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Philosophie

Pour approfondir:

 
  1. Panorama de la notion.
  2. Synthèse de la notion.
  3. Plan de la notion.
  4. Textes de la notion.
  5. Problématiques.

 

 

 


• La science des diverses cultures humaines - l'anthropologie (§ 1) - requiert la réflexion philosophique proprement dite (§ 3 et 4), qui peut seule, à travers une élucidation des valeurs humaines, lui donner sens et intelligibilité. Le savoir sur l'homme est donc inséparable de la philosophie qui peut seule le fonder. Mais la philosophie elle-même explicite son projet véritable et ultime dans la métaphysique, qui dépasse le simple point de vue phénoménal pour atteindre l'Être le plus fondamental, l'Être en tant qu'Être dont parlait déjà Aristote (§ 5). Ainsi, partis de la réflexion sur l'homme (l'anthropologie), nous passons progressivement à la philosophie, puis à la métaphysique.
• L'anthropologie (qui désigne essentiellement de nos jours l'anthropologie culturelle (§ 1) requiert une réflexion philosophique et une sagesse, comme le montrait Kant (§ 2).
• La philosophie, recherche personnelle sur le vrai (§ 3), se distingue en tous points de la science (§ 4).
• La métaphysique, science de l'Être en tant qu'être (§ 5), a subi l'assaut de la critique kantienne : Kant a, en effet, décrit le mécanisme de l'illusion métaphysique (§ 6).
• Néanmoins, l'homme demeure un animal métaphysique (Conclusion).

I - L'anthropologie

Si l'étymologie nous signale que l'anthropologie (du grec anthropos, homme et logos, discours) est la science de l'homme en général, ce terme, sous l'influence anglo-saxonne, désigne essentiellement de nos jours une discipline qui se donne comme objet d'étude les différentes cultures : l'anthropologie culturelle.

Avec Lévi-Strauss, distinguons l'ethnographie, l'ethnologie et l'anthropologie culturelle, trois moments distincts d'un même travail. La première correspond aux stades initiaux de la recherche (observation et description des différentes ethnies`). La seconde représente un premier pas vers la synthèse. Enfin, l'anthropologie culturelle réfléchit elle aussi sur les différentes cultures, à un niveau de synthèse supérieur. Ce qu'elle vise, c'est une unité, au-delà de cette diversité.

« Partout où nous rencontrons les termes d'anthropologie sociale ou culturelle, ils sont liés à une seconde et dernière étape de la synthèse, prenant pour base les conclusions de l'ethnographie et de l'ethnologie. Dans les pays anglo-saxons, l'anthropologie vise à une connaissance globale de l'homme, embrassant son sujet dans toute son extension historique et géographique... et tendant à des conclusions, positives ou négatives, mais valables pour toutes les sociétés humaines, depuis la grande ville moderne jusqu'à la plus petite tribu mélanésienne. » (C. Lévi-Strauss, Anthropologie structurale, Plon, 1960)

Il - Anthropologie et philosophie

Peut-on considérer l'anthropologie, sous ses différentes acceptions, comme un savoir «positif» sur l'homme, indépendant de toute sagesse? Ce point de vue semble assez partagé de nos jours, car notre époque préfère bien souvent une science apparemment autonome à tout travail de réflexion critique et philosophique. Notre temps est, sous cet angle, «positiviste». C'est oublier la grande leçon kantienne, telle qu'elle se dégage de l'Anthropologie du point de vue pragmatique (1798), où le philosophe nous signale, avec lucidité, qu'il n'est point d'anthropologie dissociable d'une sagesse.

Kant conçoit l'anthropologie (conçue comme science de l'homme en général) de trois façons : comme anthropologie théorique (c'est-à-dire psychologie empirique, fondée sur l'expérience), comme anthropologie pragmatique (connaissance de l'homme tournée vers ce qui peut accroître l'habileté humaine), comme anthropologie morale (connaissance de l'homme tournée vers ce qui doit produire la sagesse dans la vie).

Même envisagée sous son angle pragmatique, l'anthropologie est inséparable d'une reconnaissance de l'homme comme être moral (c'est-à-dire comme personne) capable d'accéder à l'éducation et à la culture. Toute anthropologie suppose donc un lien étroit avec la réflexion philosophique. Le savoir sur l'homme requiert toujours une recherche morale ou une sagesse.

« Voici au total à quoi parvient l'anthropologie pragmatique en ce qui concerne la destination de l'homme et les caractères de son perfectionnement. L'homme est destiné par sa raison à former une société avec les autres et dans cette société à se cultiver, à se civiliser et à se moraliser par l'art et par les sciences; aussi fort que soit son penchant animal à s'abandonner passivement aux attraits du confort et du bien-être, qu'il appelle félicité, sa raison le destine au contraire à se rendre digne de l'humanité dans l'actif combat contre les obstacles qu'oppose la grossièreté de sa nature. » (Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique)

Ill - Qu'est-ce que philosopher?

