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Constitution d'une science de l'homme

Pour approfondir:

 
  1. Panorama de la notion.
  2. Synthèse de la notion.
  3. Plan de la notion.
  4. Textes de la notion.
  5. Problématiques.

 

 

 

 

Distinguer Sciences de la nature : (physique, chimie, biologie) : Visent des réalités objectives indépendantes de l’observateur humain.

S’appuient sur le caractère renouvelable de l’expérimentation.

Tentent d’expliquer les phénomènes par une unique série causale.

Sciences

humaines

(histoire, psychologie, sociologie) :

Traitent de réalités impliquant le sujet humain, doivent tenir compte du concret et du vécu.

Expérimentation difficile voire impossible.

Tentent de rendre compte des phénomènes dont elles traitent par des faisceaux de causes qui constituent un contexte d’explication.

Les frontières entre les diverses sciences humaines sont mal délimitées.

Problématique

générale

L’homme peut-il être à la fois sujet et objet de la science ? En psychologie : opposition entre psychologie d’introspection et psychologie comportementale.

En histoire : l’idéal irréalisable de l’objectivité.

En sociologie : le problème de la constitution des faits sociaux, y a-t-il des lois auxquelles la réalité sociale obéit.

• Attention! Ne comptez pas la biologie, l'anatomie ou la physiologie humaines parmi les sciences de l'homme! Les sciences humaines se définissent, en effet, comme l'ensemble des disciplines traitant, par opposition au reste de la nature, de ce qui caractérise l'homme : comportement psychologique, histoire, société...
• Lisez, en même temps que cette fiche, celle consacrée au «sens» : les sciences humaines ont, en effet, comme objet privilégié d'étude, l'homme comme projet et conscience porteuse de sens et de signification.
• L'homme, comme activité dont il est possible d'étudier les lois, est apparu tardivement dans le savoir (§ 1) : les sciences humaines se constituent à partir du XIXe siècle (§ 2).
• Le modèle scientifique et surtout physique a d'abord fasciné les sciences humaines (§ 3), comme en témoignent les écrits de Durkheim, un des fondateurs de la sociologie (§ 3). Le projet structuraliste, dans les années 1950-1960, n'a fait que réitérer ces exigences de scientificité (§ 4).
• Néanmoins, les sciences humaines possèdent leur spécificité par rapport aux sciences de la nature, dans la mesure où l'homme est d'abord objet de compréhension (§ 5).
• L'exemple de la sociologie montre bien que le modèle positiviste ne peut et ne doit pas supprimer l'approche compréhensive (§ 6).



I — L'homme est une invention récente

Si les sciences humaines n'ont pu trouver leur acte de naissance avant le début du xixe siècle, c'est parce que l'homme est une invention récente dans le champ du savoir, comme l'a montré Michel Foucault.
Cette proposition peut surprendre : l'homme n'est-il pas objet de curiosité depuis des millénaires? N'est-il pas le plus vieux des problèmes qui se soit posé au savoir humain?
Si la notion de «nature humaine» est, en effet, antérieure au xixe siècle, l'homme, en tant qu'activité dont il est possible d'étudier l'organisation et les lois, est apparu tardivement sur la scène du savoir. Si le métaphysicien classique se penchait sur l'humaine nature, la sociologie, par exemple, questionne le comportement de l'homme en société. Seule, la modernité a pu poser l'homme sous ce nouvel aspect :
« Une chose, en tout cas, est certaine : c'est que l'homme n'est pas le plus vieux problème ni le plus constant qui se soit posé au savoir humain. En prenant une chronologie relativement courte et un découpage géographique restreint... on peut être sûr que l'homme y est une invention récente.» (M. Foucault, Les mots et les choses, NRF, 1966)
Il — Apparition historique des sciences humaines
A partir du XIXe siècle, les sciences humaines se constituent progressivement. La fondation de la sociologie revient à Auguste Comte, auteur de ce terme (1837). Cette discipline se définit comme la science positive des faits sociaux et des institutions. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la psychologie, auparavant confondue avec l'étude de l'âme ou de la vie intérieure, accède au statut scientifique, avec les travaux de Fechner, pionnier de la psychologie expérimentale. L'anthropologie' (science de l'homme) tend, elle aussi, à acquérir le statut de science à la fin du xixe siècle. Citons, enfin, la psychanalyse fondée en 1900, avec l'Interprétation des rêves, de Freud, qui décrit l'inconscient' comme structure fondamentale de l'être humain et donne à la sexualité une place primordiale.

