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Pour approfondir:

 
  1. Panorama de la notion.
  2. Synthèse de la notion.
  3. Plan de la notion.
  4. Textes de la notion - 2
  5. Références utiles.
  6. Problématiques.
  7. Résumé de cours.

 

 

LA CONSCIENCE

Distinguer * Conscience psychologique: le fait que le sujet possède une certaine connaissance de ces actes psychiques (sensations. perceptions. imaginations, pensées, etc.)

* Conscience morale: ce qui en nous est juge du bien du mal (cf. l'expression "avoir bonne conscience".) Voir la notion de devoir.

La conscience psychologique peut être soit * spontanée (immédiate).

* réfléchie : lu sujet se saisit comme conscience, il est conscient d'être conscient.
La conscience comme certitude de soi Cogito cartésien
La conscience comme intentionnalité Toute conscience est conscience de quelque chose (Husserl)
La conscience comme mémoire Bergson, Proust.
Les critiques de la conscience * Nietzsche : la conscience n’est qu'un épiphénomène.

* Marx : la conscience individuelle comme résultante rapports sociaux.

* Freud : la conscience ne constitue pas l'essence du psychique (cf. l’inconscient).

• Le thème principal de cette fiche est le suivant : la conscience, que nous définirons comme la connaissance plus ou moine claire qu'un sujet possède de ses états, de ses pensées et de lui-même est, non seulement l'objet de la réflexion (Descartes, § 2), mais aussi le résultat de notre pratique dans le monde (Hegel, § 4).
• La conscience (spontanée ou réfléchie) distingue l'homme de l'animal (§ 1).
• Pour Descartes, la conscience de soi représente la terre natale de la vérité, le type même de la certitude résistant au doute (§ 2).
• Qu'est-ce que la conscience? C'est avant tout une unité, une activité de synthèse (§ 3).
• Quand l'homme se constitue pour soi par son activité dans le monde, on peut parler d'un cogito pratique (§ 4).
• Si Hegel a souligné le caractère pratique du cogito comme extériorisation dans le monde (§ 4), Husserl a montré, lui aussi, que la conscience n'a rien d'intérieur (§ 5). L'idée d'intentionnalité souligne, aux yeux de Husserl, cette dimension de la conscience qui ne peut exister que comme conscience tournée vers le monde. La vie intérieure est donc un mythe (§ 6).
• Enfin, la conscience, dans la perspective moderne, ne se distingue pas du corps (§ 8). Descartes, lui, était dualiste (§ 7).



I — La conscience distingue l'homme de l'animal

Sous ses deux significations, comme conscience spontanée ou irréfléchie (quand la conscience ne se pose pas comme objet même de son investigation, lorsque nous voyons, sentons ou imaginons, et qu'une conscience seulement diffuse accompagne ces actes psychiques) et comme conscience réfléchie (celle qui correspond au dédoublement du sujet se saisissant lui-même en tant que conscience), la conscience est ce qui définit l'homme. Si l'animal en reste au simple sentiment de soi et à l'expérience spontanée où n'émerge pas le moi, l'homme se saisit au contraire comme moi. Il est conscient de soi.


« L'homme est conscience de soi. Il est conscient de soi, conscient de sa réalité et de sa dignité humaines, et c'est en ceci qu'il diffère essentiellement de l'animal, qui ne dépasse pas le niveau du simple sentiment de soi.» (A. Kojève, Introduction à la lecture de Hegel, Gallimard, 1947)

II — Le cogito

C'est Descartes qui a posé historiquement la conscience de soi comme la terre natale de la vérité, comme cette certitude résistant au doute et permettant d'avancer dans la voie sûre de la science à partir d'un point fixe et assuré. Au sein même du doute universel, la certitude surgit. Le «je suis, j'existe» représente l'évidence de la réflexion. Même si un malin génie me trompe en toutes choses, cependant l'évidence du cogito s'avère inébranlable. Cette saisie (métaphysique) du cogito ne se confond pas avec une simple certitude (psychologique), car elle révèle une liaison nécessaire, indépendante de moi, et fournit le modèle de la vérité. Le «cogito ergo sum» exprime cette naissance historique du sujet pensant, cet avènement de la conscience-de-soi dans l'histoire de la pensée humaine.
«Et remarquant que cette vérité : Je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais.» (Descartes, Discours de la Méthode)

