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L'idée

Pour approfondir:

 
  1. Panorama de la notion.
  2. Synthèse de la notion.
  3. Plan de la notion.
  4. Textes de la notion.
  5. Problématiques.

 

 

 


 

• Distinguez bien l'Idée, modèle intelligible des choses, type d'être idéal dont le modèle sensible correspondant n'est qu'une imitation, du concept en tant que tel, notion générale formée par abstraction et dont l'usage est strictement phénoménal (§ 1). L'Idée conçue comme modèle a une connotation d'abord platonicienne.
• Lisez, aussitôt après celle-ci, la fiche consacrée aux «concepts scientifiques» (§ 1).
Si le concept est l'instrument nécessaire de l'oeuvre humaine, l'Idée semble la marque même de la transcendance spirituelle (§ 2).
• L'idée abstraite et générale, tout comme l'Idée du métaphysicien, a subi la critique bergsonienne : Bergson voit en l'une comme en l'autre le résultat d'une simple pratique, dénué de toute valeur ontologique (§ 3).
• Toutefois, l'Idée peut être prise aussi au sens hégélien du terme : comme mouvement et dynamisme même de l'Esprit. Sous cette signification nouvelle, elle retrouve sa richesse (§ 4). Elle ne fait alors qu'un avec le Dialectique en tant que tel, c'est-à-dire le processus contradictoire de l'Esprit par thèse, antithèse et synthèse (§ 5). On ne peut sous-estimer l'importance de l'Idée sous son acception dialectique (§ 6).
• En conclusion, il n'est pas de théorie possible sans Idée, car elle permet de totaliser l'expérience.


I — L'Idée et le concept

L'Idée est, au sens restreint du terme, une représentation générale et abstraite (ex. : l'idée de triangle, de cercle, etc.). Mais, dans sa signification la plus vraie et la plus profonde, elle exprime autre chose : l'Idée est un type d'être intelligible dont l'être sensible correspondant n'est qu'une imitation. L'Idée est alors, au sens platonicien du terme, la pure fille de l'intelligible et de l'esprit. Elle se distingue ainsi du concept', dont l'usage est strictement phénoménal. L'Idée désigne, en effet, dans la philosophie de Platon, le modèle même des choses (leur paradigme), le type idéal de chaque réalité. Ainsi, l'Idée de cercle, c'est le cercle idéal, dont chaque cercle concret est la reproduction. Elle est le modèle unique et impérissable de chaque objet. Il est une Idée de toute réalité, non seulement de ce qui nous paraît noble, mais aussi de ce qui peut nous sembler trivial ou vulgaire (le poil, la boue, etc.). En somme, l'Idée est le principe stable et purement intelligible de la pensée. Notons que Platon parle presque indifféremment d'Idée et d'Essence.
«Nous affirmons l'existence du beau en soi, du bon en soi, et de même, pour toutes les choses que nous posions tout à l'heure comme multiples, nous déclarons qu'à chacune d'elles aussi correspond son idée qui est unique et que nous appelons son essence.» (Platon, République)
Modèle des réalités sensibles et dérivées que nous observons, l'Idée est-elle coupée de son image? Ce n'est pas sûr, et certains héritiers de la pensée platonicienne affirmeront que le monde sensible dérive, «procède», de la réalité suprême du monde des Idées.

II — Idée et transcendance spirituelle

Si le concept est l'instrument nécessaire d'une oeuvre purement humaine d'intellection, l'Idée semble la marque de la transcendance spirituelle. Aussi l'Idée platonicienne a-t-elle, depuis toujours, fasciné artistes et poètes, qui s'efforcent d'évoquer ces essences immatérielles, de suggérer une Idée du Beau dépassant infiniment toutes les beautés concrètes et sensibles. Comme si l'esprit humain avait ainsi besoin d'un principe suprême permettant d'aller toujours plus loin. L'Idée, c'est ce qui nous pousse en avant !
«L'Idée est la véritable source de l'activité spirituelle : elle est ce qui meut l'homme, l'oblige à dépasser sa propre pensée et sa propre action, ce qui lui donne du mouvement pour aller toujours plus loin... L'Idée appelle le sensible dans lequel elle cherche à s'incarner. C'est pourquoi l'Idée donne naissance à des créations qui recommencent toujours, mais dont aucune ne peut être répétée exactement telle quelle.» (J. Lacroix, Le sens du dialogue, Éditions de la Baconnière, Neuchâtel, 1962)

III — La critique de l'Idée : Bergson

Néanmoins, l'Idée a subi l'assaut de bien des critiques. Examinons tout particulièrement celle de Bergson.
Les idées générales au sens restreint du terme ont d'abord, aux yeux de Bergson, une signification vitale et biologique. Les idées ne sont pas tombées, du ciel, mais, bien au contraire, elles sont utiles et nécessaires à la vie. Pour vivre, il faut classifier, abstraire (considérer une représentation indépendamment du contenu concret) et généraliser (poser une notion comme universelle). L'idée abstraite est d'abord une représentation utile à la vie.
Qu'en est-il maintenant de l'Idée du métaphysicien, de l'Idée du Beau ou du Vrai? Loin d'avoir une valeur ontologique, elle résulte des exigences de l'action dont elle est prisonnière. L'Idée ne nous permet pas d'accéder à la connaissance vraie du réel, qu'elle mutile. Pour Bergson, le vrai savoir est intuition, coïncidence avec l'objet dans ce qu'il a d'ineffable. Toute Idée se ramène finalement à un jeu verbal vide et creux, aux exigences de la pratique, dénuées de toute portée ontologique.