III — Le modèle scientifique

Fascinées par le modèle physique, les sciences humaines ont tenté de se constituer comme disciplines objectives et positives, comme des sciences «à part entière », au même titre que les autres sciences de la nature. Dans ce dessein, elles ont esquissé plusieurs méthodes :

— obéissant aux différents moments de la recherche scientifique, à savoir :
• observation,
• mesure,
• expérimentation (elle n'est pas toujours possible!);

— se soumettant, par conséquent, aux exigences d'objectivité, traitant les faits humains comme des choses, c'est-à-dire en les considérant de l'extérieur, sous leurs aspects objectivement observables;

— permettant de dégager les lois statistiques qui commandent les phénomènes humains. Ainsi Durkheim, un des fondateurs de la sociologie, a-t-il étudié statistiquement le suicide en fonction des différents critères sociaux, comme la religion, le célibat, etc.
Les règles de Durkheim sur la méthode sociologique expriment remarquablement l'idéal scientifique à l'oeuvre dans les sciences humaines :
«La première règle et la plus fondamentale est de considérer les faits sociaux comme des choses.» (Durkheim, Les règles de la méthode sociologique, Alcan)
«Nous ne disons pas... que les faits sociaux sont des choses matérielles, mais qu'ils sont des choses au même titre que les choses matérielles, quoique d'une autre manière... Est chose tout objet de connaissance qui n'est pas naturellement compénétrable à l'intelligence... tout ce que l'esprit ne peut arriver à comprendre qu'à condition de sortir de lui-même, par voie d'observations et d'expérimentations'.» (Durkheim, op. cité)

IV — Le projet structuraliste

Le projet «structuraliste», qui parut triompher dans les années 1950/1960, revendiqua une exigence encore accrue de scientificité. Illustrées par les travaux de Lacan et surtout de Lévi-Strauss, les recherches structuralistes tentèrent de constituer en savoirs rigoureux et objectifs des domaines qui appartenaient encore à la philosophie. En s'efforçant de construire des structures, c'est-à-dire des ensembles ou des totalités dont les éléments n'ont de sens que par rapport à l'organisation générale (la langue, par exemple, est un système de cet ordre), les structuralistes prolongeaient l'effort d'objectivité en s'efforçant de dégager des structures sociales un ensemble de lois.

Dès lors, le structuralisme oubliait l'homme, donateur de sens, qu'il dissolvait au profit des structures.
«Nous croyons que le but dernier des sciences humaines n'est pas de constituer l'homme, mais de le dissoudre.» (C. Lévi-Strauss, La pensée sauvage, Plon, 1962).

Le structuralisme

Le courant structuraliste dans les sciences humaines prolonge celui du positivisme dans la mesure où il s’efforce de fonder les sciences humaines sur des bases rigoureuses, en prenant cette fois pour modèle le formalisme axiomatique des mathématiques.

L’adoption de la méthode structurale par les sciences humaines a conduit à une remise en cause radicale de l’idée de « l’homme », dans lequel on ne veut plus voir un sujet ni même un objet, mais une entité illusoire que la science n’a pas à expliquer ou à comprendre, mais à «dissoudre» (cf. Lévi-Strauss, La Pensée sauvage, Pion, 1962, pp. 326-327). La méthode structurale pose en effet que la structure (la totalité) préexiste aux éléments qui la composent et qui ne peuvent être saisis que par un jeu de relations, d’oppositions et de différences, interne à cette structure. Dès lors la seule réalité est celle de la structure et les éléments n’en ont aucune indépendamment de leur relation à la totalité, puisqu’ils n’existent pas en dehors de cette totalité. Ce sont les structures qui dictent aux individus leurs fonctions, économiques, linguistiques, gnoséologiques, etc. En considérant donc que les réalités humaines ne forment que des systèmes qu’il leur appartient de déchiffrer, les sciences humaines structurales ne voient dans la vérité de l’homme qu’un « fonctionnement » intégralement intelligible. Ainsi pourra-t-on proclamer avec Foucault la « mort de l’homme » entendu comme sujet, comme personne consciente, libre, singulière et irremplaçable, les individualités humaines se révélant n’être que des «lieux d’interactions», de simples fonctions, dépourvues de toute essence, dans des ensembles qui les dépassent en même temps qu’ils les constituent.



