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La volonté

Pour approfondir:

 
  1. Panorama de la notion.
  2. Synthèse de la notion.
  3. Plan de la notion.
  4. Textes de la notion.
  5. Problématiques.

 

 

 

 


• Distinguez bien la volonté, décision réfléchie, poursuite délibérée de certaines fins à travers des moyens et des stratégies complexes, du désir, tension vers un but qui n'intègre ni l'obstacle ni la médiation (§ 1).
• Ne confondez pas non plus la volonté - active - et le souhait - passif - (§ 2).
• Le schéma classique de l'acte volontaire, comportant délibération, décision et exécution est absolument truqué, a montré Sartre (§ 4) quand je délibère, les jeux sont déjà faits!
• En définitive, on peut penser avec Sartre que la volonté suppose le fondement d'une liberté originelle (§ 5).
• Enfin, la volonté requiert une élucidation morale : c'est l'objet de la réflexion de Kant (§ 6 et 7).



I - Volonté et désir

Il faut séparer nettement volonté et désir'. Si tout désir, comme toute volonté, procède d'un manque (je désire ou veux seulement ce qui me fait défaut, ce que je ressens comme une privation), néanmoins, ils différent profondément. Le désir est simplement la tension vers un but ressenti comme pôle possible de satisfaction. Or, la volonté n'est nullement le désir : elle représente cette forme de l'activité personnelle qui comporte la représentation de l'acte à produire et des moyens nécessaires à sa réalisation. Le désir va droit à l'objet, alors que la volonté suppose une synthèse nouvelle intégrant l'obstacle et la médiation, sans attendre passivement la manne. En somme, la volonté élabore des stratégies, alors que le désir en reste au niveau de l'immédiateté:

«Les désirs précèdent la volonté, mais ne l'expliquent pas. Si le désir se réalise de lui-même, presque immédiatement ou du moins sans obstacle, il n'y a pas volonté. Pour qu'il y ait volonté, il faut que l'action immédiate soit empêchée, qu'il y ait un retard de l'acte pas de volonté sans obstacle à surmonter. » (J. Lacroix, Le sens du dialogue, Éditions de la Baconnière, Neuchâtel, 1962)

II - Volonté et souhait

Mais vouloir n'est pas plus souhaiter qu'il n'est désirer. Le souhait, proche de l'aspiration ou de l'envie, est passif et indécis, il n'est suivi d'aucune action réelle vers le but. Tout au contraire, la volonté progresse activement vers le but, fût-ce à travers un chemin rude, amer, et même rebutant. En somme, la volonté active, à la différence du souhait passif, accepte de passer par l'itinéraire ingrat, désagréable et pénible.

III - Le schéma classique de l'acte volontaire

Les désirs et les souhaits précèdent donc la volonté, mais ne l'expliquent nullement. La volonté apparaît comme une décision réfléchie, une poursuite délibérée de certaines fins à travers une médiation et un itinéraire complexes.
Mais comment comprendre plus clairement la nature de l'acte volontaire? La réflexion philosophique classique nous en a fourni un schéma célèbre. Elle a distingué plusieurs moments bien définis dans l'acte de la volonté. Le vouloir se décomposerait en une conception de la fin à réaliser, une délibération pesant les motifs et les mobiles profonds, une décision et une exécution. En somme, la volonté ne serait rien d'autre que la décision (active) qui succéderait à une délibération sur des motifs et des mobiles. Qu'est-ce qu'un motif? La raison d'un acte, l'ensemble des considérations rationnelles qui le justifient. Quant au mobile, c'est une cause beaucoup plus subjective, affective et irrationnelle.

