi, sur les terres

qui lui ont été concédées. Les Pippinides éloignent leurs vassaux car leur subsistance ils leurs cèdent une terre,
qui porte le nom de béné?ce, un bienfait, un cadeau fait par le seigneur à son vassal pour qu’il puisse se

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nourrir et s’équiper pour la guerre. Ce béné?ce signi?e nécessairement que les vassaux ne vivent pas avec le
roi, à la différence des antrustions. Les Pippinides font le choix d’un système qui éloigne les vassaux de leurs
maitres, la ?délité promise ne suf?ra pas toujours à maintenir le lien entre deux individus aussi éloignés
géographiquement.


Une fois au pouvoir, les Carolingiens vont développer ce système de vassalité et vont faire prêter ce

serment à de grands personnages du royaume, l’un des premiers à le prêter est Tassilon, duc de Bavière, et en
757 il prête ce serment à Pépin le Bref. il devient ainsi l’obligé du roi et il est aussi un relai sur son territoire
de l’autorité royale.


La multiplication de ces liens semblent atteindre son paroxysme en 847, lorsque Charles le Chauve

prend le capitulaire de Mersen. Par ce capitulaire, il encourage chaque homme libre à se choisir un
seigneur parmi les vassaux du roi, les vassaux du roi peuvent alors devenir seigneurs avec des vassaux.
Charles le Chauve est persuadé que ce serment de vassalité va permettre d’encadrer la société à tous les
niveaux, ainsi va commencer à s’établir en 847 la pyramide féodale. Il s’agit d’une grave erreur politique
de la part des Carolingiens car peu à peu tous les liens d’autorité vont devenir des liens contractuels, privés, et
ces liens ne se maintiendront que tant que les vassaux estimeront recevoir une contrepartie suf?sante. Il
suf?ra qu’un autre seigneur que le roi fasse une meilleure proposition pour que les vassaux rompent leur
parole première et qu’ils promettent ?délité au plus offrant. À partir de 847, la relation devient privée et
intéressée, et assez rapidement le roi n’aura plus les moyens suf?sants pour garder ses vassaux, des seigneurs
plus riches deviendront alors beaucoup plus puissants et l’autorité publique du roi Carolingien, de
l’Empereur, se verra progressivement dissoute.


§2: L’administration Carolingienne



A. L’administration centrale: le Palais



Les Carolingiens vont reprendre l’organisation des Mérovingiens, et nous trouvons au sein du Palais

quelques grands personnages qui suivent le roi dans ses déplacements et qui gouvernent &ag...


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