V — On explique la nature et on comprend l'homme

L'erreur des recherches purement positivistes est d'oublier que l'homme ne peut jamais être étudié comme les autres réalités du monde. Elles méconnaissent l'essence de la réalité humaine, l'homme comme donateur de sens et projet. Les positivistes occultent la nécessité de la compréhension : on explique la nature, mais on comprend l'homme et la vie de l'esprit, ont noté Dilthey et, plus tard, Sartre :

«L'homme est pour lui-même et pour les autres un être signifiant, puisqu'on ne peut jamais comprendre le moindre de ses gestes sans dépasser le présent pur et l'expliquer par l'avenir... Pour saisir le sens d'une conduite humaine, il faut disposer de ce que les psychiatres et les historiens allemands ont nommé «compréhension.» (Sartre, Question de Méthode, in Critique de la raison dialectique, NRF, 1960)
Ainsi, les sciences humaines ne peuvent s'inspirer totalement des méthodes utilisées dans les sciences de la nature.

VI — Naissance d'une science humaine. Exemple : la sociologie

Jusqu'au XIXe siècle, société et État se trouvent confondus chez tous les philosophes qui en traitent à partir d'une réflexion métaphysique pour en expliquer le fonctionnement, l'évolution, décrivant ainsi des sociétés idéales (La République, de Platon, la Cité de Dieu, de Saint Augustin).

Auguste Comte fonde la sociologie : il veut en faire la «science des sciences ». Mais son discours, ainsi que celui de ses successeurs immédiats (Spencer, Mill), reste d'abord une justification de certaines idées générales, tirées de l'observation de faits sociaux du passé et très imprégnées encore de métaphysique.

C'est Durkheim qui va réellement tenter de faire accéder la sociologie au statut de science exacte en lui appliquant le modèle scientifique (cf. §3). Il crée le concept du fait sociologique traité comme une chose, avec une définition précise, et recherche, par le biais de mesures statistiques, des lois liant les faits et permettant de prévoir l'évolution des sociétés. Avec Marcel Mauss (1872-1950) et les autres continuateurs de Durkheim, la sociologie tente d'atteindre à une objectivité réelle, comme si elle était «le véritable instrument d'information par lequel la société se pense».

Mais l'imbrication des faits sociaux dans toutes les activités de l'homme rend leur définition difficile et imprécise ; la complexité et la fluidité des relations sociales échappent sans cesse à toute description rigoureuse. La sociologie ne peut être définie comme une science positive telles la biologie ou l'agronomie.

Ces difficultés ont conduit la sociologie contemporaine, d'abord fascinée par l'objectivité quantitative, à renoncer progressivement à celle-ci comme unique approche et à redonner de l'importance à la quotidienneté vécue, comme en témoignent les travaux désormais célèbres d'Henri Lefebvre sur la sociologie de la vie quotidienne (La vie quotidienne moderne, PUF, 1968). C'est, par exemple, le vécu de la ville qui intéresse les sociologues de notre temps. De même, Jean Baudrillard analyse-t-il le sens vécu et concret de la consommation moderne, lorsque le Signe pur et simple prédomine (livres, disques, meubles se ramènent à des signes, indépendamment de leur contenu. Ainsi consommons-nous des signes et cela explique qu'il n'y ait pas de limites à la consommation).
Edgar Morin, lui aussi, a développé des analyses sociologiques fort concrètes, dans de multiples directions : celle du cinéma (dans Le cinéma et l'homme imaginaire, il montre que la participation imaginaire au culte des stars représente une expérience vivante, non point un abrutissement), celle du racisme et de l'antisémitisme (dans la Rumeur d'Orléans), mais aussi dans le domaine du nouvel esprit de notre temps : son approche se fait attentive pour enregistrer la crise de la culture et la crise de là société, en bref toutes les ruptures concrètes qui traversent notre champ social (cf. L'esprit du temps, 1 et 2).
Comment s'est donc constituée la sociologie? A travers une double approche :
— positive et scientifique (Durkheim, etc.),
— à travers une réflexion qualitative et concrète sur le vécu social (Lefebvre, Baudrillard, etc.).