IV — L'Idée, c'est le processus dialectique total

Néanmoins, l'Idée n'est pas nécessairement dénuée de valeur ontologique. On peut, certes, critiquer l'Idée platonicienne, dans la mesure où elle est séparée du monde' qu'elle transcende. Elle représente' un arrière-monde obscur, impénétrable et peut-être creux. Mais nous pouvons conserver l'Idée au sens hégélien du terme : comme mouvement et dynamisme même de l'Esprit. Elle représente alors le processus dynamique spirituel immanent à toute la réalité. L'Idée, c'est le dialectique lui-même, l'Esprit se mouvant par contradictions surmontées, le mouvement contradictoire des choses par thèse, antithèse et synthèse, chaque moment étant à la fois nié et conservé. En ce sens, l'Idée est féconde, parce qu'elle permet de penser le réel dans sa totalité en devenir.
«L'Idée elle-même est la dialectique qui, éternellement, sépare et distingue l'identique en soi du différent... et elle n'est qu'à cette condition création éternelle, vie éternelle et éternel esprit.» (Hegel, Encyclopédie).
Ainsi, l'Idée, comme le dit magnifiquement Hegel, c'est la vie éternelle de l'Esprit se mouvant.

V — La dialectique hégélienne

Hegel conçoit ainsi une démarche rationnelle — la démarche de la pensée dialectique —, mouvement dans lequel la contradiction (affirmation/négation) appelle un dépassement. La dialectique représente l'Idée en mouvement, le processus des choses s'enrichissant par une succession de contradictions surmontées. Là se trouve l'apport principal de Hegel : dans sa mise au point très féconde de la pensée dialectique, où les contradictions sont sans arrêt intégrées et dépassées dans le mouvement de la totalité. Ainsi l'être pur et simple, la plus pauvre des notions va se résoudre, dans la dialectique hégélienne, en néant (c'est l'antithèse). Cette contradiction (entre l'être et le néant) se résout elle-même dans le devenir, qui réalise la synthèse de la thèse (être) et de l'antithèse (néant), de l'affirmation et de la négation. Cette dialectique peut paraître artificielle. Mais elle a inspiré des générations de penseurs, de philosophes (Marx), et d'hommes politiques (Lénine).

VI — Importance de l'Idée dialectique

Si nous ne pouvons certes accepter le rationalisme intégral de Hegel, néanmoins l'Idée dialectique ne saurait être totalement rejetée du champ de la recherche et du travail philosophique. Dans la mesure où l'Idée représente une totalité dialectique et vivante, la réflexion ne peut l'ignorer. Ainsi, dans une société, c'est le tout spirituel (l'Idée en mouvement) qui éclaire l'homme lui-même et ses différentes productions.
«Tout ce qui se passe dans le monde, les événements, le jeu des forces innombrables, hétérogènes, différenciées à l'infini, tout cela, non seulement se soumet aux lois générales de la dialectique, mais encore dérive effectivement de celle-ci : comme une production et une différenciation de l'Idée absolue. Le savoir ultime auquel l'homme peut accéder se confond avec la vie de l'Idée absolue. » (J. d'Hondt, Hegel. Textes et débats, Le livre de poche, 1984)

Conclusion

L'Idée est un terme fondamental sans lequel la théorie dialectique n'a plus de guide. Nulle logique et nulle philosophie sans Idée. Hegel nous a apporté une méthode pour penser et réfléchir sur la vie de l'Esprit.


SUJETS DE BACCALAURÉAT

— Les idées mènent-elles le monde?
— Y a-t-il, en toute rigueur, des idées fausses?
— La pensée abstraite détourne-t-elle de la réalité?
— Peut-on accéder à la réalité sans passer par l'abstraction?
— Une idée peut-elle être neuve?

En un sens large, on entend par idée toute notion ou représentation. En un sens restreint, l'idée désigne une espèce particulière de représentation distincte des concepts. Le plus souvent, en philosophie, idée est synonyme de concept.