III — Unité de la conscience

Mais qu'est essentiellement la conscience ? Nous dirons que le cogito est d'abord fondamentalement unité et effort de synthèse. Le courant psychique est mobile, changeant, mais la conscience demeure, en tant qu'unité. Nos états psychologiques, si multiples, si variés soient-ils, se fondent dans l'unité de la conscience. Ils sont miens. C'est la synthèse de la conscience qui établit un lien entre les différents éléments de la représentation. La conscience est un pouvoir unificateur, une liaison opérant la synthèse du divers, une activité de synthèse. Cette activité de synthèse est, pour ainsi dire, le creuset où la multiplicité vient se fondre.

IV — Le cogito pratique

Cette activité unificatrice qui définit la conscience, nous pouvons l'envisager sous deux angles : théoriquement et pratiquement. Sous l'angle théorique, la conscience de soi correspond à la- saisie de l'esprit par lui-même. Quand l'homme se contemple et se dédouble, alors la prise de conscience apparaît comme l'acte essentiellement intellectuel par lequel je réfléchis sur la pensée en tant que telle. On peut parler d'introspection (introspicere . regarder à l'intérieur) ou, mieux encore, de réflexion.
«Les choses de la nature n'existent qu'immédiatement et d'une seule façon, tandis que l'homme, parce qu'il est esprit, a une double existence; il existe, d'une part, au même titre que les choses de la nature, mais, d'autre part, il existe aussi pour soi, il se contemple, se représente à lui-même, se pense, et n'est esprit que par cette activité qui constitue un être pour soi.» (Hegel, Esthétique)
Mais, à côté de cette conscience théorique, il est une conscience pratique, naissant de l'activité, correspondant à l'action des hommes. C'est une notion extrêmement importante, que Hegel a bien mise en relief En agissant, nous extériorisons notre moi et marquons le monde de la forme du sujet'. La conscience, ce «pour-soi», devient alors un «en-soi», une chose, ou plutôt un «en-soi-pour-soi». Elle communique sa structure aux objets qui perdent ainsi leur caractère farouchement étranger et prennent l'aspect de l'esprit. On comprend que ce cogito pratique possède une importance tout aussi grande que le cogito théorique.
«Deuxièmement, l'homme se constitue pour soi par son activité pratique, parce qu'il est poussé à se trouver lui-même, à se reconnaître lui-même dans ce qui lui est donné immédiatement, dans ce qui s'offre à lui extérieurement. Il y parvient en changeant les choses extérieures, qu'il marque du sceau de son intériorité et dans lesquelles il ne retrouve que ses propres déterminations. L'homme agit ainsi, de par sa liberté de sujet, pour ôter au monde extérieur son caractère farouchement étranger et pour ne jouir des choses que parce qu'il y retrouve une forme extérieure de sa propre réalité... (L'homme) satisfait (son) besoin de liberté spirituelle d'un côté, intérieurement, en faisant être pour soi ce qui est, mais aussi en réalisant extérieurement cet être pour soi.» (Hegel, op. cité)