Qu'est-ce donc que philosopher? C'est avant tout penser par soi-même, rompre le cercle des évidences établies et la chaîne du quotidien. La philosophie est essentiellement un mouvement de l'esprit qui questionne et s'interroge librement devant le spectacle du monde pour tenter d'en comprendre le sens et, peut-être même, les raisons. Philosopher, c'est aussi tenter d'édifier une sagesse, c'est-à-dire de réaliser un certain type moral idéal (songeons au sage stoïcien, maître de lui et détaché des vicissitudes extérieures), et d'essayer de le justifier.

Dans la philosophie, figurent donc deux exigences importantes, l'idée d'une recherche personnelle du vrai et celle d'une quête de la sagesse et des valeurs. On comprend que la philosophie soit ainsi doublement requise par toute anthropologie, d'un point de vue théorique (comme connaissance) et d'un point de vue pratique (comme sagesse).

IV - La philosophie se distingue de la science

La philosophie, longtemps confondue avec la science, s'en distingue aujourd'hui radicalement. En effet, la réflexion philosophique, effort personnel pour tenter de donner un sens au monde à partir de la source originelle du moi, apparaît comme une démarche d'un autre type que la science, connaissance discursive établissant des rapports nécessaires et objectifs entre les phénomènes.

Tout en étant liée aux sciences qu'elle a pour mission de coordonner, de synthétiser et d'organiser, la philosophie ne doit pas être confondue avec elles. D'ailleurs, à la différence des sciences, elle se passe du consensus unanime.

« Dès qu'une connaissance s'impose à chacun pour des raisons apodictiques', elle devient aussitôt scientifique, elle cesse d'être philosophie et appartient à un domaine particulier du connaissable. » (K. Jaspers, Introduction à la philosophie, Pion, 1952)

V - La métaphysique

La philosophie elle-même ne trouve son sens véritable qu'au sein d'une métaphysique, qui la prolonge et fonde son projet.

Les grandes philosophies se donnent, en effet, généralement pour tâche d'atteindre, au-delà des phénomènes, un arrière-plan plus vrai et plus authentique, celui de l'Être, réalité profonde des choses. La philosophie prend alors le nom de métaphysique (au sens primitif, ce fut le nom donné par un commentateur à l'ouvrage d'Aristote placé après le Traité de physique).

Qu'est-ce donc que la métaphysique? Elle est la science de la réalité la plus haute, de l'Être en tant qu'Etre, de la vérité éternelle et immobile. Or, s'il faut en croire Aristote, la première espèce d'Être, la substance par excellence, c'est Dieu, sommet et terme de la série des existants, Pensée pure. La métaphysique d'Aristote est donc, en définitive, théologie, science de la Substance éternelle et immuable.

Dans toute la tradition classique, la métaphysique désigne cette spéculation qui prétend s'élever au-dessus de l'enseignement de l'expérience et atteindre l'Etre réel des choses.
«Il y a une science qui étudie l'Être en tant qu'Être et les attributs qui lui appartiennent essentiellement. Elle ne se confond avec aucune des sciences dites particulières. » (Aristote, Métaphysique)

VI - Kant : l'illusion métaphysique

La métaphysique - comprise comme théorie s'élevant au-dessus des faits et de l'expérience - a été profondément atteinte par la critique de Kant, qui considère comme impossible la connaissance de l'âme ou de Dieu.
Je puis, en effet, saisir ce qui s'offre à mon champ perceptif dans le cadre des formes pures de la sensibilité (l'espace et le temps) et dans le cadre des catégories du jugement. Mais je ne puis appréhender l'être en tant qu'être, la réalité véritable. Il n'y a de connaissance que des phénomènes, c'est-à-dire des choses sensibles, non point des noumènes, objets purement intelligibles. La métaphysique, en tant qu'elle veut dépasser la sphère phénoménale, est vouée à l'échec : c'est une illusion' ; quand la raison humaine transcende le champ de l'expérience, elle s'illusionne de chimères.
«La colombe légère qui, dans son libre vol, fend l'air dont elle sent la résistance, pourrait s'imaginer qu'elle volerait bien mieux encore dans le vide. C'est ainsi que Platon, quittant le monde sensible, se hasarda, sur les ailes des idées, dans les espaces vides de l'entendement pur. Il ne s'apercevait pas que, malgré tous ses efforts
il ne faisait aucun chemin parce qu'il n'avait pas de point d'appui. » (Kant, Critique de la raison pure)

Conclusion. L'homme, animal métaphysique

Néanmoins, malgré les critiques de Kant et aussi d'Auguste Comte, la métaphysique demeure comme projet : l'homme est en effet un animal métaphysique, destiné à s'interroger sur sa condition dans le monde et sur le sens ultime de la vie.

SUJETS DE BACCALAURÉAT

- Que signifie l'expression : « l'homme est un animal métaphysique » ?
- La philosophie est-elle dangereuse ?
- Comment une philosophie ancienne peut-elle être actuelle?
- La philosophie recherche-t-elle la vérité ou le sens?
- La philosophie a-t-elle encore sa place dans notre monde?
- À quel type de vérité nous conduit la réflexion philosophique?