I. DÉFINITIONS

- A - Concept et image. Le concept est une représentation générale et abstraite, produit de l'entendement tandis que l'image est une représentation particulière et concrète, produit de l'imagination. Certains auteurs (James, Binet, École de Wurtzbourg) ont prétendu qu'il pouvait y avoir une pensée sans images. Mais il semble bien que le concept s'accompagne toujours de la représentation d'images particulières qui constituent sa matière (cf. Kant: «des concepts sans matière sont vides»). Il ne faut pas oublier en effet que «la formation des concepts est l'étude du sage; pourvu qu'il rapproche le concept de l'objet concret » (Alain).

- B - Concept et idée. Platon appelait Idées les essences éternelles auxquelles parvient le dialecticien dans sa quête d'une vérité absolue. En un sens assez voisin, Kant distingue des concepts, œuvres de l'entendement, les idées, produits de la raison à la recherche de l'inconditionné. Tandis que les concepts ont un usage constitutif (ils mettent en ordre l'expérience), les idées n'ont qu'un usage régulateur, c'est-à-dire qu'elles empêchent l'entendement de se satisfaire de ses synthèses mais qu'elles ne peuvent nous fournir une connaissance véritable parce quelles nous entraînent hors du domaine de l'expérience (idée d'âme, idée d'univers, idée de Dieu).

- C - Concept et jugement. Contre Aristote, qui affirmait l'antériorité du concept sur le jugement, il faut considérer que le concept est déjà l'œuvre du jugement, puisqu'il consiste à unifier une diversité d'impressions sensibles. Concevoir c'est déjà juger comme le montre l'analyse de l'idée d'objet: «Un objet est ce dont le concept réunit les éléments divers d'une intuition donnée» (Kant). Cela signifie que penser, c'est relier et nous savons en effet que la conscience est synthèse et qu'il n'y a pas de connaissance qui résulte de la pure intuition d'un objet donné.

II. FORMATION DU CONCEPT

- A - Concept et expérience. L'empirisme radical, pour qui «il n'y a rien dans l'entendement qui n'ait été auparavant dans les sens», nie l'existence du concept sous prétexte que les sens ne peuvent nous fournir que des représentations particulières et concrètes. Tel est le nominalisme de Berkeley, de Hume et de Taine. Un empirisme plus modéré admet l'existence des représentations générales et abstraites, mais cherche à expliquer le concept à partir de la perception, alors que la perception suppose le concept.

- B - Concept et société. Nous ne pourrions en effet percevoir le monde si nous ne disposions de concepts, purs et empiriques. Les concepts empiriques nous sont fournis par la société avec le langage: «Nous allons aux choses armés de signes» et «Tout progrès de la connaissance va de l'abstrait au concret» (Alain); penser c'est donner un sens au langage. Les sociologues considèrent que la société nous fournit aussi les concepts purs: seule, en effet, elle serait capable d'assurer à certaines de nos représentations « une quasi-immuabilité et une quasi-universalité» (Durkheim). - Mais les concepts purs sont absolument immuables et universels; il ne peuvent donc être d'origine sociale. Ce qui est vrai, c'est qu'un bon usage du concept suppose l'accord avec les hommes (avec l'Idée), comme l'accord avec les choses (avec les images).

- C - Concept et entendement. Il est cependant difficile d'admettre avec le réalisme des Idées (Platon) que les concepts existent tout faits en un monde intelligible ou en Dieu, où il n'y aurait qu'à les contempler. Il reste donc que les concepts purs (substance et causalité, par exemple) soient les formes mêmes de l'entendement, c'est-à-dire les cadres a priori à travers lesquels nous ramenons à l'unité la diversité sensible en formant des concepts empiriques. Tel est le conceptualisme kantien qui tient les concepts soit pour des formes (concepts purs) soit pour des produits (concepts empiriques) de l'entendement, c'est-à-dire, non pour des objets de pensée, mais pour des instruments au moyen desquels la pensée saisit le monde. « Les idées ne sont que des moyens [... ] des pinces pour saisir les objets de l'expérience » (Alain).

CONCLUSION Toute pensée est conceptuelle en ce sens que nos représentations sont par nature abstraites et générales. Le vrai problème n'est pas de savoir comment on abstrait et on généralise, mais comment on arrive à saisir la réalité concrète et particulière à travers les concepts.

Ca peut toujours servir


En littérature: Les énigmes dans la littérature policière; Louis Althusser, L’avenir dure longtemps, Stock ; Rousseau, Juge de Jean-Jacques.

Peinture : Magritte, Ceci n’est pas une pipe ; Rodin, Le Penseur.

Cinéma : La Controverse de Valladolid, sur un scénario de Jean-Claude

Indications de lecture

Platon, Ménon.

R. Descartes, Discours de la Méthode, 1637 ; Les Méditations métaphysiques, 1641.

D. Hume, Enquête sur l’entendement humain, 1748.

E. Kant, dans La Philosophie de l’Histoire, l’opuscule : « Réponse à la question : qu’est-ce que les Lumières ? », 1784.

J. Lagneau, «Cours sur l’évidence et la certitude», dans Célèbres leçons et fragments.

M. Heidegger, « Que veut dire “Penser” », dans Essais et conférences, Tel.