V — L'intentionnalité

Si Hegel a bien montré que le cogito est une tâche pratique et une exigence de l'action tout autant qu'une opération de la réflexion, la philosophie moderne, avec Husserl, est allée dans le même sens : elle a approfondi l'aspect actif de la conscience. Tel est le sens de la fameuse formule de Husserl: toute conscience est conscience de quelque chose. Nous parlerons de l'intentionnalité de la conscience. Cette intentionnalité désigne la nécessité où la conscience se trouve d'exister comme conscience d'autre chose que soi. Toute conscience vise un objet. Elle est un acte, une projection dans le monde, un «éclatement» en quelque sorte. Les «existentialistes » ont parlé d'un être-dans-le-monde et l'on peut dire que cet être-dans-le-monde caractérise fort bien l'être même de la conscience : elle est tout entière dépassement vers l'objet et transcendance. Sartre, commentant cette idée d'intentionnalité, décrit clairement ce mouvement de transcendance de la conscience.
« La conscience et le monde sont donnés d'un même coup : extérieur par essence à la conscience, le monde est, par essence, relatif à elle. C'est que Husserl voit dans la conscience un fait irréductible qu'aucune image physique ne peut rendre. Sauf peut-être, l'image rapide et obscure de l'éclatement. Connaître, c'est «s'éclater vers», s'arracher à la moite intimité gastrique pour filer là-bas, par-delà soi, vers ce qui n'est pas soi, là-bas, près de l'arbre et cependant hors de lui, car il m'échappe et me repousse et je ne peux pas plus me perdre en lui qu'il ne se peut diluer en moi.» (Sartre, Une idée fondamentale de Husserl : l'intentionnalité, in Situations I, Gallimard, 1947)

VI — Le mythe de la «pure vie intérieure»

La conscience n'est donc pas intériorité pure et simple. Si elle se définit par son intentionnalité et n'est rien d'autre qu'une visée transcendante, alors l'intérieur n'est précisément que l'extérieur. L'intériorité n'est rien sans l'extériorité. Ainsi toute la philosophie moderne nous invite à voir dans la conscience un effort pratique et, par conséquent, un travail moral de formation de soi à travers les choses.

« Nous voilà délivrés de Proust. Délivrés en même temps de la « vie intérieure» : en vain chercherions-nous, comme Amiel, comme une enfant qui s'embrasse l'épaule, les caresses, les dorlotements de notre intimité, puisque finalement tout est dehors, tout, jusqu'à nous-mêmes : dehors, dans le monde, parmi les autres. Ce n'est pas dans je ne sais quelle retraite que nous nous découvrirons : c'est sur la route, dans la ville, au milieu de la foule, chose parmi les choses, homme parmi les hommes.» (Sartre, op. cit.)

VII — La conscience et le corps : la position cartésienne

Un problème fondamental reste à aborder, celui du rapport de la conscience au corps. En fait, il renvoie à celui des relations entre l'esprit et le corps, car toute une tradition philosophique identifie la conscience et l'esprit. Une des solutions les plus célèbres nous a été apportée par Descartes, pour qui la conscience et le corps, tout en étant distincts (ce sont deux substances radicalement différentes) sont cependant en union étroite. La conscience n'est pas seulement logée dans le corps comme un pilote en un navire : elle compose un seul tout avec lui. Il y a à la fois distinction réelle de l'âme et du corps et union des deux composants. Le sentiment de la douleur, tout comme la faim ou la soif, m'enseignent perpétuellement cette unité indissoluble.
« La nature m'enseigne... par ces sentiments de douleur, de faim, de soif etc., que je ne suis pas seulement logé dans mon corps, ainsi qu'un pilote en son navire, mais, outre cela, que je lui suis conjoint très étroitement et tellement confondu et mêlé, que je compose comme un seul tout avec lui. Car, si cela n'était, lorsque mon corps est blessé, je ne sentirais pas pour cela de la douleur, moi qui ne suis qu'une chose qui pense, mais j'apercevrais cette blessure par le seul entendement.» (Descartes, Méditations métaphysiques)

