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La personne

Pour approfondir:

 
  1. Panorama de la notion.
  2. Synthèse de la notion.
  3. Plan de la notion.
  4. Textes de la notion.
  5. Problématiques.

 

 

 

 


• Distinguez bien la personne, c'est-à-dire le sujet moral responsable, de la personnalité, fonction psychique par laquelle nous avons conscience d'être un moi unique et permanent. La première désigne une réalité morale; la seconde, une synthèse psychologique (§ 1).
• Pensez également à la notion de personnage, c'est-à-dire au comportement social que l'on adopte dans la vie. La personne (morale) se distingue du personnage (§ 2).
• La personne comme sujet moral responsable n'est pas une donnée, mais le produit de toute une évolution historique (§ 3).
• C'est dans la philosophie de Kant que culmine la notion de personne morale (§ 4 et 5). Le respect de la personne est le centre de la philosophie de Kant.
• Le personnalisme (§ 6) est une doctrine morale et sociale contemporaine faisant de la personne la valeur suprême.


I - Personne et personnalité

La personne désigne le sujet moral responsable, l'esprit créateur des valeurs et des normes. Aussi ne faut-il pas la confondre avec la personnalité, qui représente une réalité psychologique, à savoir cette fonction psychique par laquelle un individu se considère comme un moi. Si la première appartient à l'ordre des valeurs, la seconde est une synthèse psychologique. Aussi la personne est-elle universelle, puisqu'elle se définit comme le sujet de l'obligation et du devoir, alors que la personnalité est individuelle et singulière. L'une se déploie dans le registre éthique et métaphysique, l'autre appartient à la sphère de la psychologie.


II - Personne et personnage

La personne doit aussi être rapprochée et distinguée du personnage, du rôle que nous jouons dans la vie. Rapprochée, car personne vient du latin persona, qui signifiait masque de théâtre. L'étymologie nous signale donc l'importance et, parfois aussi, la primauté du personnage. Effectivement, que sommes-nous d'abord, sinon des personnages, des rôles, des masques?
Néanmoins, ni la personne, ni la personnalité ne doivent être confondues avec le personnage. Mes personnages sont divers, multiples, changeants. Ils peuvent se déployer dans une infinité de registres. Autant de personnages, autant de comédies sociales ! Tout au contraire, la personne et la personnalité sont des principes d'unité.

III - La personne est le fruit d'un parcours historique

La notion de personne comme sujet moral et responsable n'est pas une donnée existant dans toutes les sociétés, mais le fruit d'un parcours historique, comme l'a montré l'anthropologue Marcel Mauss. Chez les Latins, apparaît la notion juridique de personne : la personne susceptible d'être sujet du Droit. Avec le christianisme, la personne métaphysique commence à se dégager. Mais c'est avec la philosophie de Kant, au xvrtme siècle, que la notion de personne éthique prend une forme précise.

IV - Le sujet moral chez Kant

C'est en particulier dans la philosophie morale de Kant que culmine la notion de personne : pour lui il s'agit toujours, en toute circonstance, de traiter l'homme comme une fini, comme un sujet de droits, et jamais comme un moyen. Tel est l'enseignement des Fondements de la métaphysique des moeurs (1785).
Kant établit qu'il existe quelque chose dont l'existence a une valeur absolue : ce sont les êtres raisonnables ou personnes. Les personnes sont des fins en soi, à la différence des êtres vivants dépourvus de raison. Ainsi faut-il distinguer les choses et les personnes. D'où la seconde formulation de l'impératif catégorique : «agis de telle sorte que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours comme une fin et jamais simplement comme un moyen ».
Cette réflexion kantienne sur la personne est décisive. Kant nous montre que l'être humain possède une dignité, une valeur absolue et sans comparaison, et non point simplement une valeur relative, comme les autres objets du monde. Ainsi donne-t-il sens au devoir et à toute la sphère de la morale.
«Les êtres raisonnables sont appelés personnes, parce que leur nature même en fait des fins en soi, c'est-à-dire quelque chose qui ne peut pas être employé simplement comme moyen, quelque chose qui, par conséquent, met une limite à la faculté de chacun d'agir à son gré (et es' un objet de respect). Les êtres raisonnables ne sont donc pas des fins simplement subjectives, dont l'existence, effet de notre, activité, n'a de valeur que pour nous; ce sont des fins objectives, c'est-à-dire des choses dont l'existence est une fin en soi-même, et même une fin telle qu'on ne peut la remplacer par aucune autre à laquelle celle-ci servirait simplement de moyen. » (Kant, Fondements de la métaphysique des moeurs)
Sans la personne, cette valeur absolue, il serait impossible de trouver un principe pratique suprême. Kant a eu l'immense mérite d'affirmer la valeur en soi du sujet raisonnable, de subordonner la moralité à la personne.

V - Le respect de la personne

La personne appelle le respect, nous dit fort explicitement Kant, dans les Fondements de la métaphysique des moeurs. Il ne parlera pas autrement trois ans plus tard, dans la Critique de la raison pratique (1788), mettant en évidence le lien entre la personne morale et le respect, qui est le seul sentiment éthique, l'unique sentiment rationnel.
Ce que je respecte au sens profond du terme, c'est la loi morale universelle qui s'incarne dans la personne. Le respect s'adresse à la personne - non point aux choses -, à l'agent de la moralité, au sujet de l'éthique. Ainsi Kant nous dit-il que, devant un homme de condition modeste, en qui je perçois un caractère droit, mon esprit s'incline, car cet homme me présente la loi morale. Au contraire, dit Kant, devant un grand seigneur, je m'incline, mais mon esprit ne s'incline pas.
Ici culmine l'éthique : si la lutte des consciences de soi opposées est la dure loi de l'existence, l'éthique apparaît avec le respect de la personne humaine.
«Le respect s'applique toujours uniquement aux personnes, jamais aux choses. Les choses peuvent exciter en nous de l'inclination ou même de l'amour, si ce sont des animaux (par exemple des chevaux, des chiens, etc.) ou aussi de la crainte, comme la mer, un volcan, une bête féroce, mais jamais de respect... Le respect est un tribut que nous ne pouvons refuser au mérite. » (Kant, Critique de la raison pratique)

VI - Qu'est-ce que le personnalisme?

Aussi Kant nous apparaît-il, d'une certaine manière, comme le père du personnalisme, bien qu'Emmanuel Mounier, le fondateur de la doctrine dite personnaliste, ne se réfère pas exclusivement à lui.
Qu'est-ce que le personnalisme? C'est une doctrine morale, mais aussi sociale, faisant de la personne la valeur suprême, voyant en cette personne une fin absolue.

Conclusion

Avec la notion de personne morale, Kant a fondé la morale l'éthique n'est rien d'autre que le respect de la personne, le refus de la lutte à mort des consciences de soi opposées.

SUJETS DE BACCALAURÉAT

- Que faut-il respecter?
- Qu'est-ce qui justifie le respect d'autrui?
- Doit-on respecter les choses comme on doit respecter autrui?
- Liberté, égalité, fraternité : y-a-t-il un lien nécessaire entre ces trois exigences?