IV - Sartre : la délibération volontaire est toujours truquée

Sartre a souligné le caractère artificiel du schéma classique de l'acte volontaire : cette conception académique est plus abstraite que réelle.
Car le mobile n'a précisément de sens et de valeur pour nous que dans la mesure où nous le reprenons. La délibération volontaire (avec examen des motifs et des mobiles) représente un ensemble bien artificiel ni les motifs, ni les mobiles ne sont déterminants à proprement parler. Avant même de délibérer, j'ai déjà choisi, en toute liberté. Quand je délibère, les jeux sont faits! Par conséquent, il n'y a jamais de délibération réelle. Mon libre projet fondamental décide de mon choix avant toute réflexion. Selon Sartre, la liberté humaine est un jaillissement permanent qui donne sens à toutes les réalités psychiques. Le libre choix, antérieur à la réflexion, crée une décision avant toute délibération. La volonté est bien réfléchie par opposition à la spontanéité non volontaire, mais ce qui est réfléchi, c'est la manière d'atteindre la fin poursuivie. La réflexion ne joue pas vraiment au niveau d'une décision qui est toujours déjà prise.
« De cela résulte que la délibération volontaire est toujours truquée... En fait, motifs et mobiles n'ont que le poids de mon projet... Quand je délibère, les jeux sont faits... Quand la volonté intervient, la décision est prise, et elle n'a d'autre valeur que celle d'une annonciation. » (Sartre, l'Etre et le Néant, N. R. F., 1957)

V - La liberté fonde la volonté

Les analyses de Sartre et sa critique du schéma classique semblent parfaitement fondées. Aussi, peut-on, dans cette perspective, considérer la liberté' comme le fondement de la volonté. Le choix libre du pour-soi donne vie aux motifs et aux mobiles, qui tirent de lui leur énergie, leur puissance et leur vérité. La volonté suppose à son fondement une liberté originelle qui la porte et la supporte. Ainsi Sartre a-t-il renversé le schéma classique de la volonté. Refusant de privilégier la délibération, il a déplacé l'attention vers la liberté, source vivante de l'acte volontaire.
« Loin que la volonté soit la manifestation unique ou du moins privilégiée de la liberté, elle suppose, au contraire, comme tout événement du pour-soi, le fondement d'une liberté originelle pour pouvoir se constituer comme volonté. » (Sartre, op. cit.)
Si la philosophie classique a privilégié la volonté en y voyant une expérience fondamentale de la liberté, Sartre renvoie la volonté elle aussi au foyer qui anime toute la vie psychique : la liberté.

VI - La volonté morale : la bonne volonté

Mais la volonté n'a été étudiée jusqu'ici que dans la sphère psychologique et métaphysique. Or, elle requiert tout autant une élucidation sur le. plan de l'éthique. Elle ne prend tout son sens que reliée au devoir' et à la loi morale que nous choisissons librement. Qu'est-ce que la volonté? C'est la position libre de la loi, l'obéissance à une loi dont je suis en même temps l'auteur et le créateur.
La volonté est, sur le plan moral, cette bonne volonté analysée par Kant. Qu'est-ce que la bonne volonté? Une volonté qui fait son devoir, une volonté qui agit par devoir, non pas simplement comme le devoir le demande. Par exemple, le marchand servant de façon loyale ses clients n'agit pas par devoir, s'il réalise son action en fonction de ses intérêts. Tout au contraire, il fait preuve de bonne volonté s'il agit par pur respect pour la moralité, sans aucune influence de la sensibilité. En quoi consiste la volonté morale, la bonne volonté? A faire son devoir, par devoir! Seule cette bonne volonté a une valeur absolue:
«De tout ce qu'il est possible de concevoir en ce monde, ou même hors de ce monde, il n'y a rien qui puisse sans restriction être regardé comme bon absolument, excepté une bonne volonté... Ce n'est pas par ses productions et ses succès que la bonne volonté est ce qu'elle est; ce n'est pas par sa facilité à atteindre un but proposé, mais c'est seulement par le vouloir; c'est-à-dire qu'elle est bonne en soi, et que, considérée en elle-même, elle doit incontestablement être estimée de beaucoup supérieure à tout ce qui pourrait être fait par elle en faveur de quelque inclination. » (Kant, Fondements de la métaphysique des moeurs)

VII - L'autonomie de la volonté

La volonté morale, agissant par pur respect pour la loi, est une volonté libre', a montré Kant. En effet, la volonté morale obéit à la loi qu'elle se donne elle-même. Elle est autonome. C'est le principe kantien fondamental de l'autonomie de la volonté. La loi émane du sujet luimême, et c'est pour cette raison que nous pouvons parler d'autonomie (d'obéissance à notre propre loi), et non d'hétéronomie, d'obéissance à une loi qui nous serait étrangère.