Conclusion

Ce n'est pas au même titre que l'on parle de sciences de la nature et de sciences de l'homme, car ces dernières ne peuvent totalement s'émanciper de la pensée philosophique ou de la spéculation métaphysique.

SUJETS DE BACCALAURÉAT

— Les sciences de l'homme doivent-elles s'inspirer des méthodes utilisées dans les sciences de la nature?
— Est-ce au même titre que l'on parle de sciences de la nature et de sciences de l'homme? — L'homme peut-il être l'objet d'une science particulière?
— Les sciences humaines donnent-elles un pouvoir sur l'homme?
— Les sciences humaines sont-elles compatibles avec l'affirmation de la liberté?
— La pluralité des sciences de l'homme ne contredit-elle pas le projet philosophique de penser l'homme?
— Peut-on, sans se contredire, parler de «science de l'homme»?

Les sciences de l'homme sont celles qui se sont constituées le plus tardivement à cause des difficultés particulières que rencontrent en ce domaine l'observation et l'expérimentation et aussi parce que le déterminisme des phénomènes humains est plus douteux que celui des phénomènes naturels. La science, toutefois, considère que, selon un mot de Spinoza, «l'homme n'est pas un empire dans un empire» et qu'il doit obéir à des lois comme toute chose dans la nature.

I. HISTORIQUE

- A - Auguste Comte. Les philosophes se sont intéressés de tout temps aux phénomènes sociaux (« politiques », au sens premier du terme), mais c'est Comte qui eut l'idée de constituer une science politique qui aurait ces phénomènes pour objets propres. Il l'appela d'abord «physique sociale» pour bien marquer le caractère «naturel» des faits sociaux, puis sociologie, lui assignant pour but de découvrir «les vraies relations générales qui lient entre eux tous les faits sociaux» en considérant «chaque phénomène sous le double point de vue élémentaire de son harmonie avec les phénomènes coexistants» (Statique sociale) «et de son enchaînement avec l'état antérieur et l'état postérieur du développement humain» (Dynamique sociale). L'existence sociale étant la caractéristique même de l'humanité, la sociologie est, dans cette perspective, la science de l'humanité.

- B - Emile Durkheim. Les successeurs d'AuGUSTE Comte jugeront son entreprise trop vaste et mal définie. Les uns, comme Gabriel de Tarde, feront du fait social un fait de psychologie interindividuelle (Les lois de l'imitation, 1890); d'autres, à la suite de Spencer, ramèneront le fait sociologique au fait biologique (Worms: Organisme et société, 1896); d'autres encore considéreront que le fait social est un fait historique envisagé sous son aspect général, comme institution et non comme événement (Paul Lacombe: De l'histoire considérée comme science, 1896). C'est Durkheim (Règles de la méthode sociologique, 1894) qui établit la spécificité des faits sociaux en les définissant ainsi: «Ce sont des manières d'agir, de penser et de sentir extérieures à l'individu et douées d'un pouvoir de coercition en vertu duquel elles s'imposent à lui. Par suite, ils ne sauraient se confondre avec les phénomènes organiques puisqu'ils consistent en représentations et en actions, ni avec les phénomènes psychiques, lesquels n'ont d'existence que dans la conscience individuelle et par elle». Durkheim pose aussi quelques règles essentielles: «Il faut considérer les faits sociaux comme des choses» et «la cause des faits . sociaux doit toujours être cherchée dans d'autres faits eux-mêmes sociaux». D'autre part, à la notion d'humanité, il substitue la notion plus précise de groupe social.

- C - La sociologie actuelle. La notion de groupe n'est plus le seul concept de base de la sociologie contemporaine, qui met aussi l'accent sur la notion de «relations sociales» (coopération, conflit, hiérarchisation, etc..) engendrant des «formes de sociabilité» (Dupréel, Tônnies, Von Wiese, Georg Simmel, etc..) et sur la notion de systèmes socio-culturels à l'intérieur desquels jouent des tensions entre «micro-groupes» (Sorokin, Gurvitch, G. Bastide, etc.). La sociologie peut être divisée aujourd'hui en Statique des systèmes sociaux (étude de la famille, du groupement rural, de la ville, du groupe professionnel, de l'État), Statique des systèmes culturels (étude de la personnalité de base, des mœurs, de la langue, de la connaissance, des arts, de la religion) et Dynamique socio-culturelle (études du devenir des sociétés, mettant en relief son caractère pluraliste et parcellaire et introduisant les notions de cycles, de fluctuations, d'acculturation, etc.).