VIII — La conscience est le corps

Si Descartes a eu l'immense mérite de souligner cette indissoluble liaison, la pensée contemporaine va encore beaucoup plus loin dans l'affirmation de cette unité. Elle ne sépare même plus la conscience et le corps, l'esprit et la matière, elle les identifie totalement. Le corps n'est pas un objet parmi les autres, objet auquel la conscience serait unie accidentellement. Il n'est pas une substance différente de la conscience, l'autre de cette conscience : il est le même que l'esprit. Nous dirons que la conscience est le corps, qu'ici encore l'intérieur et l'extérieur se rejoignent et coïncident. Ce n'est pas un hasard si le christianisme a posé la résurrection des corps comme une espérance : si nous voulons sauver la conscience et l'esprit, c'est le corps qu'il faut aussi sauver.
« Le fait de l'incarnation manifeste l'alliance intime du corps 4 la pensée. Mon corps n'est plus l'autre de l'esprit, mais bien intimement le même, le dénominateur commun de tout ce qui, à un titre quelconque, intervient dans mon domaine vital. L'intime et l'externe se rejoignent ici jusqu'à communier de telle sorte que la recherche d'une spiritualité pure et désincarnée, tout de même que la mise au point d'une science de la matière, manquent la spécificité de l'être personnel. » (G. Gusdorf, Traité de métaphysique, A. Colin, 1956)


Conclusion. La conscience est une tâche


Ce qui nous est apparu dans toute cette fiche, c'est que le cogito doit être médiatisé par des oeuvres qui l'objectivent. Ce qui signifie que la réflexion est aussi effort d'objectivation pratique. La conscience n'est pas une donnée, mais bien plutôt une tâche dans le monde.

SUJETS DE BACCALAURÉAT

— Peut-on considérer le corps comme le malheur de la conscience ?
— Est-ce dans la solitude que l'on prend conscience de soi ?
— Comment comprendre la notion de vie intérieure?
— La conscience est-elle source d'illusions ?
— La conscience peut-elle errer ?
— Qu'est-ce que prendre conscience?
— La conscience ne s'exprime-t-elle que dans la négation ?
— Suis-je dans mon corps «comme un pilote dans son navire» ?

SUJETS SUR LA CONSCIENCE

Existence de l'inconscient dans la vie psychique

La conscience comme rupture et opposition (de soi à soi, de soi au monde)

Faut-il faire une différence entre « savoir quelque chose » et « être conscient de quelque chose ? »

 

Dans le langage courant, le mot conscience désigne essentiellement la conscience morale, c'est-à-dire une activité de jugement. Mais on parle aussi d'états de conscience pour désigner les données psychologiques que sont nos représentations, nos affections et nos voûtions.

I. LA CONSCIENCE ET SES ÉTATS

- A - L'empirisme naïf. On appelle conscience «l'intuition (plus ou moins complète, plus ou moins claire) qu'a l'esprit de ses états et de ses actes » (Lalande : Vocabulaire de la philosophie). Le fait de conscience se distingue du fait physique ou physiologique par trois caractères essentiels : il n'est pas spatial, il n'est pas mesurable, il est subjectif. Le sens commun se représente volontiers ces faits de conscience comme des données que l'on peut observer (introspection) et que la psychologie s'efforcerait de décrire, d'analyser et d'expliquer (analyse idéologique des sensualistes français, avec Condillac ; atomisme psychologique et associationnisme des empiristes anglais, notamment de David Hume). Les états de conscience seraient ainsi des sortes de réalités intérieures comparables aux réalités extérieures que sont les objets.

- B - La notion de vie intérieure. William James et Bergson ont réagi, dès la fin du XIXe siècle, contre cette conception d'une réalité intérieure découpée en éléments, sur le modèle de la réalité extérieure faite d'objets. Ce que le premier appelle «courant de conscience» et le second «durée concrète» est une réalité beaucoup plus profonde qui exprime la vie même de l'esprit et qui échappe à l'observation superficielle. Pour saisir «les données immédiates de la conscience», selon Bergson, il faut renoncer aux habitudes de penser que l'intelligence s'est données au contact de la matière et sous les exigences de l'action et il faut recourir à l'intuition, «espèce de sympathie par laquelle on se transporte à l'intérieur d'un objet pour coïncider avec ce qu'il a d'unique et par conséquent d'inexprimable».