«L'autonomie de la volonté est cette propriété que possède la volonté d'être à elle-même sa loi (indépendamment de la nature des objets du vouloir). Le principe de l'autonomie est donc de choisir toujours de telle manière que les maximes de notre choix constituent des lois universelles, dans notre vouloir.» (Kant, op. cit.)

Conclusion

La volonté - sous son aspect psychologique, mais aussi moral - nous conduit au concept de liberté, clef de voûte de toute réflexion.

SUJET DE BACCALAURÉAT

- A partir de l'étude ordonnée de ce texte, vous en dégagerez l'intérêt philosophique.
« Que la principale perfection de l'homme est d'avoir un libre arbitre, et que c'est ce qui le rend digne de louange ou de blâme.
... La volonté étant, de sa nature, très étendue, ce nous est un avantage très grand de pouvoir agir par son moyen, c'est-à-dire librement, en sorte que nous soyons tellement les maîtres de nos actions, que nous sommes dignes de louange lorsque nous les conduisons bien : car, tout ainsi qu'on ne donne point aux machines qu'on voit se mouvoir en plusieurs façons diverses aussi justement qu'on saurait désirer, des louanges qui se rapportent véritablement à elles, parce que ces machines ne représentent aucune action qu'elles ne doivent faire par le moyen de leur ressort, et qu'on en donne à l'ouvrier qui les a faites, parce qu'il a eu le pouvoir et la volonté de les composer avec tant d'artifice, de même on doit nous attribuer quelque chose de plus, de ce que nous choisissons ce qui est vrai, lorsque nous le distinguons d'avec le faux, par une détermination de notre volonté, que si nous y étions déterminés et contraints par un principe étranger. » (Descartes)

- Notre volonté ne peut-elle jamais s'identifier à nos désirs?

- Peut-on vouloir l'impossible?

 

La volonté est la puissance qu'a l'homme de se déterminer lui-même. 11 s'agit de savoir en quoi consiste cette puissance et si elle est autre chose qu'une illusion.

I. L'ACTE VOLONTAIRE

- A - Conscience et volonté. La psychologie classique distingue dans l'acte volontaire quatre moments : la conception, la délibération, la décision et l'exécution. Cette description est sans doute artificielle, mais elle montre bien la part de la conscience dans l'acte volontaire. L'activité réflexe, instinctive ou machinale est sans conscience ; par opposition l'acte volontaire est celui dont la représentation précède l'exécution ; c'est un acte intentionnel et délibéré. Le passage du comportement animal au comportement humain, c'est le passage de la réaction mécanique, déclenchée par un excitant extérieur, à l'action intelligente inspirée par une idée. C'est donc moins dans le comportement extérieur que dans une certaine attitude intérieure que se trouve la volonté. On peut dire que l'acte volontaire, c'est d'abord l'acte voulu.

- B - Effort et volonté. Mais il y a différentes façons de vouloir un acte et il convient de distinguer le désir qui dit: je voudrais, de la volonté qui dit: je veux. Désirer, c'est vouloir la fin indépendamment des moyens par lesquels on pourrait l'atteindre ; vouloir vraiment, au contraire, c'est être résolu à faire ce qu'il faut pour obtenir la fin désirée. De plus la volonté suppose toujours quelque obstacle: il n'est pas besoin de volonté quand on dit: je veux bien. L'acte volontaire est celui qui exige un effort. W. James dit qu'il s'accomplit «dans le sens de la plus grande résistance» et, selon lui, c'est par un effort d'attention que l'on donne à des motifs raisonnables, mais faibles, la «force additionnelle» qui leur permet de triompher de mobiles puissants, mais irrationnels. - Toutefois la présence de la volonté chez un être se marque moins par la grandeur de l'effort qu'il est capable d'accomplir que par la constance de cet effort. En ce sens la volonté est une habitude, comme l'intelligence.