II. ÉTAT ACTUEL

- A - L'objet de la sociologie. Parce qu'elles travaillent sur une matière commune, les différentes sciences de l'homme s'interpénètrent nécessairement. C'est ainsi, par exemple, que la psychologie sociale (qui étudie notamment, avec A. Kardiner et R. Linton, la «base culturelle de la personnalité») relève de la psychologie aussi bien que de la sociologie. De même, l'histoire et la sociologie constituent, selon l'expression de C. Lévi-Strauss, un « véritable Janus à deux fronts », l'une ne pouvant aller sans l'autre. Il reste que l'objet sociologique présente certains caractères spécifiques dont les plus importants sont sans doute : la «totalité solidaire» (Mauss), c'est-à-dire une complexité dans laquelle chaque partie ne se comprend que par rapport au tout, la pluridimensionnalité, c'est-à-dire l'existence, dans le phénomène social total, de «paliers en profondeur» (Gurvitch), le symbolisme (R. Bastide), c'est-à-dire la liaison entre les structures sociales et des idéaux, des valeurs, des mythes, etc...

- B - La méthode de la sociologie. A l'approche qualitative des faits sociaux (ethnographie, étude de cas, etc.) s'ajoute une approche quantitative (statistiques) dont l'importance n'a cessé de croître. De même, au niveau de l'expérimentation, si la méthode comparative vantée par Durkheim joue toujours un rôle important, on recourt aussi à de véritables expériences en laboratoire (sociodrames de Moreno, par exemple) et aussi à des «expériences sur modèles» (étude de relations de parenté par C. Lévi-Strauss, par exemple). Quant à l'interprétation des faits, la distance se réduit entre l'explication causale (Durkheim) et la sociologie compréhensive (Dilthey, Weber), l'accent étant mis sur la «signification» des phénomènes sociaux, et l'on a vu surtout apparaître une nouvelle méthode, inspirée de la phonologie de Troubetskoï, la méthode structurale (C. Lévi-Strauss) qui conçoit la société comme un réseau de communications auquel on peut appliquer le même traitement rigoureux qu'à la communication linguistique.

- C - Le rôle de la sociologie. Certes la sociologie est une science positive qui étudie les faits sociaux « sans [ les ] admirer ni [ les ] maudire », selon l'expression de Comte, et en y voyant seulement «de simples sujets d'observation». Mais ce n'est pas par hasard que le sociologue est ordinairement «engagé» et que les grands systèmes sociologiques se trouvent tous porteurs d'une politique. Car s'il est vrai que «les lois sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses» (Montesquieu), il est vrai aussi que la connaissance des lois, en sociologie comme ailleurs, permet l'action. Et la sociologie peut d'autant moins se désintéresser des problèmes humains qu'elle découvre précisément ce qui fait l'humanité même, par-delà la nature biologique et psychologique des individus et l'histoire particulière des civilisations.

CONCLUSION La sociologie ne saurait être, à elle seule, l'anthropologie, mais c'est elle peut-être qui donne leur sens véritable à la psychologie et à l'histoire, comme Comte l'avait pressenti, en subordonnant, dans la «synthèse subjective» toutes les autres sciences à la sociologie.

ÇA PEUT TOUJOURS SERVIR

En littérature : la littérature anthropologique, les récits de voyage.

Peinture : la tradition de la physiognomonie (G. Délia Porta, Lavater), F. Bacon.

Cinéma : Tout le cinéma documentaire anthropologique, depuis R. Flaherty, J. Rouch, etc. Les films à dimension sociologique comme ceux de

G. Rouquier, Farrebique, Biquefarre.


Indications de lecture

M. Foucault, Les Mots et les Choses, 1966 (Tel).

J. Parain-Vial, Analyses structurales et idéologies structuralistes, 1972.

J. Piaget, Épistémologie des sciences de l’homme, Gallimard, 1972.

G. Gusdorf, Les Sciences humaines et la pensée occidentale, Payot, 1966-1978.