- C - Toute conscience est conscience de quelque chose. L'intuition et l'introspection supposent que la vie intérieure est constituée par un défilé en nous d'idées, d'images, de sentiments, etc., qui auraient une réalité propre et la conscience ne serait ainsi, en quelque sorte, que la prise de conscience d'états de conscience. Mais notre conscience comme l'a montré Kant est toujours «empiriquement déterminée», ce qui veut dire que, selon les formules des phénoménologues (Husserl, Sartre), la conscience est toujours «conscience de quelque chose », elle a une « structure intentionnelle ». En d'autres termes, ce qu'on appelle «l'intérieur» suppose «l'extérieur», la conscience de soi est liée à la conscience du monde ou, comme le dit Alain, «je ne me pense que par le monde».

II. LA CONSCIENCE ET SES ACTES

- A - La conscience est une activité et non une lumière. Une idée ou un sentiment n'existent pas en nous comme des choses que la conscience éclairerait de temps en temps d'un faisceau lumineux. L'idée, le sentiment, la volition sont inséparables d'un sujet qui pense, qui sent, qui veut, et ce sujet est précisément la conscience. Penser, sentir, vouloir, etc. sont des actes de la conscience engagée dans le monde, et les «états de conscience» sont les produits de l'activité de la conscience. La vie intérieure n'est pas une donnée mais une création. Il y a bien, dans la rêverie ou dans le rêve, une sorte de conscience paresseuse et un enchaînement d'états d'âme qui se fait selon les lois de l'association des idées, mais si faible soit-elle, l'activité de la conscience est nécessaire pour échapper au pur sommeil.

- B - Conscience et attention. C'est en effet par l'attention que nous sommes présents au monde et conscients. Faire attention, c'est prendre conscience, s'éveiller, être vigilant. Le préfixe cum, dans le mot conscience, indique l'idée d'un savoir rassemblé, d'une synthèse (comme dans concevoir, connaître et comprendre). On peut dire que l'attention est l'activité de synthèse dont la conscience est le résultat. Et la conscience disparaît quand cesse l'attention, soit par affaiblissement de l'effort de synthèse (dans le sommeil normal), soit par manque d'éléments à synthétiser (dans le sommeil hypnotique). On dit bien de l'inconscient, qu'il ne « se rend pas compte » ; être attentif, c'est être au monde (être distrait, c'est «être ailleurs») et s'efforcer de «s'y retrouver».

- C - Toute conscience est d'ordre moral. La conscience, c'est donc la conscience attentive; elle est toujours, finalement, réflexion. Il n'y a pas d'autre vraie pensée que la pensée vraie, c'est-à-dire une pensée que l'on fait, une pensée que l'on veut. Et le problème n'est pas de savoir comment nous pensons mais comment nous devons penser ou, d'une manière plus générale, il n'est pas de savoir ce que nous sommes mais ce que nous devons être. Se conduire, non se regarder, c'est l'attitude de l'homme vraiment conscient. On comprend par là que le sens commun mette l'accent sur l'aspect moral de la conscience: l'inconscience est une faute. L'homme conscient est consciencieux (conscience professionnelle), cad qu'il se sent responsable de qu'il est et de ce qu'il fait. La conscience n'est pas un témoin mais un juge. CONCLUSION Perdre conscience est synonyme de perdre connaissance. «Revenir à soi, remarquait Valéry, c'est revenir au monde, c'est- à-dire précisément à autre chose que soi». L'homme n'est pas spectateur de lui-même. Il est au monde et il doit s'y bien conduire, non point en se conformant à quelque règle extérieure, mais en s'efforçant toujours d'être conscient. Pour résister à ceux qu'il appelait «les marchands de sommeil», Alain disait: «Travaillez à percevoir le monde afin d'être justes».