FICHE DU JOUR - Numéro 1

NOTION : LA RELIGION


Le cours du jour


La religion chez FREUD

Illusion ! Voilà le grand mot lâché par Marx : la religion est un soleil illusoire. Freud reprendra ce thème de la religion comme monde illusoire. Mais les mécanismes de cette illusion se trouvent aux yeux de Freud dans la détresse de l'enfant qui éveille le besoin d'être aimé et protégé. L'homme angoissé se cramponne à un père tout-puissant. En somme, Dieu n'est qu'une illusion dérivée de désirs humains et infantiles. De même que Marx voyait dans la misère la source des religions et de l'idée de Dieu, de même Freud aperçoit dans la faiblesse psychologique l'origine de la religion. Cette illusion religieuse ne doit-elle pas être dépassée ? L'adulte peut-il rester à jamais un enfant ?

«Je suis en contradiction avec vous lorsque, poursuivant vos déductions, vous dites que l'homme ne saurait absolument pas se passer de la consolation que lui apporte l'illusion religieuse... Le stade de l'infantilisme n'est-il pas destiné à être dépassé ? L'homme ne peut éternellement demeurer un enfant, il lui faut s'aventurer dans l'univers hostile. » (Freud)



Question de compréhension sur le cours


1) Pour Freud, le phénomène religieux provient:

 A) de la détresse infantile de l'enfant
 B) de la toute-puissance de Dieu
 C) de la raison pure

Afficher la réponse La bonne réponse est : A


1) Freud et Marx sont des philosophes:

 A) Agnostiques
 B) Athées
 C) Mystiques

Afficher la réponse La bonne réponse est : B


1) Qu'est-ce qui est la cause de l'illusion religieuse ?

 A) La liberté
 B) L'angoisse
 C) Le péché

Afficher la réponse La bonne réponse est : B



Le citation du jour


"La religion serait la névrose obsessionnelle universelle de l'humanité ; comme celle de l'enfant, elle dérive du complexe d'Oedipe des rapports de l'enfant au père." Freud, l'Avenir d'une illusion, 1927.

Pour Freud, Dieu est assimilable à un père. Il reste peut-être que la religion a été. ou est encore une illusion utile, un rempart contre la barbarie, même si elle n'est pas pleinement satisfaisante pour la raison. La fonction d'une critique des illusions propres à la religion est de permettre aux hommes de se libérer de l'idéologie qui les enchaîne, par la connaissance de leur situation réelle.



L'exercice du jour


Ecrivez une problématique pour le sujet de dissertation suivant: "La religion est-elle une illusion ?"



Le point méthodologique du jour


Comment faire une problématique ?

La problématique d'une dissertation philosophique est le jeu de questions, liées entre elles et tirées du sujet lui-même, auxquelles le développement va progressivement répondre. La problématique est donc un programme de questionnement élaboré à partir de la question posée par le sujet. Problématiser une question, c'est déployer cette question en questionnement.

En fait, le travail philosophique commence par le doute; et douter, c'est se poser des questions, les bonnes questions. Problématiser une question, c'est se poser des questions auxquelles il faut répondre afin de pouvoir conclure. La problématique est donc un doute organisé. (cf. le doute cartésien - cours sur la conscience).

En tant que programme de traitement du sujet, la problématique fixe les grandes lignes du développement de la dissertation. Problématiser un sujet, c'est préparer le plan de progression de la réflexion.



La devinette du jour


Je suis un philosophe allemand, né en 1844, mort en 1900, j'ai développé le concept de "volonté de puissance" et celui de "surhomme", j'ai écrit "Le Gai Savoir" et je suis mort complètement fou. Qui suis-je ?



Afficher la réponse La bonne réponse est : NIETZSCHE


Les références utiles


  1. "L'avenir d'une illusion" de Freud

  2. "Le Capital" de Marx

  3. "Le Gai savoir" de Nietzsche



Le podcast du jour


http://www.devoir-de-philosophie.com/mp3/143295.mp3


L'oeuvre du jour


L'AVENIR D'UNE ILLUSION de SIGMUND FREUD



Pour Freud, la croyance religieuse provient d'une illusion qui s'enracine dans les désirs inconscients les plus ancestraux de l'homme. La fonction primordiale de la religion est une fonction consolatrice face à la « dureté de la vie ». L'homme est en effet condamné à affronter l'angoisse et la souffrance, à anticiper sa propre mort; aussi recherche-t-il le soutien d'une illusion qui l'aidera à survivre.

À l'origine de l'illusion religieuse, on trouve les désirs les plus archaïques de l'homme. La religion lui offre en effet la possibilité de réaliser ces désirs inconscients qui renvoient à l'état de détresse et de dénuement qui caractérise l'enfance (désirs d'être aimé et protégé). Le réconfort qu'apportent les idées religieuses suppose donc la réactivation de la figure protectrice et consolatrice par excellence, la figure du père, l'adulte ne pouvant jamais totalement surmonter l'enfant qu'il a été. L'homme reste donc en proie à ce désir de protection par une figure tutélaire aussi puissante qu'aimante; aussi se crée-t-il des dieux à l'image du père géniteur. Par l'illusion religieuse, il tente de substituer au tragique de l'existence une imaginaire réconciliation avec sa condition.

En outre, la civilisation exige que l'homme renonce à la satisfaction de certains désirs sexuels et agressifs, incompatibles avec l'ordre social. L'interdit de l'inceste et du meurtre est présent dans toutes les cultures. Ainsi les divers renoncements pulsionnels qu'implique la culture condamnent l'homme à la frustration continuelle. La religion, encore une fois, compense cette frustration: en sublimant leur sentiment de frustration, elle apaise la détresse et la déréliction des hommes et donne à leur renoncement un sens noble et socialement valorisé. De plus, toutes ces privations ne seront-elles pas récompensées dans l'au-delà ?

Freud distingue ici l'illusion de l'erreur. L'erreur dépend de la logique (de la connaissance), alors que l'illusion relève de l'affectivité (du désir). L'erreur ne suppose pas, contrairement à l'illusion, de rupture avec le réel. Si l'erreur peut être rectifiée (pensez à une simple erreur de calcul), l'illusion qui, comme le rêve et la rêverie, réalise un désir inconscient, demeure indifférente à la réalité. Aussi n'est-elle jamais démentie. L'illusion, en effet, obéit à une nécessité d'ordre affectif et pulsionnel.

Analysant les pratiques religieuses, Freud établit une analogie entre la religion et la "névrose obsessionnelle". Cette névrose, en effet, se caractérise notamment par des symptômes compulsionnels. La notion de compulsion désigne un type de conduites répétitives que le sujet est contraint d'accomplir pour lutter contre sa propre angoisse. Ces conduites sont répétitives et s'imposent au sujet comme de véritables rites conjuratoires et expiatoires. Il est ainsi loisible de dresser une analogie entre le cérémonial obsessionnel et le cérémonial religieux. Dans les deux cas, il s'agit, pour l'exécutant, d'exorciser son angoisse.

Freud observe enfin qu'à l'inverse de ce que l'opinion publique croit généralement, la religion n'a guère contribué à la moralisation de l'humanité. En effet, dans la mesure où la religion s'enracine dans les désirs inconscients des hommes, elle paraît mal placée pour prétendre constituer le support de la moralité. N'a-t-elle pas d'ailleurs donnée lieu à de multiples guerres et cruautés ?



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