- C - Lucidité et volonté. En effet, lorsque l'homme doit fournir un effort considérable, il arrive qu'il se passionne pour ce qu'il fait, et l'action passionnée n'est pas l'action volontaire. La passion est une force qui emporte l'individu et le dépossède en quelque sorte de lui-même. La volonté, au contraire, est maîtrise de soi. Certes, s'il est vrai que la raison n'a que de la lumière, comme le dit Comte, il faut bien chercher dans les appétits ou dans le coeur le ressort de nos actions. Mais la différence est alors que le passionné est aveuglé par ses affections tandis que l'homme volontaire reste lucide. C'est l'intelligence dans le calcul des moyens qui distingue l'action de la passion et l'on a raison de dire, pour caractériser l'homme qui a de la volonté, qu'il sait ce qu'il veut. Volonté est lucidité.

II. LA VOLONTÉ EST-ELLE LIBRE?

A La volonté comme illusion. Certains auteurs soutiennent qu'il y a bien des volitions. mais non une Volonté, c'est à-dire, selon un mot de Ribot, «le «je veux» constate une situation; il ne la constitue pas». Spinoza déjà opposait au volontarisme de Descartes une conception déterministe de la volonté : « il n'y a dans l'âme aucune volonté absolue ou libre, mais l'âme est déterminée à vouloir ceci ou cela par une cause qui est elle-même déterminée par une autre et cette autre l'est aussi par une autre et ainsi à l'infini». Les sciences humaines vont volontiers dans ce sens-là: psychologues et sociologues montrent à l'envi que notre hérédité, l'histoire de notre inconscient, notre éducation, notre milieu socio-culturel, etc . . . nous font ce que nous sommes et rendent compte de nos apparentes volontés. Les thèses marxistes concernant l'idéologie, par exemple, ne font qu'illustrer ce mot du sociologue Charles Blondel: «notre autonomie n'est qu'une hétéronomie qui s'ignore».

B Les illusions du déterminisme. Il est bien remarquable que tous ces déterminismes peuvent rendre compte, après coup, de n'importe quoi : on me dira fort bien pourquoi j'ai voulu devenir professeur, mais si j'avais voulu devenir commerçant ou bûcheron, on ne serait pas en peine de trouver, dans ma nature ou dans mon histoire, de quoi l'expliquer. Il est évidemment impossible de réfuter ces « explications », mais il est tout aussi impossible de les prouver : on établit la vérité d'une hypothèse par les prévisions qu'elle permet et il est bien difficile de prévoir exactement ce que tel homme voudra dans telles circonstances (cf. Saint-Exupéry :·« l'homme se découvre quand il se mesure avec l'obstacle»). On alléguera, sans doute, que c'est parce que la connaissance totale des conditions nous échappe, mais n'est-ce pas reconnaître que l'hypothèse déterministe, dans ce domaine, est gratuite et invérifiable?

- C - L'expérience du vouloir. Il m'est certes permis de croire qu'il ne dépendait pas de moi de vouloir ou de ne pas vouloir devenir professeur. Mais celui qui prépare un concours, par exemple, sait bien, à chaque instant, qu'il dépend de lui de faire ou de ne pas faire les efforts nécessaires. Chacun sait bien s'il cède à une solution de facilité ou s'il fait preuve de volonté. Et ce n'est pas par hasard si le courage est la seule vertu, peut-être, qui n'ait jamais été discutée ni contestée. L'homme ne cesse de choisir de se conduire ou de s'abandonner, et nul n'est fier de sa faiblesse. C'est dire que la volonté apparaît moins comme un état que comme un devoir, qu'elle n'est pas une donnée mais une exigence, et qu'il ne s'agit pas de savoir si elle existe, mais qu'il faut la faire exister.

CONCLUSION L'expression « faire preuve de volonté » est pleine de sens, car c'est dans l'épreuve, et non par des raisonnements, que la volonté se prouve.